« J’accepte la grande aventure d’être moi ! »
La philosophe Simone de Beauvoir, alors qu’elle a dix-huit ans, se pose dans ses Cahiers de jeunesse la question suivante : « Comment devient-on soi ? » Et de répondre elle-même par ces mots : « J’accepte la grande aventure d’être moi ! », mots qui ont inspiré le titre de cet article.
Comment devenir moi ?
Qui me dit qui je suis ? Autant de questions fondamentales, existentielles ! L’identité est multiple, avec une composante psychologique (toutes les influences de l’enfance), sociale (ma culture), spirituelle. La construction identitaire est un voyage, un processus. Le cheminement est de sortir de ma zone de confort. Quand je ne le fais pas, certes je ne prends pas de risque mais je stagne. Quand j’accepte de bouger, d’accepter un nouveau défi qui va me faire quitter cette zone de confort, j’entre dans une zone de peur, notamment la crainte de ne pas être à la hauteur, de perdre des relations ou des acquis. Pour dépasser cette phase de peur, je doisentrer dans une zone d’apprentissage, une phase durant laquelle j’acquiers de nouvelles compétences qui me sécurisent, et je vis mes choix. Cela me permet d’avancer vers une nouvelle phase, une zone d’évolution où je trouve du sens à ce que je suis, à ce que je fais ; je vis de nouveaux épanouissements et je me fixe de nouveaux accomplissements.
Souvent je voudrais arriver directement à cette dernière zone, mais je dois passer progressivement par les précédentes pour quitter ma zone de confort sans être blessé et arriver à ma zone d’épanouissement. C’est la démarche ainsi répétée qui me permet de me réaliser davantage et d’être moi-même.
Apprendre à devenir qui je suis
Près de sa fin, Rabbi Zousya prononça ces paroles : « Dans le monde qui vient, la question qu’on va me poser, ce n’est pas : – Pourquoi n’as-tu pas été Moïse ? – Non. La question qu’on va me poser, c’est : – Pourquoi n’as-tu pas été Zousya ? – c’est-à-dire pourquoi n’as-tu pas été toi-même ?! »
La célèbre fable de Jean de La Fontaine illustre, ci-dessous, ce cheminement intérieur :
Je peux la lire en effet en l’appliquant à mon identité et au champ intérieur qu’elle représente pour moi : ma vie, les talents que je possède, mes blessures, mes potentiels représentent un champ à labourer susceptible de cacher un trésor. C’est donc mon défi, l’enjeu de mon existence.
Un travail difficile
L’un des premiers piliers de cette construction identitaire est de naître de moi-même (comme un jour je suis né de ma mère). Il me faut accepter de vivre, d’exister, de faire mienne cette vie qui m’a été donnée ; non plus subir mon existence (comme le formula Victor Hugo, « le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre ») mais décider de la vivre pleinement.
Comme le formule la Bible : « Choisis la vie et tu vivras* ! » Pour les croyants, cela rappelle que Dieu a voulu que chaque individu sur cette planète soit voulu, désiré, aimé de Dieu. Dieu a voulu que j’existe, même si les circonstances de ma venue sur cette terre ont été difficiles, voire déplorables.
Au 14e siècle, Catherine de Sienne, déclarée docteure de l’Église catholique, demanda à Dieu : « Qui suis-je pour toi ? » et elle reçut de Dieu cette magnifique réponse : « Si tu existes, c’est parce que je t’ai voulue, moi ton créateur et ton Dieu d’amour. L’être que je te donne vient de l’amour que je suis. » Cette vérité n’est pas toujours évidente, il est souvent nécessaire de la méditer longuement pour croire à cette réalité première.
Le grand spécialiste de l’identité
Les croyants trouvent en Dieu le miroir (non déformant !) qui les aide à construire leur identité. Il y a plusieurs décennies, un jeune médecin se voit offrir par son père un lot de dessins anciens en récompense de son succès au concours de l’internat. Cadeau vite remisé au grenier jusqu’à un déménagement en 2016, à l’occasion duquel il décide de les faire expertiser par une maison de vente aux enchères. Et là, oh surprise ! L’un des dessins au crayon et à l’encre montrant un saint Sébastien attaché à un arbre, pas plus grand qu’un mouchoir de poche, est en fait estimé comme datant du 15e siècle, dessiné par le grand maître italien, Léonard de Vinci lui-même ! Ce dessin, qui a dormi dans un grenier de longues décennies et qui passait inaperçu parmi d’autres, est en fait évalué par les experts à quinze millions d’euros !
Qui me dit ma valeur, qui me dit qui je suis ? Allons-nous laisser l’expert de notre identité nous aider à réévaluer notre valeur qui a peut-être été négligée par d’autres ? Quel regard vais-je laisser se poser sur moi ? Il est bon de se souvenir les mots du théologien François Varillon : « Il n’est de Sujet que du Verbe. »
En effet, au-delà de tout, seul mon créateur est capable de me dire ma valeur, mon identité au plus profond de moi.
*Deutéronome 30.19
La charte de l’affirmation de soi
J’ai le droit de