24 décembre 1361. Jean Tauler et Noël
24 décembre 1361. Jean Tauler
Jean Tauler (v1300-1361) est né vers 1300 à Strasbourg et mort le 16 juin 1361. C’est un théologien, un mystique et un prédicateur alsacien influent. Il rencontre à cologne Maître Eckhart, théologien et philosophe dominicain, le premier des mystiques rhénans.
Banni par l’évêque se Strasbourg il se rendit avec quelques dominicains à Bâle où il fréquenta des groupes de croyants qui se réunissaient pour la prière comme les premiers chrétiens. Lorsque la peste noire sévit dans sa ville natale, y ayant déjà emporté plus de 16000 personnes, il y fut appelé pour assister les mourants. Il laissa un grand nombre d’écrits et d’hymnes dont celui qui suit (qui fut perdu par deux fois et retrouvé, d’abord en 1626, puis par Spitta au début du 20e siècle).
L’œuvre de Tauler se distingue par son talent de prédicateur, concret, évitant les longues spéculations. Tauler pourrait être compté parmi les pré-Réformateurs, car, dans ses prédications, il attaquait déjà la doctrine du salut par les œuvres, montrant clairement que la seule source de notre salut est la grâce de Dieu.
Il recourt volontiers à la poésie et fait se comprendre à l’aide d’images.
Ainsi ce navire à la charge précieuse est un don du ciel, le soir de Noël : comme le bateau glisse sans bruit sur l’onde, ainsi le Fils de Dieu grandit silencieusement dans le sein de Marie ; l’amour de Dieu le pousse en avant, le Saint-Esprit gonfle ses voiles.
Il nous arrive un navire,
Il porte une charge précieuse,
Des troupes d’anges s’y trouvent,
Il a un grand mât.
Le navire nous arrive, chargé,
C’est Dieu le Père qui l’a envoyé,
Il nous apporte un grand secours,
Jésus, notre sauveur.
Le navire nous arrive doucement,
Il touche au bord ;
Il a ouvert le ciel,
Et nous a envoyé le fils.
Marie a conçu
De sa chair et de son sang
Le petit enfant prédestiné.
Il fut homme et le vrai Dieu.
Le voici couché dans le berceau,
Le cher enfançon,
Sa figure rayonne comme un miroir :
Qu’il soit loué !
Marie, mère de Dieu,
A toi nos louanges !
Jésus est notre frère,
Le cher petit enfant.
Je voudrais embrasser l’enfant
Sur sa bouche gracieuse,
Et si j’étais malade, pour sûr,
Cela me donnerait la guérison.
Marie, mère de Dieu,
Tes louanges se chantent partout !
Jésus est notre frère,
Il te donne une grande dignité.
Dalle funéraire au Temple Neuf de Strasbourg
La dalle funéraire de Jean Tauler était située dans le cloître du couvent des Dominicains de Strasbourg. Quand celui-ci est sécularisé au 16e siècle pour devenir la Haute École fondée par Jean Sturm, lorsque la république de Strasbourg adopte le protestantisme, la dalle y est conservée. En 1860, un incendie ravage le cloître : la dalle funéraire de Jean Tauler échappe aux dégâts. Elle est alors transférée dans l’ancienne église des Dominicains, devenue Neue Kirche (Temple Neuf) de la paroisse protestante de la Cathédrale en 1681. Le 24 août 1870, lors du siège de la ville, un violent bombardement allemand frappe le Temple Neuf qui est presque intégralement détruit, ainsi que la Bibliothèque municipale installée dans son chœur, comprenant de précieux manuscrits (dont certains de Tauler). La dalle funéraire de Jean Tauler sort presque indemne de la catastrophe. Elle est aujourd’hui dressée dans le fond du nouveau Temmple Neuf, construit à la place de l’ancien.