Aborder la question de la catéchèse des adultes ne peut se faire sans jeter un regard sur sa pratique dans l’histoire de l’Église. Vous trouverez ci-après une synthèse des données de la fin du 1er siècle jusqu’à la Réforme avec quelques commentaires. Cette synthèse est tirée d’un livre éclairant de Pierre Lestringant, pasteur réformé et professeur de théologie pratique à la faculté protestante de Paris de 1945 à 1960[1].
[1] Pierre LESTRINGANT, Le ministère catéchétique de l’Église, esquisse théorique et pratique, Paris, Éditions Je sers, 1945, 268 p.

Les données du Nouveau Testament ne permettent pas d’affirmer qu’une catéchèse précise ait été instituée pour précéder l’admission dans l’Église. Les nouveaux convertis étaient ajoutés à la communauté par le baptême et, contrairement à notre pratique, il ne semble pas qu’il y ait eu de délai significatif entre la conversion et le baptême. Les apôtres n’abordent jamais la question du baptême pour en définir les conditions d’accès, mais pour en commander la pratique ou en expliquer le sens. Il n’y a donc pas de définition d’un minimum chrétien pour accéder au sacrement, si ce n’est la profession que Jésus est le Christ. On peut en conclure que le baptême jouait le rôle d’initiation requise pour être admis dans l’Église. Cette façon de faire implique qu’il est fait grande confiance à la parole du converti et à l’action de Dieu qui dispense la foi dans la constitution des Églises. Cela n’excluait pas toute mise à l’épreuve de la foi, mais elle intervenait après le baptême dans la participation quotidienne à la vie de l’Église.
Cette pratique faisait très clairement du baptême un point de départ, à la fois signe de la nouvelle naissance et gage de l’élection divine, et non un point d’arrivée d’une première étape de la vie chrétienne.
1. Naissance et développement du catéchuménat
Bien que nous n’ayons pas de certitudes, il est probable que l’idée d’une catéchèse préalable au baptême ait vu le jour avant la fin du premier siècle. L’expansion rapide du christianisme n’était pas sans poser de difficultés. Les épîtres aux Corinthiens témoignaient déjà que le baptême immédiat des convertis entraînait une certaine instabilité dans la communauté. Ces chrétiens d’origine païenne développaient un attachement excessif aux personnes qui les avaient enseignées et baptisées. Paul ne doit-il pas dire :
« Je rends grâces de n’avoir baptisé aucun de vous, excepté Crispus et Gaïus. Ainsi personne ne peut dire que vous avez été baptisés en mon nom. » (1 Co 1.14s) ?
On peut assez bien imaginer que ce type de problème a conduit les Églises à instituer des règles quant à l’admission de nouveaux membres pour s’assurer qu’ils avaient bien compris les bases de la foi dont ils se réclamaient.
La Didaché ou Doctrine des douze apôtres, écrite à la fin du premier siècle ou au début du deuxième, sans doute en Syrie, envisage la pratique du baptême comme intervenant après toute une initiation à la vie chrétienne :
« Quant au baptême, baptisez ainsi : après avoir proclamé tout ce qui précède, baptisez au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit dans de l’eau vive (courante). » (VII,1)
Les six chapitres précédents auxquels il est fait référence concernent la conduite du chrétien envisagée sous la forme de deux chemins, l’un qui conduit à la vie et l’autre à la mort. Le croyant y est exhorté à aimer Dieu et son prochain, à fuir le mal, à s’acquitter de ses devoirs envers les membres de l’Église, envers les pauvres et envers les siens. Cela conduit Pierre Lestringant à la conclusion suivante :
« À la fin de l’âge apostolique… les candidats au baptême reçoivent un enseignement qui vise essentiellement leur conduite. Il est certain qu’on demande, avant tout, la confession du nom de Jésus-Christ comme Sauveur ; mais l’expérience résultant de trop de vies inchangées exige que soit clairement précisée, dès avant le baptême, la résolution qu’entraîne l’appartenance au Christ, dans les mœurs et dans les situations élémentaires de l’existence quotidienne[1]. »
Il tient toutefois à préciser que nous n’en avons la preuve que pour une région de l’Empire, avec la Didaché.
Pierre Lestringant remarque que cette pratique va modifier la signification du baptême. Ne correspondant plus à la réalité initiale de la foi, il risque fort d’être interprété, non plus comme le signe de la grâce prévenante et inconditionnelle de Dieu, mais comme le sceau des changements intervenus dans la pensée et la conduite[2].
On risque d’en faire un brevet de sanctification, le diplôme final de la foi, plutôt que la marque de sa naissance.
Nous avons d’autres indications anciennes sur l’institution d’une catéchèse pré-baptismale. Justin l’apologète, au milieu du 2e siècle, parle, dans sa première Apologie, des étapes qui mènent le converti au baptême :
« À tous ceux qui croient à la vérité de notre enseignement et de nos paroles, et qui promettent de vivre en s’y conformant, nous apprenons à prier Dieu… Ensuite, nous les conduisons en un lieu où il y a de l’eau, et là, ils sont régénérés de la même régénération que nous, au nom du Père, maître de l’univers, et de notre Sauveur Jésus-Christ, et du Saint-Esprit. » (LXI,2-3)[3].
Il s’agit du premier témoignage direct à l’institution d’une catéchèse, même s’il y a peu de détails sur son contenu. L’autre information que nous livre Justin dans le même texte, c’est que le converti est admis à la cène immédiatement après son baptême (CXVI).
Irénée de Lyon, à la fin du 2e siècle, nous livre des informations sur le contenu de la catéchèse. Écrivant à un certain Marcien, il lui dit :
« J’ai désiré t’expliquer, en peu de mots, l’annonce de la vérité pour rendre ta foi plus solide. Je t’envoie donc une sorte de résumé de tout ce qu’il faut croire[4]. »
On peut donc dire que, dans sa Démonstration de la prédication apostolique, il nous offre un véritable traité catéchétique. Irénée parle d’emblée de « la règle de foi » reçue au baptême dont voici la définition :
« 6. Voici donc les vérités que notre foi renferme et le fondement sur lequel notre conduite s’appuie.
Le premier article de notre foi, c’est : un seul Dieu Père qui n’est pas créé, que rien ne peut contenir et qui est invisible. Il est le Dieu unique, l’Auteur de toutes choses.
Le deuxième article, c’est : la Parole de Dieu, le Fils de Dieu, Jésus Christ notre Seigneur. C’est par son intermédiaire que toutes choses ont été faites. Il est apparu aux prophètes, aux uns d’une manière et aux autres d’une autre, selon le projet de salut fixé par le Père. Dans les derniers temps, pour récapituler toutes choses, il s’est fait homme parmi les êtres humains, et les êtres humains ont pu le voir et le toucher. Il a détruit la mort, il a fait apparaître la vie et il a accompli la communion de Dieu et de l’être humain.
Le troisième article, c’est : le Saint-Esprit. C’est par lui que les prophètes ont prophétisé, que les Pères ont appris les choses de Dieu et que les justes ont été guidés dans le chemin de la justice. Dans les derniers temps, il a été répandu d’une manière nouvelle sur l’humanité, sur toute la terre, et il a donné aux êtres humains un cœur nouveau pour les préparer à rencontrer Dieu.
7. C’est pourquoi le baptême de notre nouvelle naissance a lieu par ces trois articles. Il nous offre une nouvelle...