Jésus, la Parole de Dieu
À MON AMI MUSULMAN(2)
Cher Mohand Azouaou,
J’aimerais attirer aujourd’hui votre attention sur un fait très important à mes yeux : savez-vous que le Coran fait des déclarations très fortes au sujet de Jésus qui peuvent laisser entendre qu’il est plus qu’un simple prophète ?
À trois reprises en effet, le Coran qualifie Jésus de « Parole » (Verbe) de Dieu. La première fois, c’est lorsque les anges annoncent à Zacharie la naissance de son fils Jean (Yahya) qui sera confirmateur de « la Parole » de Dieu : Q 3.38-39. Un peu plus loin, (verset 45), les anges précisent l’identité de ce Verbe de Dieu lorsqu’ils révèlent à Marie qu’elle allait avoir un enfant par l’intervention de Dieu, sans l’intermédiaire d’un homme. Et la troisième fois, le titre « Parole de Dieu » est attribué à Jésus dans un texte qui dénonce justement le fait que les chrétiens appellent « Jésus, fils d’Allah » (Q 4.171).
Ce titre de « Parole de Dieu » dans le Coran est utilisé exclusivement pour Jésus. Aucun prophète dans le Coran n’a bénéficié de ce privilège.
Plusieurs explications sont avancées par les exégètes musulmans pour rendre compte de cette spécificité((Voir K. Arezki, Jésus dans le Coran et la Bible, Quelle différence ? Question Suivante, Farel, Lognes, 2016, p.22-27.)) mais aucune, à mon humble avis, n’est concluante.
L’explication la plus rationnelle de ce titre se trouve sous la plume de l’apôtre Jean. Dès le premier verset de son évangile, Jean écrit : « Au commencement était la Parole ; la Parole était auprès de Dieu ; la Parole était Dieu. » Et au verset 14, il poursuit : « La Parole est devenue chair ; elle a fait sa demeure parmi nous, et nous avons vu sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père ; et elle était pleine de grâce et de vérité. » Pour Jean, Jésus est la Parole de Dieu descendue du ciel, le Verbe (logos) incarné de Dieu.
Ce texte de Jean devrait trouver un écho particulièrement chez vous, Mohand Azouaou, puisque dans la conceptionmusulmane, la Parole de Dieu a toujours existé auprès de Dieu sur une tablette céleste (lawah al-mahfuz : Q 85.22), appelée « la Mère du Livre » (Q 3.7 ; 13.39 ; 43.4). Cette manière de concevoir la Parole de Dieu rejoint fortement celle que Jean a exposée dans le premier chapitre de son évangile.
Ce titre, donné uniquement à Jésus dans le Coran, invite à une vraie interrogation sur la personne de Jésus : est-il seulement un homme ?
À cette question, cher Mohand Azouaou, l’Évangile répond sans ambiguïté : Jésus est aussi Dieu !
Il est vrai que cela est difficile à comprendre. Ce fut le cas des Juifs au temps de Jésus. Et c’est aussi le cas pour les musulmans plus tard.
Mais savez-vous qu’initialement la doctrine de Tawhid (l’unicité unitaire divine) de la sourate 112 n’est pas utilisée contre les chrétiens mais contre les idolâtres mecquois qui adoraient, entre autres, trois déesses (al- Lat, al-Uzza et al-Manat), considérées comme « filles d’Allah » (Q 53.19-20) ? Muhammad s’érige contre cette mentalité polythéiste, prêchant l’unicité divine : Dieu est Un.
Chaque verset dans la sourate 112 évoque, positivement ou négativement, l’unicité de Dieu. Les termes a ad du verset 1 et amad du verset 2 renvoient à la nature divine, ce qui rejoint la confession de foi israélite que l’on trouve dans la Bible (Deutéronome 6.4) : « … le Seigneur est UN (’è ad) » – une parole que Jésus citera avant de donner le plus grand commandement : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force » (Marc 12.28-31). Ainsi, l’enseignement de Muhammad dans la sourate 112 sur l’unicité divine s’inscrit dans la continuité de celui de Moïse et de Jésus.
Initialement, Muhammad utilisait la sourate 112 contre le polythéisme pratiqué par les arabes préislamiques. C’est uniquement à la fin de son ministère que les chrétiens et les Juifs sont accusés d’associationnisme((L’associationnisme est, en Islam, le péché qui consiste à associer d’autres dieux ou d’autres êtres ou divinités à Allah en leur accordant l’adoration qui ne devrait être due qu’à Allah seul.)) (al-Ichrak) dans la sourate 9, at-Tawba (sourate du Repentir), verset 30.
Soyons clairs : les chrétiens n’adorent pas trois divinités, mais un seul Dieu, comme le souligne Jésus dans sa déclaration : « le Seigneur est UN ». La spécificité du christianisme par rapport à l’islam et au judaïsme c’est le fait que ce Dieu UN est aussi trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit. Le UN et le Trois ne sont pas sur le même plan : le UN concerne la nature, l’essence et le Trois concerne les personnes (Père, Fils et Saint- Esprit). Ainsi, le fait d’adorer un Dieu trinitaire ne remet aucunement en cause le fait que Dieu soit UN.
Le concept du Dieu trinitaire est révélé uniquement par la venue et l’enseignement de Jésus-Christ. Il y a là, certes, une différence fondamentale avec les autres religions dites monothéistes et c’est ce qu’il faut essayer de comprendre, autant que possible. Car la pensée humaine fait face ici à ses limites de créature. On peut aller loin dans l’explication de ce qui est créé, mais il serait illusoire de penser que la créature, aussi intelligente soit-elle, peut « expliquer » l’être de son Créateur !
On raconte qu’un jour saint Augustin, Évêque d’Hippone (aujourd’hui Annaba, Algérie) se promenait au bord de la mer alors qu’il était en train de réfléchir sur le mystère de la Trinité. Il voit un petit enfant en train de vider la mer dans un trou de sable à l’aide d’un seau d’eau. Augustin s’étonne de la démarche de l’enfant avant d’avoir en lui une pensée très forte : il saisit alors que l’entreprise de l’enfant a plus de chance d’aboutir que la sienne pour comprendre pleinement le mystère de Dieu trinitaire.
L’Évangile enseigne que Jésus est pleinement Homme pour représenter l’être humain face à la justice de Dieu et pleinement Dieu pour satisfaire sa justice. C’est pourquoi il est le seul intermédiaire entre Dieu et les hommes (1 Timothée 2.5) et le seul chemin qui mène au Père céleste (Jean 14.6).
Jésus se tient à la porte de votre cœur, Mohand Azouaou, comme à celle de chaque être humain, et il frappe. Si vous la lui ouvrez, il entrera et vous donnera de le connaître, lui le Seigneur et Sauveur.