Introduction contextuelle
Le confinement « made in Covid » a été une expérience parfois difficile à traverser pastoralement en Église, notamment dans de petites communautés qui n’étaient pas forcément équipées techniquement et dont les forces vives manquent parfois cruellement dans ces domaines. Des changements de paradigmes, une perte de lien, et le besoin de rebondir, d’innover, de s’adresser à la communauté autrement. À l’Église évangélique libre de Poitiers, le choix fut très rapidement fait, lors de la mise en place d’une retransmission du culte par vidéo, de travailler en duo. Le pasteur Jean-Luc Gadreau, membre de cette communauté, est venu épauler le pasteur de la communauté, Flavien Negrini, pour imaginer une prédication sous forme d’une discussion autour d’un texte biblique. Cette formule permettait de rejoindre facilement par vidéo, et d’une façon plus conviviale, toutes celles et ceux qui se trouvaient derrières leurs écrans. Ce fonctionnement a pu ensuite se prolonger lors du retour dans le bâtiment, sur la demande des membres de l’Église, et il continue encore régulièrement maintenant comme une offre supplémentaire et différente pour vivre le temps de la prédication. L’occasion, d’un côté, d’une écoute bousculée par un changement des habitudes, et de l’autre, d’une façon nouvelle d’aborder un texte, forcée par le dialogue et dans le besoin d’une écoute mutuelle importante. Un bel exercice que nous avions envie de partager avec vous dans Les Cahiers de l’École pastorale.
Pratiquement, Flavien et Jean-Luc se retrouvent dans la semaine pour choisir le texte, prier, poser leurs regards respectifs et organiser l’échange dominical. Les deux pasteurs se retrouvent ensuite le dimanche, assis l’un à côté de l’autre. Un passage biblique est lu et la discussion démarre…
Nous vous proposons ici la retranscription de l’échange autour de Jean 20.19-31, texte du jour du dimanche 11 avril 2021. Nous avons gardé volontairement le style oral pratiqué pour mieux entendre le dialogue au cœur du message transmis.
Prédication
— Rappelons le contexte : on est juste après cette découverte du tombeau ouvert. Et justement, avant d’aborder notre texte, il y a quelque chose qui m’interpelle. C’est le pourquoi de cette pierre roulée alors que Jésus est en capacité de traverser un mur, de rentrer comme cela dans une pièce fermée.
— Et si ce n’était pas pour que Jésus sorte, mais pour nous inviter, en quelques sortes, à entrer nous-même, métaphoriquement, dans la résurrection ? Avec cette pierre roulée, c’est une forme de proclamation au monde : Jésus est vraiment ressuscité ! Alors, oui, nous sommes dans un temps particulier. Jésus est ressuscité en effet, mais c’est un Jésus qui surprend. Il apparaît brusquement… il est avec des disciples, puis il disparaît…
— Oui ! Et ils le reconnaissent aussi sans le reconnaître. Tout ça est très curieux. Mais c’est très intéressant aussi cette idée que tu proposes d’être invité à entrer dans le tombeau. Car, si vous entrez dans le tombeau, ce que vous allez découvrir, c’est du vide ! Une invitation donc à voir du vide. Peut-être que si vous pleurez assez, vous aurez le droit à un ange, ou à un jeune homme en blanc comme le texte de dimanche dernier nous le racontait. Mais c’est intéressant que Dieu ne veuille pas que nous ayons peur du vide, de ce que l’absence peut nous faire ressentir. C’est très beau ! Dieu n’a pas peur qu’on se risque pour voir qu’il n’est pas là où l’on pensait qu’il devrait être… Et il va nous inviter par conséquent à nous...
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