Cet automne, les Éditions Mennonites ont publié un Dossier de la revue Christ Seul intitulé : À table ! 75 chants pour les repas. Le Dossier présente 75 chants de table, nouveaux et anciens, avec partitions(1).
Michel Sommer, animateur théologique au Centre de Formation et de Rencontre du Bienenberg, et rédacteur du mensuel des Églises Évangéliques Mennonites de France (Christ Seul), a rédigé une introduction à cette publication. En fait, il a développé toute une approche biblique et spirituelle au chant en famille.
Par la suite, les coordinateurs du dossier ont préféré accorder la priorité en matière de place aux chants et aux partitions. Ils écrivent juste une très courte intro. En commun accord avec l’équipe qui a préparé ce dossier, Michel Sommer nous a proposé son texte d’introduction. Un article intéressant sur un sujet encore jamais évoqué dans nos Cahiers.
« Bienheureuse la famille dont Jésus est l’hôte ordinaire ! Lui présent, les convives indésirables s’en vont : égoïsme, dispute, mauvaise humeur » (Paul Doumergue).
D’où vient l’idée de chants de table ? On peut rapprocher la pratique des chants de table de deux traditions. La première est lointaine. Au sein des communautés monastiques, la journée est rythmée par les temps d’office, c’est-à-dire les temps de prière, de chants et de méditation des Écritures, en communauté. Jusqu’à aujourd’hui dans les communautés monastiques, les moines ou les religieuses passent directement, et en silence, de la chapelle à la table – des chants en commun au repas partagé. Le repas en silence est alors l’occasion de repasser dans son cœur ce qui a été entendu ou chanté lors de l’office. Après la nourriture de la Parole vient la nourriture pour le corps. Dans cette logique, chant et table sont proches…
La Réforme radicale des anabaptistes au XVIème siècle est – selon certains – un “monachisme de substitution” : les anabaptistes ont cherché à vivre au quotidien, dans le monde, en famille souvent, le type de vie préconisé et vécu par les communautés monastiques. On pourrait dire que la pratique des chants de table est la version “laïcisée”, c’est-à-dire pour tout chrétien, de la séquence office-repas de la tradition monastique.
La seconde tradition de laquelle rapprocher la pratique des chants de table, ce sont les Réveils piétistes et revivalistes et leur influence sur la vie en famille. Avec le souci d’irriguer la vie du croyant aux eaux de la Parole de Dieu et de la prière, on s’est mis à pratiquer une sorte de “culte de famille”, avec prières et lectures de la Bible. On en trouve des traces, par exemple, au début du XIXème siècle dans les familles anabaptistes en France. Il est vrai que le chant semble ne pas avoir été pratiqué dans ce cadre à l’époque. La pratique actuelle des chants de table s’inscrit néanmoins dans cette logique de piété familiale.
Hors de la famille, les activités de jeunesse et d’enfance ont depuis longtemps mis à profit la pratique du chant autour des repas pour aider à la transmission de la foi. Les enfants qui reviennent de colonies ou de camps emportent souvent à la maison de nouveaux chants de table…
Aujourd’hui, la pratique des “cultes de famille” se perd même au sein des membres des Églises évangéliques. On peut le regretter et chercher à y remédier. Les chants de table sont une manière – modeste – de conserver cet héritage et de le renouveler dans un contexte changeant.
Chanter, bien sûr !
En maints endroits, les Écritures témoignent que le fidèle et le peuple de Dieu chantent, en diverses circonstances. Dès la libération du peuple hébreu hors d’Égypte, Moïse et Myriam célèbrent cette délivrance par des chants (Ex 15.1-21). Avant cela, la musique (plus largement) est décrite comme une activité humaine et une activité culturelle : Youbal est l’ancêtre des musiciens (Ge 4.21). Tout un livre de nos Bibles nous livre 150 chants sans partition : les psaumes ! Chants communautaires et chants individuels, chants de louange et chants de plainte, chants de mémoire et chants d’espérance… Tous les registres de l’expérience du croyant et du peuple croyant sont exprimés par le chant.
Le chant remplace les armes : c’est l’histoire de la prise de Jéricho (Jos 6). C’est Dieu qui provoque l’écroulement de la muraille ; la musique et les chants sont les “armes” données aux Israélites invités à la foi et à la confiance.
Quand l’arche de l’alliance contenant les tables de loi arrive à Jérusalem (2 Sa 6.1-19), c’est un véritable festival de chants et de musique qui l’accompagne. L’arche est le symbole de la présence de Dieu au milieu de son peuple ; les chants mettent en mots et en musique cette confession de foi. Ils reconnaissent et célèbrent le Dieu présent parmi les siens, invités à respecter les clauses de l’alliance dont...
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