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Fait de société

L’athéisme est à la mode. Heureusement, tous nos chanteurs ne se laissent pas piéger par les clichés faciles.

À l’approche de Noël, il est toujours possible d’offrir un CD. Parmi le nombre impressionnant d’albums sortis en 2005, il y en a deux en particulier qui parlent des trois monothéismes (judaïsme, christianisme et islam).

Trop facile de dénoncer

Le premier nous vient d’Alain Souchon avec sa Lettre à Théodore. C’est le tube «Si en plus y’a personne» qui retient l’attention. Le chanteur y surfe sur la mode actuelle qui consiste à critiquer les monothéismes suite aux événements du 11 septembre. À l’image de Michel Onfray ((Michel Onfray, Traité d’athéologie, Grasset, 2005)) dont il reprend les clichés populistes, il dénonce en musique ce qu’il appelle ce «vieux plaisir de zigouiller» que partagent Abderhamane, Martin et David. Le clip vidéo est simpliste à l’excès: toutes les guerres possibles et imaginables ont été le fruit (pourri) des religions monothéistes. Le ciel est vide pour Souchon, tout comme son horizon. Fin du clip révisionniste. On dénonce, on enfonce, on renonce mais qu’annonce-t-on?

Quand Dieu quitte la salle

L’autre CD ne concède rien à la mode du prêt à penser ambiant qui laisse entendre que pour exister il faut s’opposer. C’est celui du groupe irlandais U2: How To Dismantle An Atomic Bomb (comment démanteler une bombe atomique).

On y remarquera la chanson «Love and Peace or Else…» (amour et paix ou autre chose…) qui vient en contre-chant aux mélopées doucereuses ambiantes. Bono, le chanteur du groupe, annonce sa prière : «Posez vos armes, vous toutes filles de Sion, vous tous fils d’Abraham». Les fils et filles d’Abraham sont bien sûr les juifs et les arabes, mais aussi d’un point de vue spirituel les chrétiens.

Lors de leur tournée Vertigo, le leader du groupe irlandais chantait ces paroles en arborant sur le front un bandeau portant le slogan Coexist. La formule a été inventée par l’artiste polonais Piotr Mlodozeniec. Pour écrire ce mot il a utilisé pour le «c» un croisant (islam), pour le «x» une étoile de David (judaïsme) et pour le «t» une croix romaine (christianisme). Plutôt que de dénoncer, enfoncer, renoncer Bono annonce la couleur. Lui qui, dans son livre interview, disait: «La religion peut être l’ennemi de Dieu. C’est souvent ce qui arrive quand Dieu, comme Elvis, a quitté la salle. On se retrouve avec un mode d’emploi, alors qu’auparavant, il y avait une conviction; un dogme, alors qu’auparavant les gens pratiquaient simplement; une Congrégation dirigée par un homme alors qu’auparavant ils étaient dirigés par l’Esprit Saint. La discipline règne alors qu’auparavant il n’y avait que des disciples» ((Michka Assayas, Bono par Bono, Grasset, 2005, p.297)).

Vous l’avez compris: je conseille la coexistence de l’un, Bono, à l’inexistence d’Alain Souchon.

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Croire & Vivre

#42 - Décembre-janvier 2006

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