Rencontres pour « Fatigués et chargés »
Certaines Églises sont habituées à organiser des rencontres de prières pour les malades, mais ce n’est pas le cas de toutes. La spiritualité ou la culture d’une Église peuvent faire hésiter à s’inscrire dans une démarche de rencontres de prières trop ciblées. Si certaines personnes ont pu vivre des rencontres dites « de guérison » dont elles ont pu sortir déçues ou peu à l’aise, d’autres ont pu même refuser de mettre « Prière pour les malades » dans le programme de l’Église, tant est présente la peur du sentimentalisme, de la manipulation ou tout simplement de la triste réalité qu’il ne se passe rien. Souvent, bien des Églises évangéliques vivent un malaise par rapport à cette question. La définition de la foi qui consiste à affirmer l’existence d’un miracle pour qu’il se réalise, alors qu’il n’a pas eu lieu, ne les convainc pas.
Comment prier pour des personnes en respectant leur cheminement et la réalité de leur souffrance, tout en se confiant en Dieu qui peut tout ? Que fait-on pour les personnes qui souffrent dans notre assemblée ? Comment répondre à ce besoin en tenant compte de la culture de l’Église ?
Une possibilité est d’offrir, en Église, un temps identifié de prière ! Un temps pour porter et apporter à Dieu notre prochain. Certes, l’expérience montre que la solution qui consiste à reproduire ce qui se fait ailleurs n’est pas nécessairement la bonne ! En effet, chaque Église vit avec son rythme de relations et de communication, et il est opportun de réfléchir à un cadre de rencontres spéciales de prière, adapté au contexte de l’Église. Une telle réflexion est importante pour que le maximum de personnes se sente libre de demander la prière sans que la forme des rencontres vienne perturber ou faire hésiter à participer.
Après avoir vécu trois expériences différentes à l’Église Évangélique Libre d’Orléans, voici quelques repères qui peuvent aider à l’organisation de rencontres pour « fatigués et chargés ». Il ne s’agit donc bien que de repères qui pourront aider le conseil d’Église à trouver le style de rencontre qui va correspondre au potentiel de la communauté.
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Une rencontre
Il s’agit d’une rencontre en Église, prévue pour les personnes qui ont un besoin particulier de prière pour leur santé, ou parce qu’elles portent un fardeau important. Il s’agit de passer du temps avec elles, de la manière la plus libre possible, dans l’écoute et l’ouverture. Ce n’est pas, à proprement parler, une rencontre de « guérison », ou un entretien de type « relation d’aide », mais une rencontre pour vivre du temps avec Dieu dans un cadre particulier, un temps pendant lequel les personnes qui le désirent peuvent demander l’onction d’huile. Ce type de rencontre se veut donc un temps à part et différent des autres moments de prière de la vie de l’Église, car il est intentionnellement axé sur les besoins personnels. La réunion va mobiliser plusieurs personnes de l’Église qui prendront une part active pour le soin des autres. La fréquence des rencontres ne doit pas être stricte, ce qui permet de garder une souplesse de fonctionnement et d’organisation.
Qui peut venir ?
Puisque la rencontre est bien identifiée « fatigués et chargés », les personnes peuvent venir avec leur plein accord et sans vivre aucune surprise. De ce fait, tous ceux qui le désirent peuvent venir sans restriction. Sans que ce soit absolument restrictif, la rencontre est prévue pour les personnes de l’Église. Une rencontre du même type, mais accueillant des personnes non habituées à la vie de la communauté devrait probablement être organisée tout autrement.
Préparation
La préparation est un point important, ainsi que l’annonce qui sera faite à l’Église. Il ne s’agit pas d’ajouter une réunion ou de gêner les autres réunions de prière existant dans l’Église. Il est important que l’Église se sente mobilisée, et particulièrement le conseil. Il est aussi nécessaire d’avoir des équipiers de prière pour établir le programme et soutenir les personnes par la prière.
Les « équipiers de prière »
Les équipiers interviendront lors de la formation de petits groupes de 2 ou 3 personnes.
Recrutement
Le conseil cherche dans l’Église les personnes aptes à être équipiers en fonction de leur engagement dans l’Église, leur témoignage, leur don, leur disponibilité. Il est important de recruter des personnes qui ont un esprit de compassion et d’écoute, de discernement sans jugement.
Une formation
Il est possible, selon le contexte de l’Église, qu’une formation ou sensibilisation à la prière d’intercession soit organisée. Ceci peut nécessiter plusieurs réunions de préparation. Il est surtout important de vivre une bonne communion fraternelle entre équipiers de manière à rester à l’écoute de chacun et de la personne qui viendra pour la prière.
Annonce à l’Église
Plusieurs dimanches précédant la rencontre, une annonce est faite afin d’expliquer la démarche, les motivations et le déroulement de la rencontre. La qualité de l’invitation est importante pour que les personnes comprennent bien de quel type de rencontre il s’agit, afin qu’aucune incompréhension ne subsiste. La liste des équipiers peut aussi être communiquée à tous, de manière à ce que les personnes susceptibles de venir soient en confiance.
Nous savons que, bien souvent dans nos communautés, nous désirons vivre dans la transparence, mais la réalité nous montre que le sentiment de honte ou de gêne est hélas bien plus présent que nous le souhaiterions, principalement chez des personnes qui souffrent. De ce fait, il est important de rassurer et de bien faire passer le message que les équipiers sont là pour soutenir, aider et porter ceux qui viennent, sans jugement ni préjugé. Il est bon, en ce sens, de rappeler la dimension de l’Église-corps et la motivation de la communion fraternelle vécue en toute simplicité.
L’état d’esprit est central ! Il est important de préciser qu’il n’y a aucun « devoir accompli » et aucune quête impérative d’un résultat, mais que l’humilité reste au centre de la relation, tant dans l’équipe, qu’avec la personne, que vis-à-vis de Dieu. Le seul but est de laisser Dieu agir comme il le souhaite en étant à sa disposition dans l’intercession. Il s’agit de se trouver devant Dieu sans idée préconçue, sans promettre quoi que ce soit au sujet de miracles ou autres guérisons. La foi est placée en Christ. À chacun de nourrir la confiance que Dieu donnera ce qu’il veut.
Préparation des groupes d’équipiers
À Orléans, nous avons pensé nécessaire de placer deux à trois équipiers par groupe de prières. Certains de ces groupes peuvent être mixtes, d’autres composés seulement d’hommes, et d’autres encore que de femmes. Ceci permet, en effet, de mettre à l’aise les personnes qui viennent, afin qu’elles puissent choisir le groupe où elles désirent aller en fonction de ce qu’elles auront à partager. Le nombre de groupes est à prévoir en fonction du nombre de personnes présentes pour ne pas dépasser les 3 conseillers par groupe. Il est préférable d’en avoir plus que prévu.
Déroulement de la rencontre
Avant la rencontre, les conseillers peuvent se retrouver pour un temps de mise au point et de prière. Une fin d’après-midi sur deux heures correspond généralement assez bien au rythme des personnes, un vendredi ou un samedi par exemple.
Un temps d’accueil
L’accueil peut se concrétiser en mettant une autre salle à disposition si des personnes veulent venir pour se recueillir seule avant le début de la réunion.
L’introduction
Elle est constituée de chants, de lectures de textes qui rappellent l’écoute de Dieu et le pardon qu’il accorde. L’introduction rappellera l’annonce faite au préalable quant à la démarche et les motivations de la réunion, ainsi qu’une explication de son déroulement. Il est à rappeler que cette rencontre est ouverte et qu’une personne, si elle le souhaite, peut demander l’onction d’huile qui sera pratiquée dans le groupe de prière.
Les groupes d’équipiers se forment
Une personne (le pasteur par exemple) peut rester disponible pour le grand groupe. Il peut inviter les personnes à aller vers le groupe de prière qu’elles choisissent. Il faut pour cela beaucoup de souplesse et du tact. Cette même personne peut aussi se rendre disponible pour pratiquer l’onction d’huile si un petit groupe la lui demande.
Une fois les équipiers de prière en place, une personne s’avance près d’un groupe de prière qui la prend en charge. Pendant ce temps, les autres personnes peuvent rester en prière. L’Église peut alors mettre une feuille sur laquelle sont imprimés des textes bibliques à même d’aider à se préparer et servir de support à la méditation. Une personne peut aussi jouer un morceau de musique, ou chanter doucement. Lorsque le groupe a terminé le temps de prière, la personne peut revenir s’asseoir dans l’Église ou bien rentrer chez elle.
Dans le groupe de prière
Les personnes qui demandent la prière sont en majeure partie des personnes que le groupe connaît, ce qui n’est pas forcément facile à gérer. L’humilité, l’accueil et la disponibilité aideront à vivre ce moment comme un moment de liberté réciproque, pour la prière. Il est, en ce sens, important d’avoir insisté sur la liberté chrétienne et le service que nous sommes appelés à nous rendre mutuellement en Église.
La personne dit ce qui l’amène et le groupe d’équipiers prie pour elle. Si la personne demande l’onction d’huile, un membre de l’équipe peut la lui donner, ou demander à quelqu’un de venir (le pasteur par exemple). Il s’agit surtout de se laisser conduire par l’écoute et la disponibilité.
Conclusion de la rencontre
Lorsque les personnes présentes sont revenues des petits groupes, il peut y avoir un temps de prière d’intercession en commun. Certains, s’ils le désirent, peuvent dire ce qu’ils ont vécu.
Après la rencontre, lors d’un culte par exemple, le fait d’inviter les personnes qui ont participé à exprimer ce qu’elles ont vécu apporte un encouragement au groupe de prière et aide à faire connaître la rencontre.
Il est aussi possible d’organiser une réunion avec les équipiers de prières quelques temps après la rencontre pour évaluer ce qui a été dit et vécu, ainsi que préparer éventuellement une prochaine rencontre.
Notre expérience à Orléans aide progressivement l’Église à découvrir ce que peut signifier « prier les uns pour les autres » en toutes circonstances et en confiance. Encore un chemin à suivre !