Les 80 ans du Petit Prince
Il y a 80 ans le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry était publié pour la première fois en France.
Le Petit Prince (1943) de Saint-Exupéry (1900-1944) est traduit en plus de 150 langues. Il n’y a qu’un seul livre qui le dépasse en nombre de traductions, c’est la Bible (plus de 2.000 langues).
Profond
Ce texte est bien plus profond qu’il n’y paraît. D’ailleurs l’écrivain disait en parlant du Petit Prince : « Je n’aime pas qu’on lise mon livre à la légère (1). » Le Petit Prince est le double rêvé de l’auteur par lequel l’auteur peut faire entendre sa voix intérieure, déplorer la folie du monde dans lequel il vit et exprimer ses aspirations spirituelles.
Mystérieux
De prime abord, c’est un simple conte pour enfants, mais la dernière note n’est pas un « happy end ». Le petit prince est-il retourné auprès de sa rose orgueilleuse ? S’est-il volatilisé ? Il n’existe pas de réponse limpide et définitive. Aucun indice ne nous est donné dans sa fin atypique, qui voile le sens de ce conte philosophique.
Spirituel
Paulin Césari écrit : « Tout le génie de Saint-Exupéry réside dans son aptitude à faire l’invisible à travers le visible… La clé de voûte du Petit Prince est l’idée pascalienne qu’il se fait de l’homme : « un monstre incompréhensible », écartelé entre l’ici-bas et l’au-delà, entre le matériel et le spirituel (2). »
Pour Saint-Exupéry : « Il y a quelque chose dans l’homme qui dépasse infiniment l’homme : son aspiration à la transcendance, sa part spirituelle, son être surnaturel, son appétence pour l’Invisible, que seule l’intelligence du cœur, c’est-à-dire les yeux de l’âme, peut atteindre. »
Biblique
Saint-Exupéry, qui avait reçu une éducation religieuse, puise aussi dans le trésor biblique, dont on peut repérer plusieurs éléments.
- Dès le début du livre, dans le désert : la voix qui s’y élève et nombre de citations quasi bibliques.
- Les animaux ensuite, le serpent – animal on ne peut plus biblique – l’agneau, celui du sacrifice dans l’Ancien Testament, puis celui pur et sans tache du Nouveau Testament.
- La scène du puits rappelle celle de la Samaritaine (3), quand l’aviateur et le petit prince vont boire une eau qui est « bien autre chose qu’un aliment », pas seulement là pour les désaltérer, mais « bonne pour le cœur ».
- Jusqu’à la fin du livre, avec les dernières paroles du petit prince : « Voilà… C’est tout… », rappelle le « Tout est achevé ! » qui sont les dernières paroles de Jésus-Christ sur la croix dans l’Évangile de Jean.
José Loncke
(1) et (2) : Paulin CÉSARI, Le Figaro Magazine, 4 mars 2022, p.70.
(3) Jean 4.7-31.