Dieu dans la cuisine de Martin Luther King*

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On connaît l’homme public. Beaucoup moins sa vie intérieure. Écoutons Martin Luther King nous raconter l’expérience décisive qu’il a vécue.
Dieu dans la cuisine de Martin Luther King*
(Ci-contre, photo du "Martin Luther King, Jr. National Memorial" qui a été inauguré le 16 octobre 2011 par le président des États-Unis, Barack Obama.)

« Une nuit, je ne l'oublierai jamais, il était tard, aux environs de minuit… j'avais été retenu par le comité d'organisation. Quand je rentrais, ma femme était couchée et je tombais de fatigue dans mon lit, pensant prendre un peu de repos avant de reprendre le travail le lendemain. Et c'est alors que le téléphone sonna. Je pris l'appareil et j'entendis une horrible voix qui disait en substance : « Écoute sale nègre, on en a marre de toi et de ton merdier. Si dans trois jours, tu n'as pas quitté cette ville, on te fait sauter la cervelle et ta maison avec. » J'avais souvent entendu cela avant, mais je ne sais pourquoi, cette fois-ci ces paroles m'atteignirent. Je me retournai et j'essayai de dormir, mais en vain.

La religion et la philosophie ne suffisent pas

J'étais atterré, égaré. Je me levai pour aller à la cuisine me faire un peu de café, pensant que cela me calmerait un peu. Je me mis alors à réfléchir à beaucoup de choses. À la théologie et à la philosophie que je venais d'étudier à l'université, en essayant de trouver des raisons philosophiques et théologiques à l'existence et à la réalité du mal et du péché, mais la réponse ne vint pas tout-à-fait de ce côté-là (...).
Tu ne peux qu'en appeler à ce quelque chose, à cette personne dont ton père t'a maintes fois parlé. Cette force qui peut ouvrir un chemin là où il n'y a pas d'issue. Je me rendis compte alors qu'il fallait que la religion devienne pour moi une réalité et que je connaisse Dieu pour moi-même. J'inclinai la tête devant cette tasse de café – ça, je ne l'oublierai jamais ! – et je me mis à prier.

Dialogue avec Dieu

Je priai à voix haute cette nuit-là, et je dis : « Seigneur, me voici, essayant de faire ce qu'il faut faire. Je pense que j'ai raison, je pense que la cause que nous représentons est juste. Mais, Seigneur, je dois avouer qu'aujourd'hui je suis faible, je suis en train de craquer, de perdre courage. Je ne peux pourtant pas laisser les gens me voir ainsi, parce que s'ils me voient faible et découragé, eux aussi vont commencer à faiblir. Interviens, Seigneur, et donne-moi la force nécessaire pour que je puisse demain matin me présenter devant le comité exécutif avec le sourire. »

Combat intérieur

À cet instant, j'entendis une voix intérieure me dire : « Martin Luther, lève-toi, lève-toi pour le droit, lève-toi pour la justice, lève-toi pour la vérité. Et je serai avec toi. Même jusqu'à la fin du monde. » Oui, je vous le dis, j'ai vu l'éclair. J'ai entendu le grondement du tonnerre. J'ai entendu les forces du mal se jeter sur moi, essayant de s'emparer de mon âme. Mais j'ai entendu la voix de Jésus me disant de poursuivre le combat. Il promit de ne jamais m'abandonner, de ne jamais me laisser seul. Jamais seul. Et maintenant, je marche en croyant en lui. »

Une expérience qu’il faut vivre

« Vous aussi, il vous faut le connaître, connaître son nom… Si vous le connaissez, vous… commencerez à comprendre que nos frères et nos sœurs du passé avaient raison. Parce qu’ils le connaissaient comme un rocher au milieu d'une contrée déserte. Comme un refuge au temps de la famine. Comme la source d'eau quand je suis assoiffé. Comme mon pain au sein de la disette. Et alors, même si vous ne pouvez pas dire cela, vous allez parfois avoir à dire : il est tout pour moi. Il est ma sœur, il est mon frère, il est ma mère, il est mon père. Si vous croyez cela, si vous le savez, vous n'aurez plus jamais à marcher dans les ténèbres. Ne soyez pas insensés ! Ne soyez pas fous ! Reconnaissez plutôt que vous êtes dépendants de Dieu. Quand les jours deviennent sombres et les nuits lugubres, dites-vous bien qu'il y a là-haut un Dieu qui règne. Ainsi, je ne m'inquiète pas pour demain. Je suis parfois las et troublé, mais je ne suis pas fondamentalement inquiet parce que j'ai foi en Dieu. »

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Prière pour un monde nouveau**

« Oui, Jésus, je veux être assis à ta droite, ou à ta gauche, mais pas pour des raisons égoïstes. Je veux être à ta droite du meilleur côté, mais pas pour des raisons de politique, de royauté ou d'ambition ; je veux tout juste être là dans l’amour, la justice et la vérité, et le dévouement à autrui pour que nous puissions faire de ce vieux monde un monde nouveau. »

Une des toutes dernières prières conservées de MLK. Il l’a prononcée au cours du dernier sermon qu'il a prêché dans son église d'Ebenezer à Atlanta le 4 février 1968, deux mois avant sa mort.




*Serge Molla, Les idées noires de Martin Luther King, Labor et Fides, 1992, p. 42-44.
Du même auteur à paraître fin mars : Martin Luther King, prophète, Genève, Labor et Fides, 2018.
**Martin Luther King, Je fais un rêve, Paris, Éditions Bayard, 1987, p. 234.


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