Une Église missionnaire

L'évangélisation

Des pasteurs et des Églises se posent des questions sur leur présence au monde ! La simplicité de la mission que Christ nous a donnée reste à retrouver… L’Église de Valence – dont Jean-Pierre Civelli est le pasteur avec une équipe pastorale – a été influencée à la fois par les principes de Schwartz, Willow Creek (plutôt à travers Gilbert Bilézikian que Bill Hybels), mais surtout Rick Warren. Les “40 jours pour l’essentiel” lui ont fait prendre conscience de la distance entre la théorie et la pratique dans la vie de l’Église. De là sont nées une dizaine de réunions de maisons supplémentaires et surtout un projet d’Église. Malgré le fait que l’Église allait bien, elle déployait encore des activités paradoxales. Le conseil a pris un engagement spirituel pour qu’il n’en soit plus ainsi ! La suite de l’histoire reste encore à écrire… mais cet article tire déjà quelques enseignements de la réflexion menée depuis plusieurs années à Valence.


Introduction : C’est quoi une Église ?

On apprend dans les facultés de théologie que la question n’est pas entièrement nouvelle ! Les Pères de l’Église ont voulu donner un contenu à cette réalité difficile à décrire et ont proposé une définition que nous retrouvons dans nos confessions de foi…

L’Église est donc UNE, SAINTE, APOSTOLIQUE et UNIVERSELLE. Ces mots sont devenus soit difficiles à comprendre, soit difficiles à défendre.

  • L’unité, les protestants y ont clairement renoncé… 
  • La sainteté s’est concentrée sur celle de la Parole de Dieu… Qu’est-ce que les chrétiens manifestent comme spécificité ?
  • L’apostolicité de l’Église s’est réduite à sa dimension théologique… Et pourtant nous manquons de vision apostolique.
  • Son universalité… connaît le même problème que l’unité : l’Église a accepté de se satisfaire du domaine privé.

Alors que nos amis catholiques cherchent désespérément à faire coller leur réalité à leur conception de l’Église – qui reste fidèle aux Pères de l’Église – celle des évangéliques s’est trop souvent réduite à maintenir le statut de la Parole de Dieu et la fidélité à notre théologie. Les conséquences sont là : une pensée raffinée sur le plan théologique cohabite avec une réalité abandonnée, l’absence de l’Église dans la réalité de la cité et le manque évident d’un projet concret de rayonnement dans cette dernière.

Le mot efficacité ne fait plus partie de notre vocabulaire. On lui préfère la notion floue de fidélité. Je dis floue parce que la fidélité se situe pour Jésus dans la mise en pratique. Bâtir sa maison sur le sable, c’est connaître la Parole… et ne pas la mettre en pratique !

D’un côté des Églises continuent de maintenir des modèles décalés sur le plan culturel. De l’autre, des Églises cherchent à rejoindre leurs contemporains à n’importe quel prix… même celui du conformisme.

Je me situe ailleurs… dans un désir de retrouver une vraie théologie de l’Église… Karl Barth m’a beaucoup encouragé, non seulement comme théologien qui connaît bien la réalité du ministère pastoral, mais aussi dans sa position prophétique qui refusait de réduire la théologie à l’orthodoxie ou au libéralisme. Il voulait fonder l’Église dans une théologie pratique fondée sur le Christ vivant… Position que beaucoup rejoignent désormais sans citer leurs sources. Nous avons, en quelque sorte à trouver aujourd’hui, une position autre que la crispation ou le conformisme culturel. Jacques Ellul, notamment, a osé penser à l’éclairage de cette théologie, la culture moderne.

Une autre de mes influences théologiques importantes : le missionnaire anglican Leslie Newbigin – lui-même barthien – qui a réfléchi au décalage culturel entre l’Angleterre, 30 ans après son départ de mission, et l’Église anglicane. Il a posé non seulement une analyse de la situation, mais aussi des pistes de réflexion pour sortir de l’ornière, qui me restent extrêmement précieuses.

L’Église n’est pas une réalité démontrable, manifeste… Elle comprend sa part de mystère et de décalage que nous ne devons pas réduire à tout prix. Nous ne voulons pas éviter le mystère de l’Église, mais nous voulons – comme les Pères de l’Église – le clarifier !

Si l’Église est un mystère, c’est parce qu’elle repose sur une histoire différente de la nôtre : elle trouve son origine non dans notre histoire humaine, mais dans l’histoire du salut qui n’est rien de moins que le projet de Dieu pour le monde pleinement manifesté en Jésus-Christ et désormais par l’Église, soumise à son autorité (Jean 17).

Malheureusement, nous avons pris l’habitude de remplacer le décalage créatif de l’Évangile par le décalage crispé d’une culture dépassée.

Le décalage créatif de l’Église…

Non seulement l’Église naît d’un projet qui n’est pas celui des hommes, mais elle parle et elle conduit vers un Royaume, une réalité qui n’est pas la nôtre. Elle ressemble à celui qui la fonde – le Christ – elle vient d’ailleurs et elle va ailleurs que dans notre réalité, ET pourtant elle est incarnée dans ce temps et cet espace qui est le nôtre !

Elle ressemble à une maquette du Royaume de Dieu : elle représente, elle manifeste une réalité qui n’est pas encore là… prise entre le déjà du projet et le pas encore de la réalisation du Royaume de Dieu : ce mystère-là ne doit pas être réduit à la réalité présente, mais au contraire l’inspirer… voire l’utiliser ! Comme l’ont fait les premiers apôtres et avant eux les prophètes.

En attendant, que pouvons-nous montrer, témoigner au monde ? Quelle est notre mission ? Nous pouvons proposer au monde une culture alternative et simple en correspondance à la nature profonde de l’humanité créée par Dieu.

Nous pouvons écrire ensemble des projets, … nous réunir dans une Église, mais l’Église sera toujours au-delà de ce que nous allons (dé)montrer : nous ne cherchons pas à impressionner le monde par la réalité de l’Église, mais à placer nos contemporains devant un mystère qui nous ouvre au Royaume de Dieu : c’est-à-dire à la présence du Christ !

À la confession de Pierre qui ouvre les portes à la manifestation de Jésus « tu es le Christ, le fils du Dieu vivant ! », Jésus répond : « tu es bienheureux, Simon, fils de Jonas : car la chair et le sang ne te l’ont pas révélé, mais mon Père qui est aux cieux. Et je te dis aussi que tu es Pierre, et sur cette pierre j’édifierai mon Église ; et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; et tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux ; et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux » (Matthieu 16.16-19).

A. Une Église est missionnaire

Une Église ne se contente pas de son organisation rationnelle : des locaux, un pasteur, un culte, des activités… Elle cherche à incarner un mystère. Elle est essentiellement spirituelle et missionnaire.

1. Elle présente une Église à visage humain (universelle)
2. Elle EST le projet que Jésus a laissé à ses disciples (unique)
3. Elle cherche à être simple et claire : ne pas ajouter notre flou au mystère (qui se doit de rester saint). Son rôle est apostolique.

1. Une Église à visage humain

Avant de nous poser la question de l’Église… nous allons nous poser la question de l’humain. Notons en premier lieu la proximité entre l’humain et l’Église !

  • L’humain est un projet de Dieu : il a été créé à son image…
  • L’humain est appelé à une réalisation qui dépasse sa propre histoire : la vie éternelle//Royaume de Dieu
  • L’humain est un être relationnel : appelé à un dialogue avec Dieu et avec son prochain...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#90 - 4ème trimestre 2013

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