Tony Anthony : L’œil du tigre
Interview réalisée par Reynald Kozycki.
Trois fois champion du monde de Kung Fu, garde du corps des grands de ce monde, Tony Anthony a rencontré Christ dans une prison chypriote. Il raconte.
Vous avez été champion du monde de Kung Fu. Comment en êtes-vous arrivé là ?
Je suis né moitié chinois, moitié italien. À l’âge de quatre ans, j’ai été renvoyé en Chine où mes grands-parents m’ont éduqué. Mon grand-père était un grand maître de Kung Fu qui m’a transmis une tradition familiale vieille de 500 ans. Il me l’a enseigné d’une manière violente et abusive. Il m’a appris des styles de positions liées à différents animaux, dont le tigre, d’où le titre donné à mon livre: «L’œil du tigre».
Donc, vous avez développé les techniques jusqu’à des compétitions de haut niveau ?
Eh oui, à 12 ans, j’ai poursuivi ma formation à Londres, sponsorisé par la fédération internationale de Kung Fu. J’ai développé mes propres techniques et participé à des combats. J’ai progressé jusqu’au niveau de compétitions internationales, puis le championnat du monde où j’ai remporté le titre, 3 années consécutives.
Pouvez-vous dire quelques mots de la période où vous avez exercé un métier dans la protection et la sécurité ?
J’ai travaillé dans une organisation qui formait des gardes du corps. Ma spécialité était le combat à main nue. Étant encore assez jeune, j’ai démarré moi-même progressivement le métier de garde du corps. J’ai beaucoup aimé mes premières missions. Je me suis occupé de gens vraiment très intéressants, de riches hommes d’affaires à Manhattan, par exemple, ou des diplomates. J’ai eu ensuite pour client l’ambassadeur d’Arabie Saoudite posté à Londres. Je l’ai ensuite accompagné lorsqu’il a été transféré à Rome, puis à Chypre.
Vous avez sombré par la suite dans la violence. Qu’est-ce qui a déclenché cette agressivité incontrôlée ?
Malgré mon enfance assez horrible, j’étais en fait devenu assez paisible. En tant que garde du corps, tout allait très bien: une vie intéressante, beaucoup d’argent. J’étais fiancé à Aya, une jeune Suédoise formidable. Je comptais l’épouser, mais elle a été brutalement tuée par un chauffard, à Londres. C’est ce qui m’a fait basculer dans la violence. Malgré toute la discipline et la formation en art martial que j’avais reçue, la fragilité de ma personne s’est manifestée. J’ai commencé à tout détester dans la vie. Je suis devenu de plus en plus insensible et violent. J’ai fait du mal à beaucoup, j’ai frappé très violemment, j’ai tué des personnes.
Qu’est-ce qui vous a arrêté dans la violence ?
J’ai fini par me faire arrêter par la police et me retrouver en prison à Chypre. J’ai pris trois années dans cette prison terrible où il y avait une violence inouïe. Un jour, un inconnu m’a envoyé une lettre pour me proposer une visite. Mickaël venait d’Irlande du Nord et travaillait à Chypre comme missionnaire. Ayant vu ma photo sur le journal, il avait pensé à m’écrire. Je l’ai exploité: chaque fois qu’il venait, il m’achetait un Coca Cola au parloir. J’étais arrogant, méprisant, mais cet homme si gentil n’a pas abandonné.
Vous a-t-il parlé de conversion à Jésus-Christ ?
Non. S’il l’avait fait, je l’aurais tué. Il est au contraire devenu un véritable ami. Deux choses m’ont surpris: le temps que perdait cet homme à venir visiter un type comme moi (tous les jeudis, pendant 3 ans) et le fait qu’il ne me jugeait pas ni ne me condamnait. Il ne m’a jamais posé de questions sur mes crimes. Sa seule question était: «Comment vas-tu aujourd’hui?». Il m’aimait comme un fils, ce que je ne méritais pas car j’étais vraiment une ordure. En fait, je l’ai aimé comme un père.
Qu’est-ce qui a fait tout à coup qu’un jour vous ayez compris le message de l’Évangile ?
C’était le 3 mai 1990, après 6 mois de visite. Un ami a eu le visage lacéré. Ce jour-là, j’avais décidé de frapper Michaël, sans raison, mais parce que j’étais révolté. C’est ce jour-là qu’il m’a partagé le message de l’Évangile tout simplement. Et ce message extraordinaire a changé ma vie.
Dans ce message, qu’est-ce qui vous a plus particulièrement interpellé ?
Il a expliqué avec une grande simplicité que Dieu avait fait le monde parfait. Il avait mis en nous un libre arbitre en sorte qu’on pouvait faire des choix et apprécier la création. Mais nous avons usé de notre liberté pour briser les lois de Dieu et notre relation avec lui. Dieu étant un Dieu d’amour n’a pas voulu nous abandonner. Michaël m’a expliqué que Dieu était venu dans ce monde, dans la personne de Jésus-Christ, vivant une vie parfaite, mais mourant une mort cruelle sur la croix pour tout le monde. Il me disait que si on faisait deux choses, on pouvait être pardonné.
La première chose possible, même en prison, c’est de vouloir te détourner de toutes les choses mauvaises de ta vie en demandant pardon à Dieu. Même les choses pour lesquelles tu sembles trop faible, tu verras que Dieu est suffisamment fort pour t’aider. La deuxième chose c’est d’abandonner ta vie, te soumettre à Jésus en faisant de lui la personne la plus importante de ta vie.
Il m’a dit enfin qu’il y avait un vide en forme de Dieu dans notre cœur que nous essayons de le remplir, avec l’argent, l’alcool, la sexualité, les choses que nous achetons et pourtant il n’y a rien qui nous satisfasse vraiment. Dans ta vie, continuait-il de m’expliquer, tu as le championnat mondial de Kung Fu, le sexe, la drogue, la violence, une certaine «religion», mais la seule chose que tu n’as jamais essayée, c’est Jésus. C’est lui le vrai libérateur.
Cette nuit-là j’ai prié Jésus. J’ai crié, pleuré en le suppliant de me pardonner pour les hommes que j’avais brisés ou tués. Ma vie a complètement changé.
Dans votre prison à Chypre, il y avait un climat de grande violence. Comment vous êtes vous comporté à partir de votre conversion à Jésus-Christ ?
Quand je me suis réveillé, je me suis senti bien libre. J’ai réalisé qu’on n’avait pas besoin d’être derrière des barreaux pour être en prison. Je peux vous dire qu’un idiot comme moi a prié ce Dieu vrai et qu’il m’a transformé. J’ai cessé d’être violent à partir de ce jour-là.
L’agressivité qui était en moi a commencé à s’estomper. J’ai été le premier d’un groupe de dix personnes à se convertir.
J’étais bouddhiste et je n’ai jamais cru en Dieu. Lorsque Jésus est rentré dans ma vie, c’était quelqu’un d’extérieur à moi-même. Il a pu me donner de sa force. J’ai donc placé toute ma confiance en lui. Pour moi l’enjeu, n’est pas une religion, mais une relation personnelle avec Dieu.
—————————————-
Pour en savoir plus
Découvrez la biographie de Tony Anthony «L’œil du tigre»:
http://epepalaiseau.free.fr rubrique Convention.
*Cette interview a été réalisée lors la dernière Convention Biblique de Palaiseau (2008).