Accompagnement pastoral de délivrance – Une description

Ministère pastoral
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Au sein du renouveau charismatique dans les Églises historiques, s’est développé un accompagnement pastoral de délivrance et de guérison pour aider les personnes troublées par des problèmes psychiques et spirituels, y compris l’influence des forces des ténèbres. Cette approche se distingue, d’une part de la pratique d’exorcisme dans l’Église catholique romaine, et d’autre part des ministères de délivrance dans les milieux évangéliques pentecôtisants.

Elle est connue sous différentes appellations, selon le langage chrétien du pays. Aujourd’hui, elle se répand au-delà des milieux charismatiques. On parle de plus en plus de pastorale ou d’accompagnement de prière, une terminologie qui passe mieux dans les Églises traditionnellement réticentes au langage pentecôtisant.

Dans plusieurs pays (Royaume-Uni, Allemagne, Suisse, Scandinavie), des réseaux de pasteurs et d’équipes pastorales se sont développés, autour des séminaires et des conférences de renouveau charismatique. Aux Pays-Bas, le Comité pour la Pastorale de Prière représente tout un réseau de pasteurs et d’équipes pastorales, impliqués dans l’accompagnement pastoral de guérison et de délivrance. Ce comité, dont l’auteur fait partie, organise des formations et sert de plate-forme de réflexion.

L’arrière-plan

La manière dont l’accompagnement pastoral de prière répond aux besoins des personnes en difficultés psychiques ou spirituelles, a plusieurs sources. Cette approche s’inspire, notamment, de la vision de la guérison intérieure et physique, développée par Agnes Sanford aux États-Unis.

Celle-ci s’est nourrie d’une longue expérience d’accompagnement pastoral et d’une collaboration étroite avec le psychologue et pédiatre Fritz Künkel. Ensemble, ils ont conduit de nombreux séminaires sur ce sujet. Dans son livre The Healing Light (1947), Agnes Sanford présente sa vision de la guérison intérieure. Son accent sur l’acceptation de l’autre et l’empathie rappelle l’influence du psychologue Carl Rogers. Elle concentre son attention sur quatre domaines d’accompagnement pastoral, en soulignant qu’ils sont liés les uns aux autres :

  • guérison des blessures (intérieures)
  • détachement des liens
  • délivrance des contre-puissances
  • pardon des péchés.

Adoptant ce schéma, la britannique Anne Wight a développé une méthode, ou plutôt une approche pastorale, qui s’est répandue depuis 1966, d’abord dans son propre pays, ensuite à l’étranger. En 1978, une équipe anglaise a conduit des séminaires pour pasteurs aux Pays-Bas. Assez vite, une équipe néerlandaise a pris la relève, pour introduire l’accompagnement pastoral de guérison dans les Églises – et depuis 1987 aussi en Allemagne, où un comité national a été créé.

Aux Pays-Bas, le Comité pour la Pastorale de Prière organise des conférences et des formations pour ceux qui s’activent sur le terrain. Les membres du comité sont disponibles pour accompagner des personnes qui ne trouvent pas d’aide pastorale appropriée près de chez elles.
Le Comité est étroitement lié au renouveau charismatique, mais pas exclusivement. Des formations sont organisées au sein de plusieurs dénominations protestantes, baptistes et autres.

Cela m’amène à une deuxième source d’inspiration de cet accompagnement pastoral. Je l’ai appris et pratiqué dans le renouveau charismatique. Ce contexte est d’une grande importance car la pastorale de délivrance est basée sur l’attente et l’expérience que Dieu agit par son Esprit en donnant du discernement, en activant des souvenirs et en produisant un rétablissement et une délivrance.
Il est important pour les accompagnateurs et les personnes accompagnées de… s’ouvrir ensemble à la présence et l’action du Saint-Esprit. Toujours est-il que l’Esprit se sert d’hommes et de femmes imparfaits. C’est pourquoi nous demandons toujours avec insistance à la personne pour laquelle nous prions, d’examiner elle-même si ce que nous lui proposons est approprié ou non. Il faut que notre aide corresponde à son cheminement avec Dieu. Nous ne voulons pas que les gens se soumettent aux opinions des autres.

On peut avoir les meilleures intentions possibles lorsqu’on écoute l’histoire de l’autre, que l’on parle avec lui et que l’on prie pour lui ; il n’empêche que l’on peut toujours se tromper quant à l’interprétation de ce qu’on entend, ou dans la formulation d’un chemin à poursuivre.

Et ce n’est pas tout. Il serait trop simple de laisser la personne pour laquelle nous prions toute seule dans ce discernement. En tant qu’équipe pastorale, nous devons, nous aussi, examiner toutes choses et n’en retenir que ce qui est bon. Cela veut dire que nous devons sans cesse nous poser la question si nos interprétations et nos critères tiennent vraiment la route.

Quelques traits de caractère

Au lieu de décrire notre approche en détail, il suffit pour l’instant d’en présenter les principaux traits caractéristiques :

  • accompagnement pastoral
  • travail en équipe (les uns et les autres se complètent)
  • cadre discret et privé (à la maison, dans un lieu éloigné des regards)
  • suivi de la personne dans la durée (il faut prendre le temps)
  • écoute et prière
  • ouverture à l’inspiration et à l’intervention de l’Esprit de Dieu
  • guérison intérieure
  • libération des influences des ténèbres
  • confession des péchés
  • discernement des facteurs psychologiques
  • renforcement de la personne dans sa marche avec le Seigneur.

Comment situer la pastorale de délivrance ?

La spécificité de la pastorale de prière telle que je la connais et y participe, c’est la cohérence de quatre domaines d’attention. Nous distinguons parmi eux les blessures qui doivent être reconnues en vue d’une guérison, les péchés qui doivent être confessés et pardonnés, les liens qui doivent être tirés au clair et brisés, et les contre-puissances qui doivent être liées et renvoyées.

Une autre manière de décrire la relation entre ces quatre aspects est de les mettre en rapport avec le concept de l’amour. Une blessure est la conséquence d’une carence en amour, un péché est le refus de montrer de l’amour, un lien est un remplaçant de l’amour et une contre-puissance est le déni de l’amour.

Le concept des liens nécessite un peu plus d’explications puisque qu’il est utilisé en psychologie dans un sens différent. Quand nous parlons d’un lien, nous parlons de la manière dont quelqu’un cherche à compenser ou à remplacer une carence, un manque, une douleur ou une déception.

C’est à peu près ce que l’on appelle des mécanismes malsains de survie ou des stratégies contre-productives pour gérer une situation. D’un côté nous pouvons être reconnaissants de ce que l’homme ait la possibilité de faire face à des situations difficiles, d’un autre côté cela peut produire des effets négatifs pour la personne en ce qui concerne son ouverture à elle-même, à Dieu, et à son prochain. Par exemple, quelqu’un qui éprouve un manque de reconnaissance peut s’inscrire dans un schéma d’affirmation de ses propres prétentions ? et vouloir prouver qu’il mérite d’exister devant Dieu. Autre exemple, quand les hommes m’ont profondément déçu, je peux leur fermer la porte de mon cœur, et ne permettre qu’un contact superficiel. Un tel lien a pour résultat le refus du désir d’un contact profond avec d’autres personnes.

Quant aux contre-puissances, je pourrais les décrire comme des émetteurs de brouillage nous empêchant d’apercevoir clairement la réalité de nous-mêmes, des autres, de Dieu et du monde autour de nous. Elles essaient d’influencer ou d’embrouiller notre esprit et notre...

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Les cahiers de l’École Pastorale

#14 - 4e trimestre 2012

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