Présentation
La prédication suivante fut apportée lors du culte de clôture de la dernière pastorale nationale annuelle de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France (FEEBF). Une pastorale riche et émouvante : alors que la précédente rencontre avait dû être annulée pour cause de pandémie, et que les collègues ne s’étaient donc pas revus depuis fort longtemps (même en Congrès, par deux fois dématérialisé !), les temps de retrouvailles furent chaleureux et bénéfiques à chacun. Nous nous retrouvions de nouveau en famille après de longs mois d’absence.
Mais il y a plus ! La thématique choisie pour cette pastorale, ainsi que pour les années à venir, était « Des racines et du zèle », une thématique particulièrement pertinente au vu du centenaire de la Fédération, approchant à grands pas. L’occasion donc, de revisiter nos racines historiques et théologiques, mais aussi d’aller de l’avant, de discerner le projet de Dieu pour notre fédération pour les années à venir, et d’y entrer avec enthousiasme. Ainsi, nous avions demandé au pasteur Erwan Cloarec d’intervenir sur notre ecclésiologie, et plus spécifiquement sur l’autorité pastorale dans le cadre du congrégationalisme, puis sur l’autorité de la fédération en congrégationalisme. Ces apports, particulièrement appréciés, nous ont fait prendre conscience des liens qui nous unissent les uns aux autres au sein de la fédération, liens à sans cesse retravailler, à ne jamais relâcher.
C’est donc dans cette optique qu’il m’a paru judicieux, en tant que président de cette fédération, d’encourager nos pasteurs, et les Églises qu’ils servent et représentent, autour de la notion de famille spirituelle. En effet, si nous parlons facilement de l’Église comme d’une famille dans notre contexte français, européen, il y a fort à parier que nous ne réalisons pas totalement à quel point cette notion est riche et déstabilisante à la fois. Alors, si cette notion est appliquée non seulement à l’Église locale, mais aussi à une fédération d’Églises comme la FEEBF, nous serons certainement déstabilisés, mais combien nous grandirons à la fois dans notre fraternité, notre amour pour le Père, et notre mission dans le monde.
Prédication
Introduction
L’Église est une famille. Nous sommes bien sûr coutumiers de cette idée, nous sommes donc frères et sœurs les uns des autres. Mais je pense que parfois, souvent même, nous ne réalisons pas tout à fait ce que nous disons quand nous disons cela. Je pense que nous sommes tellement empreints de la notion occidentale et moderne de famille que nous n’avons peut-être pas totalement capté à quel point l’enseignement de Jésus et des apôtres était révolutionnaire et radical sur ce sujet.
Pour introduire mon propos, je vous donne un exemple : vous êtes, j’imagine, très nombreux à connaître le film Titanic. C’est le grand film des années 90 qui raconte non seulement le premier et seul voyage du paquebot, mais aussi une histoire d’amour entre deux personnages, Jack et Rose… Jack (Leonardo DiCaprio) est un jeune garçon sans le sou, qui a gagné son billet pour le Titanic en jouant au poker. Rose (Kate Winslett), elle, voyage en première classe, car elle appartient à la très grande bourgeoisie britannique. C’est une jeune femme qui est déjà fiancée à un homme du même statut qu’elle, mais pour qui elle n’a pas d’affection. C’est d’ailleurs un homme arrogant, franchement antipathique… Mais voilà, le mariage est arrangé et il en va de l’intérêt de la famille que cela se passe ainsi. La famille de Rose a quelques soucis financiers, et elle compte sur Rose pour la maintenir dans son statut social.
Seulement voilà, Rose rencontre Jack, un soir sur le bateau, et elle tombe amoureuse. Pour elle, le choix est cornélien : épouser un homme qu’elle n’aime pas pour le bien de sa famille, ou poursuivre sa relation avec Jack, qui n’est pas du même milieu qu’elle et qui apporterait la honte et la pauvreté à sa famille. Que va-t-elle choisir ?
En tant qu’Européen, en tant qu’occidental, tout en moi a tendance à dire : « Fonce avec Jack, oublie ces codes désuets et traditionnels, suis ton cœur ! » En tant qu’occidental, je ne perçois en fait pas trop en quoi c’est un gros dilemme pour elle. Parce que ce que je désire, c’est que Rose soit individuellement épanouie, pas que sa famille garde son statut… Mais en fait, seul un occidental comme moi peut avoir une telle réaction en regardant le film. Parce que je pense que, dans bien d’autres...
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