Si Jésus a clairement refusé la violence envers les femmes et la structure hiérarchique abusive dans le couple, comment alors certains s’appuient-ils sur des textes bibliques pour légitimer le recours à la violence envers leur partenaire ? Ils invoquent dans ce sens des textes de l’apôtre Paul. Mais on remarque que les abuseurs brandissent toujours ces textes en les arrachant à leur contexte ! Alors que Paul, le plus souvent, répond de façon circonstanciée à des situations locales précises…
Ces textes doivent être étudiés de plus près en vue de déconstruire les fausses croyances que leur interprétation erronée a nourries, et de supprimer un certain nombre de « mâle-entendus ».
Sans être exhaustif((Nous ne pouvons être exhaustifs, et même nous devrions citer aussi d’autres textes que pauliniens comme l’exhortation de Pierre aux maris à ne pas tirer avantage « du sexe faible » : ce passage pointe en fait que les hommes ont une force physique supérieure, et Pierre leur demande de ne pas en profiter : dans le couple ce ne sera pas la loi du plus fort qui régnera. Dans une société qui ne valorisait que cette loi du plus fort, Pierre presse ces maris de traiter leur femme avec respect, « car elle doit partager, au même titre que vous, l’héritage de la vie comme don de Dieu ». (1 Pi 3.7))), examinons plusieurs passages emblématiques.
I. Paul n’enseigne-t-il pas que l’homme est le chef de la femme ?
En 1 Corinthiens 11.3-12((Les citations bibliques sont extraites de la Bible « Nouvelle Français Courant », 2019.
1 Corinthiens 11.3-12 :
« Cependant, je veux que vous compreniez ceci : le Christ est la tête de tout homme, le mari est la tête de sa femme, et Dieu est la tête du Christ. Si donc un homme a la tête couverte lorsqu’il prie ou donne des messages reçus de la part de Dieu, il déshonore le Christ. Mais si une femme est tête nue lorsqu’elle prie ou donne des messages reçus de la part de Dieu, elle déshonore son mari ; elle est comme une femme aux cheveux tondus. Si une femme ne se couvre pas la tête, elle pourrait tout aussi bien se couper la chevelure ! Mais puisqu’il est honteux pour une femme de se couper les cheveux ou de les tondre, eh bien qu’elle se couvre la tête. L’homme n’a pas besoin de se couvrir la tête, parce qu’il reflète l’image et la gloire de Dieu. Mais la femme reflète la gloire de l’homme ; en effet, l’homme n’a pas été créé à partir de la femme, mais c’est la femme qui a été créée à partir de l’homme. Et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais c’est la femme qui a été créée pour l’homme. C’est pourquoi, à cause des anges, la femme doit avoir sur la tête un signe marquant son autorité. Cependant, dans notre vie avec le Seigneur, la femme n’est pas indépendante de l’homme et l’homme n’est pas indépendant de la femme. Car de même que la femme a été créée à partir de l’homme, de même l’homme naît de la femme, et tout vient de Dieu. »)), Paul n’établit ni une hiérarchie permanente ni un rapport d’autorité ; il évoque des questions d’honneur, de ce qui est convenable par rapport aux coutumes de son époque. Il montre quelles devraient être les relations entre l’homme et la femme qu’il place tous deux sous la bonne garde du Christ.
Relevons plusieurs éléments((Pour aller plus loin sur ce passage et les points non traités ici, notamment la question du voile : voir Paul MEYER, Paul et les femmes, Collonges-sous-Salève/Dammarie-les-Lys, Faculté adventiste de théologie/Vie et Santé, 2013, pp.61ss.)) :
- La fin du raisonnement de Paul est capitale et il l’introduit par un « cependant » (v.11). Or Paul emploie cinq fois ce mot grec dans ses écrits pour clore et souligner ce qui est réellement essentiel (Ep 5.33 ; Ph 1.18 ; 3.16 ; 4.14 ; 1 Co 11.11). Ici, au verset 11, ce sur quoi il insiste, c’est qu’« en Christ », devant le Seigneur, un nouveau schéma égalitaire de réciprocité et d’interdépendance voit le jour : « la femme est inséparable de l’homme et l’homme de la femme » ou « ni la femme n’est sans l’homme, ni l’homme sans la femme ».
- Le mot kephalé traduit par « chef/tête » désigne, certes, la partie supérieure du corps humain, mais il revêt le sens, non de supérieur, mais de provenance, d’origine, de source((Pour un développement sur le sens de kephalé, voir l’exégète évangélique G.D. FEE, The First Epistle to the Corinthians, Grand Rapids, Eerdmans, 1973, pp.501ss ; C.C. KROEGER, « The classical concept of the head as source », in G. HULL, sous dir., Equal to serve, Old Tapan, Revell, 1987, pp.267-283; B. et A. MICKELSEN, « What does Kephalé mean in the NT? », in A. MICKELSEN sous dir., Women, Authority and the Bible, Downers Grove, IVP, 1986, pp.97-110. Même pour ceux qui persistent à maintenir la traduction « chef » ou « tête », avec une notion d’autorité, on doit rappeler que « l’autorité des maris est désormais marquée par la manière du Christ lui-même d’être Seigneur, tête de son Église. Or, dans ce passage, très explicitement, l’autorité du Christ tient tout entière dans le don, suscité par l’amour, qu’il fait de lui-même. » Cf. Bettina SCHALLER in « Il y a subordination et subordination », Collectif, Une Bible des femmes, Genève, Labor et Fides, 2018, pp.180-181.)). On pourrait traduire « source de vie », porteur de vie, et Paul déploie un argumentaire chronologique inversé et non hiérarchique. En effet, Paul évoque successivement l’homme/le Christ, la femme/l’homme, le Christ/Dieu et il n’écrit pas : Dieu est le chef de Christ, Christ est le chef de l’homme et l’homme est le chef de la femme, ce qui aurait été hiérarchique.
« La dualité tête/corps n’exprime donc pas un rapport d’autorité, mais une relation de réciprocité. Parce que Christ est la source de la vie de l’Église, qu’il lui donne existence, en retour l’Église sert avec amour, dans une profonde dépendance à celui qu’elle reconnaît comme source de sa vie. De même, parce que l’homme, source de l’existence de la femme (Genèse) a été utilisé à l’origine pour donner la vie à la femme, et parce qu’il continue de l’aimer comme son propre...
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