SOMMAIRE
INTRODUCTION :
A. L'onction d'huile dans l'histoire de l'Église
B. Sens et objectifs
C. Principe de la liturgie
D. Commentaires sur le canevas
CANEVAS LITURGIQUE
ANNEXES
A. Textes
B. Cantiques
Ce texte est un extrait extensif de l'article de Stuart Ludbrook paru en 2011 dans le numéro 82 des Cahiers de l'École Pastorale. L’original contient, outre des développements théologiques plus substantiels, une riche bibliographie ainsi qu’une documentation très complète sur les sources. La version papier du numéro peut être commandée sur le site, sous réserve de disponibilité. L’article complet peut également y être consulté.
INTRODUCTION
L’onction d’huile devrait s’intégrer dans l’ensemble du ministère auprès des personnes malades : visite, dialogue pastoral, imposition des mains, Cène, bénédiction. On ne cesse d’insister sur l’importance du rite pour établir et maintenir le lien social, et de lier geste et signe dans un langage symbolique ou, selon la jolie formule du réformateur Jean Calvin « une parole visible ».
L’onction a une longue histoire dans l’Ancien Testament comme geste d’accueil ou de consécration. L’onction des prêtres et des rois préfigure celle du Messie (l’Oint de Dieu) sur qui reposera l’Esprit du Seigneur. Le judaïsme, à l’époque de Jésus, la connaît et l’enracine dans la conviction d’Exode 15.26 :
« Si vraiment tu écoutes le Seigneur, ton Dieu, si tu fais ce qui lui convient, si tu prêtes l’oreille à ses commandements et si tu observes toutes ses prescriptions, je ne t’infligerai aucune des maladies que j’ai infligées à l’Égypte : c’est moi, le Seigneur (YHWH), qui te guéris. »
Faut-il souligner le caractère conditionnel de ces promesses ? Car elles s’inscrivent dans le cadre des bénédictions de l’alliance avec Israël. Le texte affirme que l’auteur ultime de toute guérison, c’est le Seigneur lui-même, agissant selon ses plans, en fonction de l’obéissance de son peuple à son alliance. Plus tard, le Judaïsme connaît les associations de visiteurs des malades et le passage du Rabbin.
Jacques 5 est le seul passage qui s’étend sur cette pratique en associant pardon spirituel et rétablissement de la santé. Néanmoins, selon Marc 6.13, les disciples de Jésus pratiquaient l’onction des malades. L’imposition des mains en vue de la guérison des malades est davantage attestée. La sobriété biblique frappe par rapport aux multiples rites ultérieurs.
A. L’ONCTION DANS L’HISTOIRE DE L’ÉGLISE
La première mention de l’onction des malades remonte au IIIe siècle : La Tradition Apostolique, ch. V, dite d’Hippolyte de Rome, relate la bénédiction de l’huile, prise en boisson ou appliquée sur le corps. L’Eucologe de Sérapion en explicite le sens : que toute fièvre et tout esprit mauvais ainsi que toute maladie puissent s’en aller par le fait de boire l’huile ou de recevoir l’onction.
Dans l’Église latine se multiplient les rituels pour l’onction des malades, qui emploient souvent les sept Psaumes de pénitence. On arrive à appliquer l’huile sur la partie malade du corps ou sur les cinq sens, voire sur les endroits capables de fauter : yeux, narines, oreilles, mains, bouche, cuisses et pieds. L’onction vient à servir d’exorcisme. Malgré les injonctions de Pierre Lombard pour que l’onction soit renouvelée au cours d’une même maladie, vers la fin du XIIe siècle, l’onction des malades est destinée essentiellement aux mourants, d’où son nouveau titre d’« extrême onction ».
Au XVIe siècle, la Réforme protestante s’érige contre ce qui semble être des moyens de racheter son salut en observant un rite. Ceci motive l’opposition de Luther aux indulgences. Cependant, le prédicateur de Wittenberg, dans un écrit tardif, donne des instructions pour l’onction. Il s’agit plus d’un canevas liturgique que d’un commentaire théologique.
Par contre, Calvin refuse d’ériger l’onction en sacrement et écarte tout ce qui ressemble à la superstition ou à l’idolâtrie, la pratique courante à cette époque ne recevant aucunement ses faveurs. Il insiste sur les multiples moyens employés par le Christ et ses apôtres lors des guérisons miraculeuses et estime cette époque révolue. Pour Calvin : « Parce que le don de guérison avait encore alors sa vertu. Il (Jacques) commande que les malades recourent à ce remède ». L’onction devait se limiter à l’âge apostolique et les abus de son temps ne faisaient que renforcer sa conviction. Par conséquent, l’onction des malades n’apparaît pas dans le protestantisme réformé.
En Angleterre, Thomas Cranmer, dans son ordre pour la Visitation des malades (1549) laisse la possibilité au patient de demander l’onction : « Sur le front ou la poitrine seulement, en faisant le signe de la croix ». Toutefois, Bucer, dans ses critiques du recueil anglican, refuse de faire dépendre la rémission des péchés à l’application de l’huile. Ainsi, l’onction des malades disparaît du Prayer-Book anglican de 1552.
Au XVIIIe siècle, l’Église des Frères moraves en Amérique (d’origine piétiste allemande) réintroduit cette pratique et sa liturgie actuelle stipule une triple onction sur la tête : « pour la rémission de vos péchés ; pour l’affermissement de votre foi et pour la guérison de toute la personne selon la grâce et la sagesse de Dieu ».
Vatican II a réhabilité « le sacrement des malades », même si persiste la demande pour l’extrême-onction, comme un geste à vivre au sein d’une communauté tout au long de la maladie. L’Église romaine l’utilise dans les hôpitaux et, en particulier, le 11 février lors de la Journée mondiale des malades (ND de Lourdes). Là il est question d’un usage collectif, voire massif.
Depuis le XXe siècle, l’onction des malades se rencontre chez les anglicans et dans diverses autres Églises protestantes. Toutes ces Églises produisent des liturgies en vue de sa pratique actuelle. Le Renouveau charismatique s’est approprié ce signe extérieur dans sa quête pour une guérison miraculeuse essentiellement d’ordre physique. Bien des Églises évangéliques, par souci de fidélité aux Écritures, répondent favorablement aujourd’hui à une demande d’onction d’huile. Certaines l’assimilent à un rite qui vise à rétablir le croyant en proie à une faiblesse dans sa vie spirituelle, d’autres, comme moi, préfèrent y voir un signe que Dieu désire restaurer et relever le malade dans tout son être.
Elle peut être pratiquée suite à l’annonce d’un diagnostic sévère ou avant une intervention ou dans l’attente d’une greffe. Elle pourrait être faite avant une cure de sevrage ou de désintoxication. Elle pourrait accompagner...