Je crois en Jésus

Credo

Je crois en Jésus

Si le premier article du Credo est consacré à « Dieu le Père », le second, quant à lui, parle longuement de l’œuvre historique du Christ. Nous sommes ainsi au cœur de la foi chrétienne.

Le deuxième article nous propose en effet de faire un pas de plus : il ne s’agit pas seulement d’être croyant, monothéiste, de croire en « Dieu le Père créateur du ciel et de la terre », mais d’être chrétien, c’est-à-dire de croire en Jésus, de le confesser comme Fils unique de Dieu et comme Seigneur (Seigneur de l’univers, du monde et aussi de ma vie).

Croire en Jésus, ce n’est pas simplement croire en son existence. Nul ne remet plus sérieusement en question aujourd’hui l’existence historique de l’homme Jésus. Mais croire en Jésus, c’est finalement « miser » sur lui, c’est s’en remettre totalement et sans réserve à lui, c’est prendre au sérieux les paroles qu’il a prononcées, c’est reconnaître comme vraies les prétentions extraordinaires qu’il a eues.

Le Christ a dit : « Je suis le chemin, la vérité, la vie, nul ne vient au Père que par moi. » et : « Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, vivra quand même il serait mort. » et encore : « Je suis la lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres((Jean 14.6 ; Jean 11.25 ; Jean 8.12.)). »

Croire en Jésus, c’est croire que de telles paroles n’ont pas été prononcées par un « mystique illuminé » ou par un « malade atteint de mégalomanie pathologique », mais par le Fils unique de Dieu, qui s’est fait homme pour partager notre humanité, nos souffrances, nos douleurs et nous apporter pardon, joie, paix, salut.

Croire en Jésus, c’est confesser l’unicité absolue du Christ : il n’est pas l’une des multiples manifestations du divin, il n’est pas un simple avatar de Dieu, mais il est Dieu fait homme, Emmanuel, Dieu avec nous.

Le nom même de Jésus signifie « sauveur ». C’est pourquoi le deuxième article du Credo détaille toute l’œuvre de salut accomplie par le Christ.

Jésus, c’est Dieu qui vient sauver l’humanité. Jésus, c’est Dieu qui nous apporte la réconciliation : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même((2 Corinthiens 5.19.)). »

Donc, croire en Jésus, c’est me laisser réconcilier avec Dieu, avec moi-même, avec les autres, avec mon environnement, c’est vivre cette expérience profonde, thérapeutique, de la réconciliation.

Croire en Jésus, c’est dire que ma vie retrouve sens, équilibre, plénitude, accomplissement ; c’est me savoir libéré, éclairé par la lumière de Dieu. C’est ne plus considérer Dieu comme un rival en cherchant une fausse autonomie, une indépendance radicale par rapport à lui.

Croire en Jésus, ce n’est pas seulement considérer Jésus comme un homme abstrait, une figure historique marquante, un philosophe éclairé, un génie religieux, un philanthrope qui a lutté contre l’exclusion, un humaniste avant l’heure, etc., mais c’est faire de lui mon ami, mon sauveur, mon Seigneur, le maître de ma vie et de ma destinée.

Il a été conçu du Saint-Esprit, il est né de la vierge Marie !

Avec cet article, nous pénétrons plus profondément dans la foi chrétienne, mais il faut le reconnaître, cet article du Credo est certainement le plus ridiculisé par l’incroyance, et le moins bien compris par les croyants.

La conception virginale est souvent confondue avec le dogme de l’Immaculée Conception, mais c’est bien à tort. Ce dogme marial, qui affirme que, dès le premier moment de sa conception, Marie a été préservée du péché originel en vertu des mérites de son Fils, n’est pas partagé par les Protestants.

La conception virginale en revanche, c’est l’affirmation que la mère de Jésus, Marie (Myriam en hébreu), était vierge quand elle est devenue enceinte, parce que son fils a été conçu du Saint-Esprit et n’est pas le fruit d’une semence d’homme.

Le Credo formule de manière simple, une vérité que le concile de Chalcédoine en 451 redira de manière plus sophistiquée, à savoir que Jésus est vrai Dieu et vrai homme. Les premiers chrétiens avaient à lutter sur deux fronts (et ce combat n’est pas terminé).

Premièrement, contre ceux qui refusaient la divinité du Christ : il s’agissait de confesser que le Christ n’était pas un « super-héros », un « super-produit de l’humanité », voire même un être divin (comme acceptait de le dire Ernest Renan), mais qu’il était pleinement Dieu, totalement Dieu.

Deuxièmement, contre ceux qui niaient la pleine humanité du Christ : il s’agissait d’affirmer qu’il n’était pas tombé du ciel comme un aérolithe, mais qu’il était pleinement homme, totalement homme, qu’il a pris chair de la vierge Marie.

À ceux qui refusent systématiquement le surnaturel, l’intervention de Dieu dans le monde et la création, il suffira de rappeler la parole de l’ange Gabriel à Marie qui s’interrogeait sur la faisabilité de la chose : « Rien n’est impossible à Dieu((Luc 1.37)). » ou plus prosaïquement encore, le coup de gueule de Clavel : « Dieu est Dieu, nom de Dieu ! »

Certes, les histoires de dieux fécondant de belles mortelles, donnant naissance à des hybrides mi-hommes, mi-dieux, étaient courantes à l’époque, ce qui a fait dire à beaucoup qu’il s’agissait d’une légende ou d’une fable.

Déjà au deuxième siècle, le juif Tryphon, se moquait de cette idée et disait aux chrétiens : « Dans les fables de ceux qu’on appelle les Grecs, on dit que Persée naquit de Danaé qui était vierge, après que celui qui s’appelle chez eux Zeus s’était répandu sur elle sous forme d’or. Vous devriez rougir de raconter les mêmes choses qu’eux… »

Les philosophes païens, voulant montrer la stupidité du christianisme, s’en sont aussi pris à cet article. Le plus fameux d’entre eux, Celse (troisième siècle), a affirmé que c’est Jésus lui-même qui aurait inventé l’histoire de sa naissance d’une vierge, pour couvrir l’adultère de sa mère. « Marie s’est trouvée enceinte des œuvres d’un soldat nommé Panthère((Probablement une confusion avec le mot grec Parthenos qui signifie vierge.))… Convaincue d’adultère, elle fut chassée par son mari, charpentier de son état […] Honteusement vagabonde, elle donna naissance à Jésus en secret et celui-ci fut obligé, par pauvreté, d’aller louer ses services en Égypte. Il y acquit l’expérience de certains pouvoirs magiques dont se targuent les Égyptiens, et il s’en revint tout enorgueilli de ces pouvoirs et, grâce à eux, il se proclama Dieu. »

Certains modernes continuent à déployer ce genre d’explications.

Mais il convient de noter l’extrême sobriété des évangiles (début des évangiles de Matthieu et de Luc) sur la question. Ces textes n’ont rien à voir avec les fables de fornications des dieux olympiens, toute suggestion en ce sens est écartée, le Saint-Esprit n’est ni l’époux de Marie ni le père de Jésus, il n’a pas ici un rôle de fécondateur ou de procréateur, mais de créateur : il donne la vie.

D’autres encore pensent pouvoir sauver la foi en faisant jouer le sens contre le fait, c’est-à-dire en affirmant que ces récits sont théologiques et non pas historiques. Ils expriment la manière dont la communauté chrétienne a pensé ou s’est représenté l’origine du Christ. Il faut donc retenir le sens, et non la façon quelque peu naïve dont les choses sont rapportées. Pour eux, ces récits traduiraient la gratuité de l’incarnation et l’origine divine de Jésus dans le langage mythique de la Vierge féconde.

Mais ne serait-ce pas un mensonge que d’affirmer que le Christ est né de la Vierge Marie et conçu de l’Esprit Saint alors qu’il s’agirait simplement d’une conception normale ? Utiliser un tel langage pour une conception normale serait irrecevable, si les mots ont un sens…

La conception par le Saint-Esprit et la naissance virginale du Christ ne doivent cependant pas être comprises comme un jugement moral négatif porté sur la sexualité, erreur souvent commise. Une simple lecture de la Bible permet facilement d’évacuer une telle idée((Cf par exemple le Cantique des cantiques ; Proverbes 5.15ss ; 1 Timothée 4.3.)).

Ce miracle permet d’affirmer que le Christ, second Adam((D’après Romains 5.)), chef de la nouvelle humanité, n’était pas « en Adam », c’est-à-dire héritant du péché d’Adam. La conception virginale permet de comprendre qu’il puisse être sans péché, tout en étant pleinement homme.

Mais plus fondamentalement, en écartant l’homme comme auteur du salut, cet article du Credo appelle l’homme à l’humilité, et fait triompher la grâce de Dieu. Jésus n’est pas, en effet, né des « œuvres de Joseph », c’est-à-dire des œuvres de l’homme. Ainsi l’homme n’est pas l’auteur du salut, il en est le « récepteur ». La femme symbolise ici la réceptivité de la foi((Cf. le fait de Marie : « Qu’il me soit fait selon ta parole ! »)).

La grâce triomphe : le Christ est don de Dieu aux hommes, sa venue est pure grâce, la virginité de Marie atteste que cela vient de Dieu seul. Ainsi, rien à voir avec la figure de la Vierge-Mère chère aux religions païennes qui exprime surtout le vœu de l’autosuffisance humaine, l’homme qui veut se passer de « l’Autre », l’homme qui ne veut pas recevoir son salut de Dieu.

La formule « conçu par le Saint-Esprit et né de la Vierge Marie » est finalement un condensé de l’évangile du salut par la grâce : l’homme ne peut ni mériter ni gagner son salut, il ne peut que le recevoir de Dieu ; tout est grâce, car tout vient de Dieu. La foi est cette main vide tendue vers Dieu.

Dieu offre généreusement la grâce du salut à tous. À nous, de nous l’approprier par la foi, comme Marie qui est pour nous modèle de foi, de confiance, de fidélité, de réceptivité, de disponibilité à Dieu.

Il a souffert sous Ponce Pilate

Cet article du Credo nous rappelle que Jésus est allé jusqu’au bout dans son amour pour nous. Le Seigneur porte toute la souffrance humaine, il se solidarise totalement avec l’humanité. Jésus accepte de passer par la souffrance, pour vraiment nous rejoindre entièrement, nous aimer et nous sauver. S’il y en a un qui a vraiment porté la misère du monde, c’est bien lui, Jésus le Fils de Dieu.

Avec cet article, une polémique implicite est engagée contre tous ceux qui nient la pleine humanité du Christ. Ou encore contre ceux qui pensent que l’œuvre du Christ avait une certaine dimension « magique » ou qu’elle n’était qu’une simple « formalité à remplir ».

« Non », dit en substance le Credo. Dieu ne nous sauve pas d’un coup de baguette magique, mais il le fait de façon onéreuse. Il envoie son Fils : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle((Jean 3.16.)). » Et Jésus accepte de porter nos fardeaux, il vient, souffre et meurt pour nous.

On notera l’importance accordée à l’historicité de...

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