À l’écoute du Père – Deutéronome 6.1-15

Texte de prédication

Introduction contextuelle

Dans le cadre du Réseau-FEF, était organisée du 13 au 17 septembre 2021 une semaine de prière et de réflexion biblique pour les responsables d’Église sur le thème : « Une rentrée à l’écoute du Maître ». Étant à l’écoute de plusieurs pasteurs de par mes fonctions dans l’union des CAEF, je m’étais aperçu que la pandémie de Covid-19 avait secoué l’ensemble des Églises et des responsables. Le constat de beaucoup, dans les pastorales que nous avions mises en place durant cette période, était que la crise avait ajouté de l’activité et de la pression à la suractivité régulière des uns et des autres. Pourtant, les confinements successifs auraient pu permettre de relâcher certaines activités pour laisser du temps pour soi. Plusieurs cadres d’entreprise ou des restaurateurs ont ainsi vécu cette période comme une bénédiction, et ont ensuite réaménagé leur existence quotidienne pour qu’elle soit plus équilibrée. Mais en ce qui concerne les responsables d’Église, il semble qu’au contraire, la crise a été la goutte qui a fait déborder le vase ou a conduit à un dangereux surrégime (auquel je n’ai pas échappé) révélant par la même occasion un dysfonctionnement possible… Le réseau FEF proposait donc de se mettre « à l’écoute du Père », et l’une des trois plénières (sur zoom) m’était ainsi confiée. Quand on m’a proposé d’intervenir, à la mention même du mot « écoute », j’ai immédiatement pensé au texte de Deutéronome 6.1-15. C’est donc ce texte que j’ai médité, puis travaillé. Depuis la fin du premier confinement, je lisais pas mal de textes en lien avec le surrégime, l’écoute, la disponibilité pour Dieu, la prière, et ces différentes lectures ont forgé une certaine conviction biblique au sujet d’un sur-activisme idolâtre que je voulais partager. Ainsi, plutôt que de faire une prédication textuelle détaillée comme je le fais le plus souvent, j’avais à cœur de prendre un peu de recul sur ma pratique de responsable d’Église, et le faire au regard de l’écoute impérative exigée par Dieu dans ce texte. Ma prédication s’accompagnait d’un support visuel assez dense (diaporama) permettant de souligner plusieurs points clés de la prédication et de l’illustrer utilement par des images humoristiques parfois (un peu) provocantes.

Prédication

On raconte qu’après la Seconde Guerre mondiale, le rabbin Weissmandl était à la recherche d’enfants juifs cachés dans des couvents français. Pour distinguer les enfants de son peuple, le rabbin avait une technique bien à lui. Il commençait à réciter la phrase la plus connue du judaïsme que l’on trouve dans Deutéronome 6.4 : « Shema Israël Achem Elokenou… » et les enfants qui spontanément disaient « Achem Erad », c’est-à-dire la fin du verset, étaient alors identifiés comme de vrais juifs [image sur le diaporama]. C’est ce texte : « Écoute Israël ! L’Éternel notre Dieu, l’Éternel est un » que je nous invite à méditer ce matin.

1. Écoute !

Lorsque je veux attirer l’attention de mes enfants, je les interpelle : « Écoute, écoute bien ce que je vais dire. » De la même manière, notre texte nous invite à prêter attention. Cet appel souligne toute l’importance de la déclaration qui suit, et il peut se comparer à l’expression : « Amen, amen », par laquelle Jésus commence parfois ses discours. Il y a quelque chose de solennel dans cette expression. L’accent ici est mis sur le fait que Dieu, notre Dieu, est unique. Il est le seul Dieu (Semeur). À l’époque où le texte est reçu, cette déclaration a un aspect polémique. Chaque nation avait son ou ses dieux particuliers, vers qui on se tournait pour être protégé et soutenu. Mais le Dieu d’Israël est unique, spécifique, incomparable. Il est le Tout Autre, ce Dieu qui pourrait rester totalement inconnu, car nous n’avons pas les outils pour le connaître. Mais ce Dieu-là a parlé, il s’est révélé, se rendant audible, connaissable, accessible (cf. Hébreux 1.1-2). Pour cette raison, l’écoute demandée ici doit être sérieuse, attentive : il s’agit d’écouter, de comprendre, d’accepter et de vivre ce que l’Éternel dit.

[Image humoristique]. Il arrive parfois que nous n’écoutions que d’une oreille. Vous en avez peut-être fait l’expérience. Ça m’arrive, à moi aussi. Ma femme me dit quelque chose et, étant distrait par autre chose, je lui réponds un « oui » automatique. Tout semble aller bien, jusqu’au moment où je lui pose une question à laquelle elle avait déjà répondu… et alors là…, j’en prends pour mon grade, à juste titre. De même, il y a fort à parier que si une personne importante à nos yeux nous parle, nous allons écouter bien plus que s’il s’agit d’une personne anonyme qui parle dans une foule. Ainsi on n’écoute pas de la même manière son patron qui nous a convoqué dans son bureau en face à face et le SDF qui parle à la foule à l’autre bout du métro parisien. Ici c’est le Dieu unique qui parle. Et l’écouter n’est pas une option. Le texte nous le rappelle ici. Ne pas l’écouter n’est pas juste de la négligence. C’est une faute grave. Un crime de lèse-majesté, car il dirige le monde. Il est le créateur et le souverain, le roi des rois. Il était, il est et il sera. Je le sais, je le reconnais, pourtant, si je suis honnête avec vous, je dois vous dire que j’ai du mal à bien l’écouter, à me focaliser réellement sur ce qu’il veut me dire. Pourtant je l’aime, sincèrement. Mais je vis une vraie lutte.

Dans toute l’histoire biblique, chaque fois qu’Israël n’a...

Cet article est réservé à nos abonnés

Commandez votre exemplaire ou abonnez-vous pour poursuivre votre lecture !

Article précédent

Mutualiser : un cas pratique autour des groupes de maison

Réservé abonnés
Article suivant

L’écologie parlons-en ! Guide d’étude sur la Bible et l’environnement

Lecture libre

Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#123 - Avril 2022

Voir le magazine

À lire dans Texte de prédication