Les Baptistes et la liberté

Églises baptistes

La liberté est une valeur chère aux baptistes. Dans cette conférence prononcée à l’occasion du Congrès de la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes de France à Grenoble, en mai 2009, Sébastien Fath nous présente à la fois les éléments libérateurs qui existent dans la tradition de ces Églises et les dérives qui surviennent parfois dans leur histoire concrète. Cette approche historique est pleine d’enseignement pour la vie des Églises baptistes et plus largement évangéliques aujourd’hui.


INTRODUCTION

« C’est pour la liberté que Christ vous a affranchis ». Ce demi-verset est un des textes les plus cités de la Bible, le livre de référence des chrétiens. Mais on oublie parfois que cette exhortation, issue de l’Épître aux Galates, est tronquée. Le verset complet se poursuit par une mise en garde : « Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude »(1).

Du point de vue de l’historien, ce texte sucré-salé est explosif. Cette mise en tension de la liberté et de la servitude a en effet produit des effets sociaux considérables. Parmi les chrétiens, les protestants l’ont volontiers convoqué en renfort de leur théologie de la Grâce seule (Sola Gratia), et parmi les protestants, les baptistes n’ont pas été les derniers à renforcer cette dimension. Dans un sermon consacré au chapitre 4 de l’Épître aux Galates, Charles Haddon Spurgeon, surnommé « le prince des prédicateurs », cite ainsi ce verset dans la version King James, soulignant que « l’alliance des œuvres a cessé d’être une alliance », cédant place à une « alliance de grâce » qui libère les captifs(2).

Le problème, déjà souligné par l’auteur même du verset, est la tension anthropologique entre l’idéal et la réalité. L’idéal de liberté est affirmé, mais cet horizon est rattrapé par une réalité qui menace de ramener à la servitude. L’histoire quatre fois centenaire du baptisme(3) constitue un terrain de premier choix pour illustrer cette tension entre une aspiration théorique à la liberté, et la résistance pratique du réel.

Parmi les protestants, les baptistes se sont en effet souvent distingués par une revendication véhémente de liberté, en particulier sur le triple terrain du conformisme générationnel, de la tutelle de l’État et l’autoritarisme (I). Pourtant, l’idéal de liberté proclamé très tôt n’a pas suivi le cours d’un long fleuve tranquille. Au fil des siècles, plusieurs dérives aliénantes ont éloigné l’itinéraire baptiste de ses promesses d’émancipation (II). Est-ce à dire que la relation entre baptisme et liberté n’a plus de sens ? Loin s’en faut ! Mais à ceux qui veulent faire rimer baptisme et liberté, un regard sans concession s’impose, débouchant sur les chantiers ouverts par ces Églises à l’entrée de leur cinquième siècle d’histoire (III).

I. LE BAPTISME DANS L’HISTOIRE DU CHRISTIANISME : UNE TRIPLE LIBÉRATION ?

Le premier constat qui saute aux yeux lorsqu’on compare le baptisme aux autres traditions chrétiennes, c’est son accent précoce et insistant sur la liberté. Mais quelle liberté ? Du point de vue métaphysique et théologique, cette liberté n’est pas absolue ou égocentrée, mais théocentrée.

Elle se réfère de manière massive à l’héritage du christianisme, présenté comme une Bonne Nouvelle (Évangile) de libération en Jésus-Christ, identifié comme le Fils de Dieu venu briser les chaînes qui emprisonnaient les pécheurs. Elle s’inspire aussi, plus particulièrement, du réformateur français Jean Calvin (1509-1564), cher à la tradition baptiste(4). En citant Calvin, qui lui-même citait Saint...

Cet article est réservé à nos abonnés

Commandez votre exemplaire ou abonnez-vous pour poursuivre votre lecture !

Article précédent

Petite bibliographie de bioéthique

Lecture libre
Article suivant

« Carte blanche » à un pasteur

Lecture libre

Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#74 - 4e trimestre 2009

Voir le magazine

À lire dans Églises baptistes