La prédication est au cœur du ministère pastoral. Le pasteur, normalement, devra y consacrer une part importante de son temps de travail. Et il devra tenir sur la durée. Comment éviter l’usure ? Comment se renouveler ? Comment continuer de nourrir la communauté lorsque l’on passe par un temps de désert ? Les évangiles pointent certaines caractéristiques fortes de la prédication de Jésus. Nous proposerons quelques pistes pour que ces caractéristiques habitent, nourrissent et renouvellent notre prédication ; pour que la joie de prêcher irrigue notre ministère.
La prédication est au cœur du ministère pastoral. S’il est devenu assez rare de voir un pasteur prêcher tous les dimanches, il est fréquent qu’il doive enchaîner des séries de trois ou quatre prédications avec un seul dimanche de pause entre les séries. Un essoufflement peut apparaître. Certes, l’Esprit saint vient à notre secours, mais il peut aussi quelquefois nous conduire vers un désert et alors ce n’est plus l’essoufflement qui guette, mais le sentiment douloureux de ne plus rien avoir à apporter !
La question du renouvellement se pose inévitablement. Y a-t-il des moyens de dépasser l’usure, ou au moins d’en amoindrir les effets sur le ministère ? Et, même si nous traversons un désert, comment continuer à nourrir la communauté ? Plus largement, comment conserver la joie de la prédication ?
À ces questions, il n’y a pas de réponse toute faite, de recette qu’il suffirait d’appliquer, mais quand même, je le crois, quelques attitudes, disciplines, qui peuvent aider à courir avec persévérance((Pour reprendre le titre d’un ouvrage récent, traduit en français et auquel on ne peut que renvoyer :
COLLECTIF, Courir avec persévérance, Marpent, BLF éditions et Évangile 21, 2020 ; avec notamment un article de B. CHAPELL, « J’ai l’impression de me répéter quand je prêche », pp.37-50. Le titre du livre renvoie à Hé 12.1.)), à maintenir ou à retrouver la joie de prêcher la Parole. Les réflexions qui vont suivre seront accompagnées de quelques témoignages plus personnels : ils doivent être pris pour ce qu’ils sont : des expériences parmi d’autres…
I. Jésus, le prédicateur
Avant de proposer ces quelques réflexions, regardons au prédicateur que fut Jésus. Regarder à Jésus, c’est la démarche normale de tout chrétien, de tout pasteur, de tout prédicateur de l’Évangile (Hé 12.2). Cela permet de trouver l’inspiration, mais aussi de contempler le modèle suprême. Quelques passages des évangiles indiquent des caractéristiques de la prédication de Jésus qui marquaient ses auditeurs. Il y a fort à parier que ce sont ces mêmes caractéristiques auxquelles nous devons aspirer et pour lesquelles nous cherchons le renouvellement.
Je vais m’appuyer sur une étude faite par Enzo Bianchi, fondateur de la communauté de Bose((https://www.monasterodibose.it/fr/prieur/conferences/8692-la-passion-du-predicateur.)). Selon lui, trois éléments caractérisaient la prédication de Jésus :
- La sophia (sagesse, connaissance) : Marc 6.2 « Le jour du sabbat, Jésus se mit à enseigner dans la synagogue. Impressionnés, de nombreux auditeurs disaient : d’où lui vient cela ? Quelle est cette sagesse (sophia) qui lui a été donnée… ». La sophia a été donnée à Jésus par Dieu comme le suggère le « passif divin ». Elle lui a été communiquée non pas en une seule fois, mais sur la durée (Lc 2.52), probablement au travers d’une méditation régulière des Écritures saintes. Cette sophia se traduisait par une parole intelligente et perspicace (cf. Lc 2.47) qui permettait de comprendre les choses autrement ; une parole nourrie de la pensée divine. Les paraboles, comme sa capacité à répondre aux opposants, montrent bien la sophia à l’œuvre.
- L’exousia (autorité) : Marc 1.22 « Ceux qui l’entendaient étaient impressionnés par son enseignement : en effet, il les enseignait avec autorité, à la différence des spécialistes des Écritures ». Et juste un peu plus loin : Marc 1.27 « Et tous furent étonnés au point de se demander les uns aux autres : qu’est-ce que cela ? Un enseignement nouveau donné avec autorité ! » L’origine de cette autorité, selon E. Bianchi, n’est pas seulement à chercher du côté spirituel (autorité divine, spirituelle), mais aussi du côté de la profonde cohérence entre le vécu de Jésus et son enseignement, cohérence que l’on ne trouvait pas à ce degré chez les autres prédicateurs. Cela lui donnait une grande crédibilité. Jésus prêchait le royaume de Dieu et il le montrait par ses miracles ; il prêchait l’amour du Père et le manifestait par ses actions. Il faisait ce qu’il disait, à la différence des scribes et des pharisiens (Mt 23.27-28).
- Le zelos (que Bianchi rend par passion), c’est-à-dire la passion qui vient du plus profond de nous-même ! Les évangiles utilisent le terme splankna (entrailles) et splanknizomai (avoir des entrailles, d’où être ému de compassion, bouleversé) essentiellement avec Jésus pour sujet (le verbe est absent du reste du Nouveau Testament) : Marc 6.34 « Quand Jésus sortit de la barque, il vit cette foule nombreuse : il fut bouleversé (pris aux entrailles) par ces gens, parce qu’ils étaient comme des moutons qui n’ont pas de berger. Et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses. » La prédication de Jésus était motivée par sa passion pour les gens.
Sophia, exousia, zélos : trois caractéristiques de la prédication de Jésus. Bien-sûr nous ne sommes pas Jésus, et il est bon de ne pas l’oublier ! Cependant si Jésus-prédicateur a été reconnu pour ces caractéristiques, il nous revient de le prendre pour exemple, de nous en inspirer. Et lorsque nous sentons le besoin de renouvellement, le besoin d’amélioration, nous le faisons en visant ces objectifs : la sophia, l’exousia et le zélos.
II. Les dangers qui guettent le prédicateur sur le long terme
Voyons maintenant les dangers qui guettent le prédicateur au long cours…
1. La répétition
Il paraît que quelqu’un a dit : « Il y a des prédicateurs qui prennent un même texte et disent toujours des choses différentes...
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