Michel Onfray et Jésus

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Le philosophe ne cache pas son athéisme et son opposition virulente au christianisme. Pour lui, Jésus n’est qu’une légende... Au nom de quoi ?
Michel Onfray et Jésus

Pouvez-vous résumer la position de Michel Onfray ?

La foi chrétienne n’est pour lui qu’une construction idéologique et Jésus n’est pas un personnage historique : nous sommes en présence de la construction d‘une légende qui n’a abouti qu’à l’asservissement des peuples et à la soumission de la raison à la foi aveugle. Le christianisme est par définition oppressif et il faut que les hommes et les femmes de raison s’y opposent. Onfray fait donc beaucoup d’efforts pour remettre en question l’existence historique de Jésus.

Quels arguments développe-t-il ?

Il part du constat que de nombreuses figures dans les légendes et mythes du monde sont similaires à Jésus. Il observe que ces mythologies sont remplies de dieux guérisseurs et de figures revenant à la vie. Ce qui voudrait dire que Jésus ne serait pas très différent d’eux. D’où sa conclusion : « À l’évidence Jésus a existé – comme Ulysse et Zarathoustra…(1) » Bref, comme une légende !

Qu’en pensez-vous ?

Pour moi, c’est un peu simpliste comme raisonnement. Mais il est vrai qu’Onfray n’est pas le seul à l’avoir avancé. Avant sa conversion au christianisme, C. S. Lewis avait rejeté lui aussi l’existence de Jésus pour cette raison. Son ami J. R. R. Tolkien, l’auteur du Seigneur des anneaux, déjà chrétien, avait totalement remis en cause son argumentation. Pourquoi Lewis acceptait-il qu’un dieu revenant à la vie soit possible dans la littérature, mais pas dans la réalité ? Pourquoi avait-il fait une telle différence entre une résurrection possible dans les mythes, mais impossible dans l’histoire ? Lewis ne donnait en fait pas de réponse définitive. Et cela l’a conduit à réfléchir au fondement de sa non-croyance. Il est devenu ensuite l’un des plus grands défenseurs de la foi chrétienne de son temps.

Où se situe pour vous l’erreur d’Onfray ?

C’est sa logique qu’il faut récuser. Il part du principe que légende et réalité sont par définition totalement opposées. Pour lui, si Jésus partage des qualités avec la légende, il est donc légendaire. Mais c’est un mauvais raisonnement ! Je crois qu’en réalité, Onfray a décidé a priori qu’une résurrection historique était impossible. En faisant cela, il montre qu’il a déjà choisi ce qui est « réel », ce qui est possible selon lui. Mais ce n’est pas vraiment un argument !

Comment réagir alors ?

Il faudrait faire comme Tolkien avec Lewis : lui faire prendre conscience qu’il n’a pas de raisons valables de penser que Jésus est une légende et qu’en réalité, il a choisi dès le départ, de ne pas croire que Jésus est un personnage historique. Il a tout simplement présupposé que Jésus n’a pas existé, ce qui est impossible à démontrer. On peut et on doit donc le récuser à ce titre.

A-t-il d’autres raisons pour nier l’existence de Jésus ?

Il prétend aussi qu’il n’y a pas de preuve concluante que Jésus a vraiment existé. D’ailleurs chez lui, il ne s’agit pas vraiment d’un argument, mais d’une affirmation : « L’existence de Jésus n’est aucunement avérée historiquement.(2) » Pour soutenir sa conviction, il s’appuie sur une autre affirmation : il n’y a pas de document contemporain de l’événement.

N’est-ce pas un argument légitime ?

Oui et non. Pour lui donner du crédit, il faudrait lui demander quel genre de textes « contemporains » il faudrait lui présenter. Attend-il, par exemple, un document d’époque de la naissance de Jésus ? Mais se rend-il compte que les registres de naissance n’existaient pas au premier siècle ?
Cette demande est aussi impossible qu’exiger un selfie de Platon pour croire qu’il a vraiment existé. Impensable ! Mais pas parce que le personnage n’a pas existé ! Onfray demande en réalité quelque chose qui, historiquement et culturellement, n’est tout simplement pas concevable. Son argumentation tombe à l’eau.

Croire est donc finalement une question de confiance ?

Oui, en grande partie. La Bible, et en particulier les textes évangéliques, nous rapportent la naissance de Jésus. Onfray, lui, s’appuie sur sa propre autorité pour la nier. Il y a donc un conflit d’autorité : la Bible ou Michel Onfray. N’avons-nous pas raison de nous demander pourquoi nous devrions faire plus confiance à ce philosophe qu’à cette Parole qui se réclame de Dieu et dont nous avons de nombreux manuscrits anciens ?

En fait, vous laissez entendre qu’Onfray est de mauvaise foi…

Je n’irai pas jusque-là. Mais une chose m’apparait évidente : il ignore tous les indices qui sont en faveur de la mort historique de Jésus. Jamais il ne discute des arguments que de nombreux penseurs ont présentés à ce sujet. Les témoignages oculaires rapportés dans les évangiles ne l’intéressent pas. Pourtant, il a été démontré que ces récits évangéliques remplissent tous les critères que nous sommes en droit d’attendre de témoins oculaires réels et fiables(3). Mauvaise foi ? Je ne sais pas. Il est aussi possible que ses propres présupposés l’aveuglent totalement.

Qu’en est-il des recherches contemporaines ?

Il existe aujourd’hui un certain consensus dans la communauté scientifique qui confirme la réalité historique de Jésus. Pour la nier, Onfray s’appuie, lui, dans son livre Décadences sur des travaux dont le plus récent date des années 1960(4). Dommage !

N’êtes-vous pas un peu dur à son égard ?

C’est possible. Mais on attendrait d’un philosophe aussi médiatique que lui une attention plus sérieuse aux arguments présentés. Il se satisfait d’affirmations à bon marché, en clamant simplement que Jésus n’a pas existé. Sans même chercher à le démontrer.

N’a-t-il pas raison de demander des preuves ?

Pour moi, le problème n’est pas dans le manque de « preuves ». Toutes les raisons que nous pourrons donner n’obligeront jamais quelqu’un à croire. Le vrai problème, c’est la position de départ qu’on adopte. Quand quelqu’un est « contre » l’existence de Jésus, il est important de tenter de discerner quelle est la vraie raison de ce rejet et de l’amener à en prendre conscience. En quelque sorte, il faut s’intéresser à ses présupposés. Cela peut demander du temps. La foi chrétienne, elle, restera toujours une question de confiance. Le Christ lui-même l’a voulu ainsi lorsqu’il a refusé de ressusciter quelqu’un pour qu’on croie en lui. Il en avait pourtant le pouvoir.

Que diriez-vous aux croyants ?

Il est important de pouvoir répondre à Onfray. Le témoignage chrétien ne peut pas se passer de réflexion. Mais il faut le faire de la manière la plus pertinente.
Plus important que tout le reste, il faut que celui qui témoigne de Christ soit certain d’être nourri de sa vie de prière et de l’espérance qu’il a en lui.
Et à celui ou celle qui ne croit pas encore ?
En quoi ou en qui avez-vous placé votre confiance ? Venez et voyez la bonté de Dieu en Christ !
Yannick Imbert est professeur d’apologétique à la Faculté de théologie Jean Calvin d’Aix en Provence.

1. Michel Onfray, Traité d’athéologie, Paris, Grasset, 2005, p. 157.
2. Ibid.
3. Consulter sur ce sujet l’excellent travail du théologien Richard Bauckham, Jesus and the Eyewitnesses: The Gospels As Eyewitness Testimony, Grand Rapids, Eerdmans, 2008.
4. Sur la remise en question de l’historicité de Jésus dans le livre Décadence, un travail de rectification historique a été fait par l’historien Jean-Marie Salamito, Monsieur Onfray au pays des mythes. Réponses sur Jésus et le christianisme, Paris, Salvator, 2017.



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