20 juillet 1847. Max Liebermann
20 juillet 1847. Max Liebermann
Max Liebermann (1847-1935) est un peintre et graveur allemand né le 20 juillet 1847 à Berlin.
À 35 ans, il suscite l’indignation avec une toile originale inspirée des Évangiles. Max Liebermann, Jésus à douze ans au Temple (1879, Kunsthalle Hamburg).
En 1879, ce peintre juif, ni croyant ni pratiquant, qui fréquentait enfant les églises réformées, peint son Jésus à douze ans au Temple d’après la scène relatée dans l’Évangile de Luc. Ce qui fait durant ses voyages, notamment la visite des synagogues qui l’ont fasciné. Quoique juif, il connaissait peu l’univers du judaïsme et entreprend ici un dialogue avec sa propre origine.
Le tableau qui nous reste aujourd’hui, visible à la Kunsthalle de Hambourg, n’est pas la première mouture. D’après quelques dessins conservés, on peut se faire une idée de cette dernière. On y voit l’enfant Christ avec des cheveux bruns et courts, un nez marqué, des pieds déchaussés. Ces détails anatomiques choquent profondément le public. Un journal allemand dénonce « le garçon juif le plus infatué et le plus laid qu’on puisse imaginer ».
Liebermann n’était ni révolté ni provocateur. Il cède aussitôt à l’opinion en retouchant son Christ selon des préceptes plus proches de l’iconographie chrétienne en vogue. D’où l’apparition cette fois d’un blondinet en sandales. Mais, et c’est là le plus intéressant, il n’obtient pas davantage de succès.
Ce Jésus, malgré ses contours atténués et la tâche de lumière dans laquelle il se meut, repousse toujours le rendu traditionnel. Ce qui le démarque d’une représentation habituelle consiste sans doute dans la manière dont les savants juifs font cercle autour de lui. Même s’ils l’écoutent avec considération, ils l’entourent de très près. Ils sont infiniment proches, à la fois par la distance mais aussi l’air de famille. Jamais le Christ n’a baigné dans son milieu de naissance d’une façon plus naturelle et spontanée. Rien, à première vue, ne le sépare distinctement de ces rabbins, rien n’en fait un corps étranger pour eux, encore moins un corps omniscient ou supérieur. Il est seulement un enfant éveillé.