Après l’opération

Témoignage

Quelques semaines plus tôt, j’avais préparé une série d’études bibliques sur le thème de la résilience. Mon parcours personnel m’a appris à faire face aux difficultés de la vie tout en tirant des leçons positives de chaque situation. Mais jamais je n’avais vécu une expérience aussi douloureuse. Aujourd’hui me voilà face à mes réflexions, ces études me donnent de la force.

Nous sommes maintenant le vendredi 31 juillet. Il est 8 h 00. Je sors de la chambre de mon fils qui est toujours en réanimation. La nuit a été très agitée pour Marceau. Les douleurs sont horribles à supporter et notre fils n’arrive pas à manger. Marie arrivera dans quelques minutes.

Pendant la nuit, je n’ai cessé de penser à Marceau. Je revoyais sans cesse les images de mon fils allongé sur le sol. Ses cris de douleur résonnent encore et toujours, et en même temps son sourire, sa paix, la douceur de son visage sont présents.

Ce n’est pas parce que c’est mon enfant, mais je peux vous assurer que Marceau a vraiment un visage apaisant. Il a un regard qui touche. Il a toujours eu ce regard.

Des souvenirs qui font du bien

Marceau, c’est une petite tête toute blonde, un peu cocasse, toujours actif. Alors qu’il était encore bébé, il avait attiré une foule d’étudiantes coréennes au Mont-Saint-Michel. Au lieu de photographier le monument, en sortant du car, ces dizaines de jeunes sont venues prendre en photo notre petit blondinet. Cela nous a bien amusés à l’époque.

Quand il avait six ans à peine, nous nous promenions dans le centre de Bruxelles. Notre famille a résidé à Ixelles pendant deux ans, le temps de notre formation pour devenir officiers de l’Armée du Salut. Ce jour-là, Marceau regarde un pauvre monsieur assis sur le trottoir, dans le froid. Notre fils s’arrête, il n’a rien d’autre à lui donner que son sourire et son petit : « Bonjour monsieur, je souhaite que tout aille mieux pour vous. » Ce SDF est touché. Il demande à Marceau de s’approcher et le regarde alors droit dans les yeux pour lui dire : « Quand tu seras plus grand, tu deviendras une personne très importante car dans ton regard, on voit que tu aimes les gens. Les personnes comme toi réussissent dans la vie. »

Marceau avait un de ces sourires ! C’est ce genre de paroles qui vous aident dans la vie quand des catastrophes vous tombent dessus.

Il nous en a aussi fait voir de toutes les couleurs. Quand nous habitions Fervaques, un petit village de Normandie, nous avions une piscine. La chambre rose de notre petite Ève, à l’étage, donnait sur cette piscine. Alors qu’il n’avait que quatre ou cinq ans, j’ai retrouvé Marceau sur le bord de la fenêtre se préparant à faire un plongeon olympique dans la piscine. Je suis arrivé à temps ! Ou encore cette fois où nous discutions avec notre pasteur dans le couloir de la maison. Le silence de Marceau inquiéta mon épouse. Elle alla voir dans la salle de bain. Marceau tentait de jouer le rôle de Claude François, mort électrocuté. Il s’était rempli une bassine d’eau, branché le sèche-cheveux et au moment où il allait déclencher l’appareil, Marie arrive ! Ça, ce sont les aventures de Marceau. Ève était plus calme, toujours en train de dessiner, de nous faire des colliers de perles, des lettres sur lesquelles il était écrit des dizaines de fois « Je vous aime ». Mais quand elle avait ses petits dérapages, elle savait aussi nous en faire voir de toutes les couleurs. Ève, c’étaient plutôt les caprices à se rouler par terre dans tous les sens dans le magasin. Le genre d’enfant qui est capable de faire dire aux personnes qui font leurs courses : « Encore des enfants rois… et des parents qui laissent tout faire… »

Aujourd’hui, on en rigole. Nous avons toujours vécu des aventures merveilleuses avec nos enfants, et notre famille est très unie.

Le présent à affronter

Nous voici maintenant tous trois dans sa chambre d’hôpital bien des années après ces anecdotes. Marceau dort, mais on peut lire sur son visage la douleur qui le touche. Marie est à ses côtés.

Nous aimerions que tout cela se termine. Je me suis installé un petit espace pour écrire ; ça fait passer le temps. Je suis face à ma femme et mon fils, j’écris quelques lignes, m’endors quelque temps et je réécris… Les journées sont très longues ici.

Je suis plongé dans mes souvenirs de la vie. Ils nous aident aussi à tenir dans ces moments. Ils permettent de s’évader, de rire un peu. Mais, très vite, la réalité refait surface. Ça fait du bien de repenser à ces aventures vécues tout au long de notre histoire. Elles nous aident à nous accrocher mais aussi à nous recentrer sur ce qui est véritablement essentiel dans la vie.

Ce matin, j’ai tellement besoin de faire le point sur cette histoire qui nous touche, mais c’est particulièrement difficile pour moi. Le plus compliqué ce sont toutes ces paroles des médecins qui ne savaient pas, pendant les premières heures, nous donner d’indications pour la suite.

Nous étions perdus dans le désert de l’épreuve sans savoir comment nous pourrions nous sortir de là. Heureusement, il nous a toujours été possible de prier. Prier permet d’évacuer nos angoisses, de mettre des mots sur elles en nous adressant à Dieu. C’est libérateur.

Je constate que j’ai beaucoup encaissé, surtout en contenant la gravité des choses pour préserver mon épouse. Je me dis qu’il va falloir en parler avec quelqu’un. Je sais que les hôpitaux ont du personnel pour accompagner les familles dans notre cas. Je range cette idée dans un coin de ma tête. Je vais rentrer me reposer. Il est 17 h 00.

Arrivée à Carpentras, ma belle-mère me prépare un bon petit plat que nous partageons sous les arbres. Aujourd’hui, il a fait très chaud. Mes pensées se tournent alors vers notre fille. Elle culpabilise de ne pas être présente avec nous. Ici, ils s’attendent à une hausse des cas de Covid. Seuls, les parents sont autorisés à entrer dans la chambre.

Normalement, nous ne devrions être qu’une seule personne avec notre fils, mais l’équipe accepte que Marie et moi restions en journée tous les deux pour le soutenir.

Le lendemain matin, je contacte rapidement Marie pour prendre des nouvelles. Elles sont bonnes, Marceau a pu dormir sans problème mais, à l’instant où...

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#67 - Mai 2024

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