Un regard chrétien sur l’identité humaine, les neurosciences et l’intelligence artificielle

Les sciences

Introduction

L’identité humaine, telle que nous la comprenons aujourd’hui, est largement définie par nos capacités cognitives : le langage, le calcul, la musique, la mémoire, les connaissances, l’expertise, la représentation de l’espace, la maîtrise du monde matériel, la pensée, la conscience, la conception de soi, l’imagination, la créativité, les prises de décisions, les interactions sociales, la théorie de l’esprit, les émotions, le comportement, la personnalité et la spiritualité. Toutes ces capacités dépendent du fonctionnement cérébral.

Or, notre compréhension du fonctionnement cérébral a inspiré le développement de l’intelligence artificielle, qui devient de plus en plus performante. Avec l’arrivée d’ordinateurs encore plus puissants, l’intelligence artificielle pourra-t-elle se saisir de notre identité ?

Ce que dit la Bible de notre identité

L’identité humaine est liée aux notions de l’âme et de l’esprit dans la Bible.

Le livre de la Genèse relate que l’homme a été créé à l’image de Dieu (Genèse 1.27). Il a été façonné avec la poussière de la terre et a reçu un souffle de vie dans ses narines – c’est ainsi que « l’homme devint “nèphèsh…” » (en hébreu) un être vivant (Genèse 2.7).

Plus tard, l’apôtre Paul cite ce passage en écrivant (en grec) : « Le premier homme, Adam, devint une âme (psychè) vivante (zôsa). » Il fait le contraste entre ce premier homme, tiré de la terre, et le second, qui est du ciel. Pour désigner ce dernier, il parle de pneûma, esprit, qui communique la vie, et d’un corps spirituel, semblable à celui du Christ lors de la résurrection (1 Corinthiens 15.44-47). Alors que l’Ancien Testament considérait que le siège de nèphèsh était le sang, le Nouveau Testament attribue psyché au cœur. Ce n’est qu’au cours des siècles suivants, au fur et à mesure de l’avancée des connaissances médicales, que l’âme a été associée au cerveau((Stéphanie CLARKE, L’âme face aux neurosciences dans MARIN P. et MELLERIN L : Penser l’âme au temps de son éclipse. Les ressources de l’anthropologie chrétienne. Les Éditions du Cerf, Paris, 2023. ISBN 978-2-204-15765-0)).

Si à l’avenir, les fonctions cérébrales peuvent être reproduites par l’intelligence artificielle, qu’en est-il de l’âme et de l’esprit ? La vie de foi sera-t-elle reflétée – ou même reprise – par des logiciels spécialement entraînés ?

Le cerveau, base neuronale de notre identité

Le cerveau humain, c’est cent milliards de neurones et 10-50 fois autant de cellules gliales, arrangées dans des structures bien définies et interconnectées (voir Fig. 1 ; Glossaire). Les neurones individuels encodent l’information par l’activité électrique et la transmettent entre eux par des messagers chimiques, les transmetteurs, au niveau des points de contact spécialisés, les synapses. Les neurones fonctionnent en réseaux, dont la structure et le fonctionnement ont fait l’objet de nombreuses études. Considérons comment de tels réseaux fonctionnent à l’aide de cinq exemples.

Schéma 3 Légende de l’illustration

Fig. 1. Le cortex cérébral frontal, pariétal, temporal et occipital ainsi que le cervelet et le tronc cérébral (tc) sur une vue latérale droite et inférieure du cerveau (représentés respectivement à gauche et à droite).

Glossaire

Le cerveau humain comprend deux hémisphères cérébraux, droit et gauche, le cervelet et le tronc cérébral (Fig. 1). La surface des hémisphères est couverte par le cortex cérébral, qui comporte des régions spécialisées dans les différents aspects des fonctions cognitives : la perception (vue, ouïe, sensibilité, gustation, olfaction), la motricité, la mémoire, les émotions, la théorie de l’esprit, etc. Les différentes régions du cortex cérébral, du cervelet et du tronc cérébral fonctionnent en réseau.

Les neurones sont les cellules spécialisées dans le traitement d’informations. Chaque neurone comporte plusieurs dendrites (qui ressemblent aux branches d’arbres) qui reçoivent des signaux en entrée, et un seul axone (long et mince) qui envoie un signal en sortie. Les points de contact entre l’axone et les dendrites d’autres neurones sont appelés synapses, et la transmission des signaux se fait aux synapses par des molécules appelées transmetteurs. Des cellules gliales soutiennent la fonction des neurones.

En plus du cerveau, le système nerveux comprend la moelle épinière et le système nerveux périphérique, qui assurent le lien entre le corps et le cerveau en matière de fonctions motrices, sensorielles et autonomes.

L’exploration du fonctionnement cérébral a connu de grandes avancées grâce à l’imagerie cérébrale. La plus largement utilisée actuellement est l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRM). Elle permet de mesurer des corrélats du fonctionnement neuronal avec une résolution millimétrique.

La plasticité neuronale désigne la capacité des circuits neuronaux à modifier en fonction de l’expérience ou de l’entraînement. Les effets de la plasticité cérébrale peuvent être observés par microscopie électronique au niveau des synapses qui sont renforcées, et par résonance magnétique fonctionnelle au niveau des réseaux neuronaux, qui sont reconfigurés.

Le monde sonore

Lorsque nous entendons aboyer un chien, s’approcher une voiture ou souffler un vent tempétueux, nous reconnaissons très rapidement ce que le bruit signifie et d’où il vient. Nous prenons conscience d’un éventuel danger qui y est associé. Le traitement de l’information sonore passe dans notre cerveau par plusieurs étapes. Tout d’abord, l’aboiement du chien, le bruit du moteur de voiture et le hurlement du vent sont encodés en fonction des fréquences sonores qui composent ces bruits, dans la cochlée, le tronc cérébral, le thalamus et le cortex auditif primaire. Ensuite, l’information qui nous permet de reconnaître la source du bruit – chien, voiture, vent – est traitée le long d’un réseau spécialisé. Un autre réseau, indépendant de celui de la reconnaissance, traite l’information qui nous permet de savoir d’où provient le bruit. L’appréciation émotionnelle des sons procède par un troisième réseau séparé, en partie, des deux précédents.

Pourquoi cette complexité de trois réseaux distincts pour encoder séparément le sens, le lieu et la teneur émotionnelle ? La séparation en réseaux spécialisés procure...

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