Présentation
Quelle est la dernière fois que vous avez entendu une prédication d’évangélisation, avec un appel à la fin ? Il y a probablement fort longtemps. En tant qu’évangéliste, je le regrette. Et pourtant, je crois que la prédication d’évangélisation de type proclamation/appel a encore sa place dans nos Églises aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que Dieu sauve encore par la prédication de l’Évangile. C’est à la fois une donnée biblique et une réalité empirique.
C’est une donnée biblique. Comme je le rappelais ailleurs :
L’Évangile (en grec euaggelion ou kèrugma) est centré sur la personne et l’œuvre de Jésus-Christ (Ac 5.42 ; 8.35 ; 28.31). Pour les Juifs, l’Évangile est la Bonne Nouvelle de l’accomplissement des promesses de l’Ancien Testament (Ac 2.22-3 ; 3.13-26). Pour ceux qui ne sont pas de tradition juive, c’est la Bonne Nouvelle de l’inauguration d’un nouveau royaume, royaume de paix acquis par la victoire du Christ à la croix sur Satan (Col 2.15).
La proclamation de cet euaggelion fait plus qu’annoncer la venue du royaume, elle la provoque en vertu de la puissance intrinsèque qui l’habite((Cf. Mosés SILVA, New International Dictionary of New Testament Theology and Exegesis, vol. II, Grand Rapids (MI), Zondervan Academic, 2014, pp.110-113.)). En effet, l’Évangile n’est pas une simple parole humaine : il est parole de Dieu (1 P 1.12) qui produit une nouvelle naissance (1 P 1.23-25). « L’évangile ne rend pas seulement témoignage de l’histoire du salut ; il est lui-même l’histoire du salut((Gerhard FRIEDRICH, Theological Dictionary of the New Testament, vol. II, Grand Rapids (MI), Eerdmans, 1997, p.731.)). La puissance de l’Évangile ne réside donc pas dans le messager, mais dans le message comme puissance (en grec. dunamis, Rm 1.16) de Dieu pour le salut de quiconque croit((Raphaël ANZENBERGER, « Évangélisation », dans Christophe PAYA, Bernard HUCK (dir.), Dictionnaire de Théologie Pratique, Charols, Excelsis, 2021, p.420.)).
Abandonner la prédication de type proclamation/appel serait un drame, un drame théologique. Se pourrait-il que dans un monde sécularisé, nous soyons devenus sceptiques à l’idée que Dieu intervienne de manière puissante dans l’espace-temps pour sauver par le moyen de la prédication, folie pour les hommes, sagesse de Dieu ? Je l’avoue, en tant qu’évangéliste proclamateur, l’idée me hante avant chaque prédication. Seigneur, pardonne mon cynisme !
C’est aussi une réalité empirique. La venue de Billy Graham en 1986 à Paris a été un élément structurant profond de l’évangélisme français. Souvenez-vous, Billy Graham sur les plateaux de télévision, invité à donner une prédication de l’Évangile en trois minutes sur le service public. On en rêverait aujourd’hui… En 1986, j’avais 14 ans. J’ai vu Billy Graham au stade de la Meinau à Strasbourg. Je faisais partie de ces nombreux catéchumènes luthériens venus écouter l’évangéliste américain. De la partie était aussi Emmanuel Maennlein, mon collègue à France Évangélisation. Ce fut le point de départ de son cheminement spirituel, et de tant d’autres cadres de l’Église en France aujourd’hui.
Avec le départ récent d’une génération de géants de l’évangélisation (Billy Graham, Luis Palau, Reinhard Bonnke), l’avenir de la prédication de type proclamation/appel est-il menacé ? Je ne le pense pas. Bien au contraire. À France Évangélisation, nous la pratiquons encore, et je l’enseigne régulièrement dans mes sessions de formation à l’homilétique.
Fort de ces deux convictions, biblique et empirique, je vous livre maintenant cinq conseils pour bien préparer et prêcher une prédication de type proclamation/appel.
I. Prêche l’Évangile du Christ, et non l’évangile du monde
La formule n’est pas de moi. Elle est de David Shutes :
« Il existe deux messages religieux très différents dans notre monde. L’un des deux se présente sous beaucoup de formes différentes, ce qui cache souvent le fait qu’il n’y en a que deux. Celui-ci peut très bien se présenter avec des termes qui sont très similaires à ceux qui sont utilisés pour décrire l’autre, ce qui cache souvent la différence énorme entre les deux. Mais il est absolument essentiel, si nous voulons profiter pleinement de l’œuvre de Christ, de faire la différence : être délivré des problèmes qui nous font souffrir, même de la condamnation pour le péché (qui fait partie des souffrances), n’est pas du tout la même chose que d’être délivré du péché. Le monde veut que Dieu change nos circonstances ; Dieu veut changer nos cœurs((David SHUTES, « Deux Évangiles », disponible sur http://www.davidshutes.fr/?post_type=document&p=203. Consulté me 17/07/2023.)). »
L’évangile du monde promet la délivrance des conséquences du péché, alors que l’Évangile du Christ promet la délivrance du péché. Ce n’est pas la même chose. Je confesse que souvent, j’ai été tenté de prêcher l’évangile du monde. Il est moins exigeant, plus thérapeutique, et donc plus populaire. Mais ce n’est pas l’Évangile. Shutes nous rappelle que Jésus est venu nous délivrer du péché, et que c’est une réalité passée, présente et future. Il nous a délivrés de la condamnation du péché (justification), il nous délivre de la puissance du péché (sanctification) et il nous délivrera de la présence du péché (glorification). Ainsi situé, la prédication d’évangélisation place le salut dans une perspective de formation spirituelle où Dieu veut changer nos cœurs, sans forcément changer nos circonstances. Si nous ne prêchons pas l’Évangile du Christ, nous ne ferons jamais des disciples du Christ.
II. Prêche à partir du texte biblique
C’était la grande force de Billy Graham. Au cœur de son message, un récit biblique. Nicodème, le jeune homme riche, le fils prodigue ; ou un verset : Jean 3.16 ; Apocalypse 3.20. J’entends les murmures dans les couloirs…
À l’heure de la prédication dite textuelle, la prédication sur un verset est vue d’un mauvais œil. Et pourtant, ce serait oublier que ce type de prédication a fait les beaux jours du revivalisme anglais et américain. Certes, il y a eu des abus, ou des passages pris hors contexte. Apocalypse 3.20 occupant la première place en cela. Et pourtant, ce serait une erreur de mettre au rebus la prédication sur un verset. Avec une bonne exégèse, c’est un outil puissant au service du prédicateur. Par exemple, j’utilise souvent Jean 1.29 lorsque je prêche l’Évangile : « Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit : Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » Je le traite de manière télescopique inversée :
- L’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde
- Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde
Essayez, vous l’apprécierez !
Pour la prédication à partir d’un texte narratif, je préconise la méthode narrative/inductive que j’ai détaillé dans un numéro des Cahiers de l’École pastorale((Raphaël ANZENBERGER, « Prédication interactive : quoi, pourquoi, comment ? », Les Cahiers de l’École pastorale, n°95, Paris, Croire-Publications, 2015.)). Elle a l’avantage d’accompagner l’auditeur dans la découverte du texte, de sorte que la proposition centrale, l’appel à la conversion, prenne forme progressivement.
Que ce soit sur un verset ou sur une péricope, le choix d’une prédication à partir d’un texte biblique réaffirme notre attachement à...