Confessions d’un prédicateur (im)pénitent

La prédication

Une fois n’est pas coutume, nous ouvrons ce Cahier par un témoignage authentique et anonyme. Nous l’accueillons comme le compte-rendu sincère d’une pratique bien éloignée des standards. Souvent, trop souvent, le pasteur gère la préparation de la prédication comme il peut. L’exception doit-elle devenir l’habitude ? Faut-il croire qu’il y a moins d’inspiration là où il y a plus de transpiration ? À quel point justifie t-on sa pratique pour ne pas la réinterroger ? Que le lecteur juge ; qu’il discerne les dangers. Personne ne jettera la pierre.

“Je sais très bien ce que je dois faire, mais hélas, je fais tout le contraire”. Les premiers mots de cette chanson de Alice au pays des merveilles résument assez bien la réalité que je vis par rapport à la prédication.

Comme la plupart des pasteurs, j’ai suivi des cours d’homilétique ou d’annonce de la Parole. Certains m’ont durablement marqué. J’ai également lu quelques livres stimulants sur le sujet. Mais hélas, j’ai l’impression que je suis très loin de l’idéal enseigné. Pour autant, je ne peux pas dire que prêcher soit un exercice désagréable pour moi. J’aime annoncer la Parole de Dieu même si j’ai souvent le difficile sentiment de ne pas avoir été aussi pertinent, complet ou stimulant que j’aurais pu. J’aime aussi lire dans le regard de mes frères et soeurs leurs réactions ou entendre d’eux quelque temps plus tard que ma prédication les a éclairés, qu’elle leur a fait du bien ou qu’elle a répondu à des questions qu’ils se posaient. Certes, j’aimerais entendre plus souvent de tels échos… mais suis-je le seul à le souhaiter ? De même, il m’arrive de ne pas être du tout satisfait de moi après la prédication et de gâcher ainsi mon dimanche et parfois même le début de ma semaine. Je remets ce sentiment désagréable au Seigneur. Je me dis aussi que je dois pas être le seul prédicateur à ne pas être toujours très fier de sa prestation dominicale. On ne peut pas être au même niveau à chaque fois.

J’ai le souvenir de prédications entendues qui m’ont nourri. Je les ai parfois trouvées savoureuses… Elles me font encore du bien même des années plus tard. Nul doute, ces prédications avaient été soigneusement pensées, soignées, préparées. J’aimerais donc faire aussi bien que ces prédicateurs mais j’ai l’impression que je n’y arriverai pas. En tout cas, je ne suis pas certain de vouloir m’en donner les moyens. C’est sans doute que j’ai privilégié d’autres aspects du ministère dans ma vie… et/ou que je dois m’accepter tel que je suis ?  

J’aimerais faire mieux…

Oui, il m’arrive de me réjouir quand j’ai l’impression d’avoir bien prêché mais j’ai quand même généralement le sentiment que j’aurais pu faire mieux. Je sais par exemple que ma prédication aurait été plus riche en illustrations, en anecdotes ou en exemples vécus si j’avais pris le temps d’y réfléchir, de me documenter au lieu de la préparer à la dernière minute.

Comment en suis-je donc arrivé à écrire mes prédications très tôt le dimanche matin, ou au mieux de griffonner quelques notes le samedi soir avant d’aller me coucher ? J’ai pourtant été sagement enseigné à commencer ma préparation dès le lundi précédent. Pourquoi en suis-je arrivé à ne disposer le dimanche à l’église que de quelques gribouillis que je regarderai à peine lorsque je prêcherai ? Je ne pense pas que ce soit par paresse, ni parce que je mépriserais la prédication. C’est, paradoxalement, presque l’attitude contraire qui m’a conduit à cette drôle d’habitude.

Sans...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#12 - 4e trimestre 2010

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