Identité(s) d’aujourd’hui (3)

Chawkat MOUCARRY- Théologien chrétien spécialiste de l’Islam

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Chawkat Moucarry. Mon prénom évoque métaphoriquement l’idée de puissance. Mes parents me l’ont donné en hommage à mon grand-père paternel (que je n’ai pas connu). En France beaucoup me connaissent sous le nom de « Georges », mon nom de baptême (qui figure aussi sur mes papiers d’identité). Quand je suis arrivé en France, bien des personnes avaient du mal à se rappeler mon prénom usuel ou même à le prononcer correctement, aussi je leur ai proposé d’utiliser mon deuxième prénom.

Où avez-vous grandi ? Quelles traditions et coutumes vous ont marqué étant enfant ?

Je suis né à Alep en Syrie dans une famille catholique de rite melkite. J’ai trois sœurs, dont une sœur jumelle, mais pas de frère. Par ce statut de « fils unique », je n’ai pas eu à faire le service militaire (le fils unique doit prendre soin de ses vieux parents), et je n’ai pas été admis au sacerdoce (pour les mêmes raisons).

Ma mère était une catholique pratiquante et c’est elle qui m’a encouragé à servir la messe le dimanche. Elle a aussi tenu à ce que tous ses enfants aillent dans une école catholique. Plus tard, en 1967, lorsque les écoles privées ont été nationalisées, mon père m’a fortement conseillé de poursuivre ma scolarité dans une école publique, plus représentative de la société syrienne. J’ai donc été dans un très bon lycée dont les élèves étaient en grande majorité musulmans.

Je n’ai pas mis beaucoup de temps à devenir membre de la Jeunesse Étudiante Chrétienne (JEC). Notre petit groupe de jécistes se réunissait toutes les semaines et prenait au sérieux le témoignage chrétien auprès de nos amis musulmans. De nombreux musulmans voulaient en savoir davantage sur les chrétiens et leur religion, et c’est de là que date mon appel à servir le Christ en dialogue avec les musulmans.

J’ajoute que, moi aussi, je voulais mieux connaître les musulmans et leur religion ; j’ai donc choisi d’assister au cours de religion islamique, et il n’était pas rare que le professeur me demande d’exprimer un point de vue chrétien sur tel ou tel sujet.

Comment avez-vous vécu le fait de grandir en tant que chrétien dans un pays majoritairement musulman ?

Je n’avais aucun problème à vivre dans une société musulmane. Au contraire, il y a des avantages à cela dans la mesure où les rapports avec les musulmans ne sont pas des rapports de force. Malheureusement, les chrétiens et les musulmans vivaient à part, à quelques exceptions près, dont mon père, qui comptait plusieurs musulmans parmi ses amis.

Au lycée, plusieurs amis musulmans m’ont confié qu’ils n’avaient jamais été invités dans un...

Cet article est réservé à nos abonnés

Commandez votre exemplaire ou abonnez-vous pour poursuivre votre lecture !

Article précédent

Identité(s) d’aujourd’hui (4)

Réservé abonnés
Article suivant

Identité(s) d’aujourd’hui (2)

Réservé abonnés

Article publié dans

Croire & Lire

#74 - Septembre 2026

Voir le magazine