Pip et le petit frère pas comme les autres
Salut les amis, c’est Pip.
Je vous ai raconté comment le cœur de Léa s’était agrandi pour faire de la place à un bébé. Depuis ce jour-là, la maison bourdonne d’une joie douce, comme un petit moteur qui ronronne. Mais aujourd’hui, le moteur s’est arrêté brusquement.
Les parents de Léa sont rentrés de leur rendez-vous chez « le docteur qui regarde dans le ventre ». D’habitude, ça sent la boulangerie et les éclats de rire. Aujourd’hui, ça sent le silence. Ils s’assoient sur le canapé sans allumer la lumière. Léa les rejoint, et moi, du fond de ma cage, j’arrête de courir pour écouter.
La maman prend la main de Léa et dit d’une voix tremblante : « C’est un petit garçon, ma chérie. Tu vas avoir un petit frère. » Je sens le cœur de Léa faire un bond. Un frère ! Mais la maman n’a pas fini. Elle ajoute des mots compliqués, et puis le mot : « Handicap. »
Un handicap ? Qu’est-ce que ça veut dire pour un petit d’homme ? Est-ce que la roue dans sa tête ne tournera pas rond ? Le visage de Léa se fige. Elle ne comprend pas tout, mais sent que la fête est finie.
Un peu plus tard, une amie des parents passe. L’atmosphère devient encore plus tendue. Cette dame a l’air très triste pour eux. Et puis, elle pose une question qui glace l’air de la pièce :
« Vous allez le garder quand même ? »
Je tombe à la renverse. « Le garder » ? Comme on garde un vieux jouet ou qu’on le jette s’il est un peu cassé ? Le papa de Léa, qui est d’habitude très calme, se lève d’un coup. Il regarde la dame droit dans les yeux et dit, doucement, mais très fermement : « Pardon ? Je ne comprends pas la question. C’est notre fils. Il est déjà là, avec nous. Nous serons la meilleure équipe du monde pour lui. »
La maman pose ses mains sur son ventre, comme pour faire un bouclier, et elle sourit à Léa.
Ce soir, Léa vient me voir. Elle plante ses mains dans ma litière attrapant une poignée de copeaux de carton. Elle me dit : « Tu vois Pip, tes bouts de carton, ils sont tous différents. Il y en a des petits, des grands, des tordus. Mais c’est quand ils sont tous ensemble qu’ils font le nid le plus doux pour toi. Mon petit frère, il sera peut-être un peu différent, un peu « tordu » par rapport aux autres. Mais ce sera notre petit frère, et notre nid sera le plus doux pour lui. »
La Question pour Grandir :
Mon ami(e), on rencontre parfois des personnes différentes de nous, ou qui ne fonctionnent pas exactement comme la plupart des gens. Dans cette histoire de Pip, les parents nous montrent que l’amour ne pose pas de conditions. Et toi, penses-tu qu’il faut être « parfait » ou « comme tout le monde » pour mériter d’être aimé et accueilli ? Qu’est-ce qui fait la vraie valeur d’une personne, selon toi ?
Jean-Marc Sémoulin