Les peurs d’aujourd’hui

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Il y a des périodes de l’histoire plutôt marquées par l’optimisme. Aujourd’hui, la plupart des espérances se sont affaiblies et c’est davantage la peur de l’avenir qui domine.
Les peurs d’aujourd’hui

Quelques constats

Notre vie personnelle est traversée, dirait-on, par des menaces multiples : peur du chômage, peur de vivre une rupture dans le couple, peur de la solitude, peur de la pauvreté, de la ruine, peur de la maladie, de la dépendance, d’un accident, de la mort. On peut y ajouter la peur de se faire cambrioler, agresser, dépouiller.
Cela concerne également notre vie collective : peur de l’immigration, des épidémies, du réchauffement climatique, peur de la guerre, du terrorisme.
En face de l’ensemble de ces peurs, les États et les entreprises spécialisées ont construit toute une série d’assurances qui devraient nous faire nous sentir mieux. Mais on a l’impression que plus on multiplie les précautions, les dispositifs de sécurité ou les garanties financières, plus notre inquiétude est vive.
Il y a, manifestement, des causes profondes à cet état de choses. Je distingue, pour ma part, deux grandes sources à ces préoccupations incessantes. Il y a, d’abord, le fait que nous manquons d’un projet mobilisateur qui nous permettrait de bénéficier d’une autre perspective. Ensuite, aujourd’hui comme hier, toute peur est une peur de perdre quelque chose.

Des préoccupations centrées sur soi-même qui génèrent le souci

La fascination de la richesse entraîne le repli sur soi et la peur. Elle nous prive de l’espérance. Des personnes ont pensé qu’en améliorant les techniques, les savoir-faire, les connaissances, on allait produire un avenir radieux, quelque chose d’équivalent au Royaume de Dieu sur terre. Cela a porté les espoirs de l’ensemble de la société pendantde nombreuses années. Mais aujourd’hui le retour de bâton est violent : les capacités énormes développées par l’homme ont montré leurs limites. Elles polluent et le mettent en danger. Certaines machines, certaines innovations, sont dangereuses et d’autres peuvent devenir des armes redoutables entre des mains malveillantes. L’organisation politique, de son côté, ne fait plus rêver ; l’économie est devenue folle et plus personne ne parvient à la réguler. Quel espoir reste-t-il ?

Le rassasiement du riche ne le laisse pas dormir

Et tout un chacun a peur, aujourd’hui, parce qu’il s’accroche à quelque chose qu’il a peur de perdre : perdre une possession, un statut social, l’amour des autres, des privilèges. Beaucoup de gens pensent, de nos jours, ne pas avoir assez. Dans certains cas, c’est vrai. Mais souvent, ils ne se rendent pas compte qu’ils sont bien plus privilégiés qu’ils ne l’imaginent. Il y a toujours plus riche que soi. Mais avons-nous vraiment besoin de tout ce que nous possédons ? Et plus nous avons, plus nous avons peur de perdre.
Les paroles du sage me reviennent souvent en mémoire : « Le sommeil du travailleur est doux, qu’il ait peu ou beaucoup à manger, mais le rassasiement du riche ne le laisse pas dormir. »* Contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas ce qui nous manque qui nous inquiète le plus, mais plutôt l’importance de ce que nous avons déjà entre les mains.
Certains craignent que les immigrés leur prennent leur emploi ou qu’ils vivent à leurs crochets. D’autres ne veulent pas partager des richesses qu’ils pensent avoir acquises par leur travail. Beaucoup redoutent de devoir cohabiter, dans l’espace public, avec des personnes qui ont d’autres habitudes. Et, de fait, il est difficile de ne pas céder à ces inquiétudes si on n’a pas d’autre horizon que son petit pré carré.

La générosité, antidote à l’inquiétude

Je remarque, à l’inverse, que les personnes généreuses sont moins inquiètes que les autres. Celui qui est prêt à donner, qui considère que le monde ne lui appartient pas et qu’il est un résident temporaire sur la terre, a beaucoup moins de sujets de préoccupations. Au cours d’une enquête, j’ai rencontré une série de responsables associatifs, qui consacraient bénévolement une partie de leur temps aux autres. Certains étaient frustrés et fatigués. En revanche, peu étaient inquiets. Même si le devenir de la société pouvait les préoccuper, ils avaient transformé cette préoccupation en action et cela les mettait à l’abri d’une peur paralysante, d’une obsession qui tourne en rond et qui peut finir par nous faire perdre le sens des réalités.
Se préoccuper moins de soi-même et plus des autres : voilà la voie royale.

*Ecclésiaste 5.12

Le secret de Jésus

Un jour, Jésus a rassemblé ses disciples et leur a dit :
« Ne cherchez pas à posséder beaucoup de richesses sur la terre. Là, les insectes et la rouille détruisent tout. Les voleurs entrent dans les maisons et ils volent.
Mais cherchez à posséder beaucoup de richesses auprès de Dieu. Là, les insectes et la rouille ne détruisent rien, les voleurs n’entrent pas et ils ne peuvent pas voler.
Oui, là où tu mets tes richesses, c’est là aussi que tu mettras ton cœur.
Ne soyez pas inquiets en vous demandant : “Qu’est-ce que nous allons manger ? Qu’est-ce que nous allons boire ? Avec quoi est-ce que nous allons nous habiller ?”
En effet, les gens qui ne connaissent pas Dieu cherchent tout cela sans arrêt. Vous avez besoin de toutes ces choses, et votre Père qui est dans les cieux le sait bien.
Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et ce que Dieu demande. Il vous donnera tout le reste en plus. »

Matthieu 6.19-33 (extraits)

Jésus n’a pas promis un monde sans voleurs, mais il invite ses disciples à ne pas investir uniquement dans les réalités matérielles. Ils seront ainsi délivrés de l’obsession de les perdre.
Il les appelle aussi à se consacrer à un projet qui va bien au-delà d’eux : rechercher ce que Dieu demande et le mettre en œuvre.
Ne serait-ce pas le secret pour nous débarrasser de nos peurs ?

 Frédéric de Coninck est sociologue, professeur à la retraite à l’École Nationale des Ponts et Chaussées.


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