Azadeh, la liberté enfin trouvée


Azadeh, vous portez un très beau prénom. Que veut-il dire ?

En langue perse, le mot Azad veut dire liberté. Azadah c’est la personne qui cherche la liberté sur tous les plans. Ce prénom est assez répandu en Iran.

Cela vous correspond-il ?

Je ne sais pas si je cherchais vraiment la liberté, mais je peux dire que je l’ai trouvée.

Mon enfance a été perturbée. J’étais très mal dans ma peau. Je cherchais toujours au fond de moi quelque chose qui pourrait enfin m’apporter des éléments de réponse. Et c’est vrai que je les ai eus.

Vous êtes née en Iran et vous y avez vécu vos dix premières années…

Oui, jusqu’à l’âge de onze ans exactement. Après quoi, je suis venue en France avec ma mère, mon frère et ma sœur. Chaque été, je retournais en Iran pour voir le reste de ma famille.

La perturbation dont vous parlez est-elle liée à un déracinement ? Arrivée en France, l’Iran vous a-t-il manqué ?

J’avais un mal-être depuis l’enfance parce que mes parents étaient en conflit. Je l’ai cultivé en grandissant. J’avais beaucoup de rancune vis-à-vis de mon père. Mes parents ont été longtemps absents. C’est en partie ma grand-mère qui nous a élevés mon frère, ma sœur et moi. Nous avons grandi sans réelle éducation parentale. Le mal-être a continué à mon adolescence, puisque en France j’étais coupée de ma famille restée en Iran. En même temps, cela a été comme un soulagement. C’était comme si je pouvais redémarrer quelque chose à zéro. Je suis donc venue avec pas mal d’espoir dans l’Hexagone. Malheureusement, cela n’a pas suffi, car j’ai dû faire le deuil de mon père qui nous a littéralement abandonnés pour refaire sa vie avec une autre femme, laquelle avait déjà des enfants. De plus, ma mère était malade à l’époque, alors qu’elle devait subvenir à nos besoins. Ce furent des moments très difficiles pour nous tous.

Comme beaucoup d’Iraniens, votre famille était musulmane. Avez-vous trouvé du secours dans la foi musulmane ?

Il est vrai que j’aimais Dieu. En Iran, on nous enseigne le Coran à l’école, dès le CP. Je pratiquais l’islam avec une vraie crainte de Dieu. J’aimais ce Dieu, et je m’accrochais à lui dans toutes mes misères et incompréhensions. Je m’agrippais à lui, je le priais, lui demandais de l’aide. J’ai continué, même en France, à exercer ma foi. Je priais matin, midi et soir, avant d’aller au collège, puis au lycée, et en rentrant chez moi le soir. J’observais les interdits : pas de relation avec les garçons, pas d’alcool, pas de porc, etc.

Vous aviez une vraie croyance en Dieu, ce n’était pas seulement une pratique ?

Oui, c’est vrai. Je m’en remettais à Dieu dans toutes les misères que je vivais. En Iran, c’était l’époque de la guerre. Il y avait autour de nous des décès, y compris dans la famille. Les bombes éclataient partout. Dans tous ces moments difficiles, je me confiais en Dieu car je l’aimais vraiment. Je pratiquais ma religion précisément parce que je l’aimais. Quand j’y réfléchis : j’avais une religion et la crainte de Dieu mais, en réalité, je n’avais pas de relation avec Dieu.

Vous voulez dire qu’il n’y avait pas de retour de sa part ?

Tout à fait. Je me souviens encore… Je faisais mes cinq prières par jour, mais à la fin des prières, parfois, le mal-être était toujours là. J’éclatais en sanglots sans savoir pourquoi. Personne ne pouvait me consoler ou répondre à mes questionnements.

Et pourtant, des années plus tard, vous allez rencontrer ce Dieu en la personne d’une figure humaine. C’est une révélation que vous avez eue ?

Oui, tout à fait !

Pouvez-vous nous raconter ce qui s’est passé ?

Ce mal-être qui était en moi est sorti pendant mes années de médecine, le seul domaine où j’excellais. J’avais alors vingt ans.

J’ai fait une dépression avérée, réactionnelle, à des événements malheureux qui nous arrivaient encore.

Pendant deux semaines, j’ai tout coupé, je me suis complètement enfermée chez moi. Je ne supportais plus ni musique ni aucune sortie. Cela réveillait toujours en moi un malaise. Je me suis recroquevillée chez moi. Je ne mangeais plus. Je dormais tout le temps, je voulais juste partir, loin. Cela a alerté ma mère, mon frère et ma sœur. Un jour, ils ont débarqué dans ma chambre en m’intimant l’ordre de sortir ! Ils voyaient que j’étais en train de gâcher mes études. Ils m’ont mise dehors pour que j’aille à mon stage, à l’hôpital. Je me souviens, j’étais dans le bus en direction de mon lieu de stage. J’ai eu comme une absence. Je me suis vue dans la Seine ! C’est là que j’ai réalisé que si j’avais été piéton, je me serais jetée dans le fleuve. La réalité, c’est que je faisais une vraie dépression, et j’avais des pulsions suicidaires. J’ai compris qu’il me fallait de l’aide.

Vous ne contrôliez plus la situation…

Tout juste. J’ai eu un suivi psychothérapeutique pendant une année. Cela m’a aidée et soulagée. Je prenais aussi des antidépresseurs. Quand je suis revenue à moi-même, j’ai vécu une rébellion contre Dieu. Je lui ai dit : « Écoute, Dieu ! Ma vie va de mal en pis, j’ai beau te prier, rien ne s’arrange. Alors je vais faire une pause avec Toi. Je vais commencer à vivre ma vie, expérimenter tout ce que l’islam m’a interdit. C’est peut-être lui la source de mon malheur. » Je pensais, en effet, que mon mal-être venait de ce que j’étais trop bridée par la religion. En conséquence, j’ai décidé de changer radicalement d’orientation. J’ai multiplié les sorties, les fréquentations, l’alcool, le tabac, le haschisch… Je pratiquais même un sport à risque, le parachutisme. Il fallait que je trouve des réponses en moi, et pour ce faire, que j’expérimente tout. Malheureusement, mon mal-être a persisté. Paradoxalement, plus je me faisais des amis, plus je me sentais seule. Personne ne s’en apercevait car je cachais bien mon jeu.

Tout cela a continué jusqu’à ce que mon petit copain de l’époque – un Français sans pratique religieuse – rencontre Jésus-Christ et commence à m’en parler. Je l’ai vu changer son mode de vie, ses façons de voir. Il prenait de plus en plus d’assurance, il était de plus en plus joyeux. Et voilà qu’il me parle toujours plus de ce Jésus. Cela m’a fortement dérangée, parce qu’auparavant j’avais dit à Dieu : « Écoute, je vais faire mes expériences, et je reviendrai vers toi ; un jour on s’expliquera toi et moi. »

Lorsque mon copain a commencé à me parler de Jésus, ma foi musulmane a ressurgi. Je me suis demandé si c’était le moment d’un retour à Dieu et à l’islam. J’ai coupé toute relation avec mon ami. Il était hors de question qu’il me parle de sa foi chrétienne.

Il n’y a pas eu de curiosité de votre part ?

Non, au contraire ! C’était plutôt une espèce de rejet ou… de revendication de ma foi musulmane. Du coup, j’ai commencé à ressortir mon Coran. Et on s’est mis à se disputer à coup de versets coraniques, tandis que lui me proposait ses versets bibliques. Dans ces joutes verbales, il était à la peine, car il connaissait à peine la Bible. Je l’ai assailli de questions. J’essayais de lui démontrer qu’il avait tort, que le Coran était le dernier livre descendu de Dieu, et que la vérité était dans l’islam.

C’est assez paradoxal. Vous pensiez vous débarrasser de Dieu et de l’islam : finalement, c’est un chrétien qui vous y ramène !

Eh oui ! Il a éveillé en moi cette soif de la foi. Et puis j’espérais toujours que Dieu s’approche de moi. J’avoue aussi que ma réaction était inspirée par une espèce d’orgueil : il osait me parler de sa religion à moi qui étais musulmane !

Saviez-vous que le Coran parle de Jésus ?

Effectivement ! J’avais quelques notions sur ce Jésus, puisqu’on nous l’avait enseigné dans l’islam. Mais je n’avais pas lu exactement les passages en question. En France, à la période de Pâques, je voyais, comme tout le monde sur le petit écran, tel film sur ce Jésus qui guérit…

Comment le perceviez-vous à cette époque-là ?

Comme quelqu’un de bien. Mais il n’était pour moi qu’un prophète parmi d’autres.

Mais certainement pas plus grand que Mohammed (Mahomet) ?

Non, surtout pas ! Quand on est dans l’islam et qu’on adhère à cette foi-là, on ne se pose même pas ce genre de question.

Finalement, vous vous êtes mise à lire la Bible et les évangiles.

Oui, c’est ce qui s’est passé. Je voulais tellement confondre mon copain. Pour tout vous dire, j’avais développé une haine vis-à-vis de la gent masculine, même si j’avais un flirt.

J’ai en effet découvert sur le site « macasbah.net », où vous avez donné votre témoignage, que vous aviez « la phobie du mariage »…

Oui, à cause du traumatisme de l’abandon et du rejet de mon père. J’ai laissé grandir en moi une haine énorme.

Tous les hommes étaient comme cela pour vous ?

J’en ai vu beaucoup comme cela en Iran ! J’avais, par conséquent, une revanche à prendre à leur égard. Je suis sortie avec des garçons à partir du moment où j’ai commencé à me rebeller contre Dieu. Je cherchais, d’une certaine manière, à les détruire. Je savais pertinemment que je ne m’attacherai pas à eux, que je les laisserais tomber à un moment ou à un autre. Ce garçon-là était comme la cerise sur le gâteau. Il a payé pour tous les autres ! J’avais beaucoup de colère contre lui. Je me suis dit que, là, j’allais lui montrer qu’il avait tort. Il focalisait sur sa personne toute la haine que j’avais contre les hommes.

Conscient de ses faiblesses en matière de connaissance biblique, il m’a proposé de l’accompagner à un congrès de jeunes chrétiens. « Il y a des pasteurs. Tu pourras leur poser toutes les questions que tu veux ! » J’ai fini par accepter face à son insistance. J’y suis allée avec mon Coran et la Bible qu’il m’avait offerte. J’ai fréquenté toutes les réunions. J’ai appris ce que la Bible disait de ce Jésus que je ne connaissais pas. J’ai eu des tas d’entretiens avec plusieurs pasteurs. J’ai même fini par les fatiguer ! Finalement, ils m’ont dit : « Écoute Azadeh, maintenant tu connais intellectuellement Jésus. Tu en as entendu parler. Tu n’as plus qu’à lui demander qu’Il se révèle à toi. » Je les ai pris pour des fous : comment Dieu se révèlerait-il personnellement à moi ? Il ne va tout de même pas m’envoyer un ange, ni descendre du ciel pour venir me parler ! Qu’entendaient-ils par là ?

J’avais entendu parler d’un Jésus que je ne connaissais absolument pas et qui n’est pas exposé de cette manière-là dans le Coran et dans l’islam.

Une porte s’est-elle entrouverte en vous à ce moment-là ?

Tout bien considéré, la seule chose qui m’a fait réfléchir, c’est ce verset de Jésus qui dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. »

C’est assez radical, n’est-ce pas ?

C’est clair. C’était lui ou rien du tout.

Et quand les pasteurs m’ont placée devant un choix, j’ai réfléchi au-dedans de moi. J’ai beaucoup pensé à cette parole de Jésus. Cela m’a inspiré une espèce de crainte. J’ai alors raisonné ainsi en moi-même : « Tu en sais trop maintenant pour ne rien faire de cela. Et si jamais tu meurs et que, devant Dieu, tu vois Jésus qui se tient à sa droite, tu ne pourras pas lui dire que tu ne savais pas ou que tu n’avais pas entendu parler de lui ». Ces pensées m’ont inspiré suffisamment de crainte pour que je mette toute ma fierté de musulmane de côté. Cela m’a vraiment coûté de me décider. J’ai fixé un ultimatum : je donnais une semaine à Dieu, une semaine pendant laquelle je l’interrogerai. Il fallait, une bonne fois pour toutes, que je sache ce qu’il en était de Jésus.  

Vous vouliez garder la maîtrise des choses ?

Ah oui, c’était très scientifique comme démarche. D’ailleurs, quand je voyais tous ces jeunes, les mains levées priant Dieu, je me disais qu’ils étaient embarqués dans une hystérie collective. J’avais des explications pour tout.

Et alors, suspense !, que va-t-il se passer ?

J’ai donc dit à Dieu : « Bon, je te donne une semaine. Je vais me retirer, lire la Bible. Et là je te demande une chose : si tu existes et que tu m’entends, eh bien, tu as la capacité donc de parler, de répondre. Moi, je veux connaître la vérité. » Puis j’ai dit : « Bon, Mahomet, si c’est toi la vérité, viens me le dire. Jésus, si c’est Toi la vérité, viens me le dire ». Et j’ai terminé ainsi : « Oh Dieu, si je me trompe, ce ne sera pas de ma faute parce que je ne suis qu’un être humain, je peux me tromper ! » Ainsi, je m’en lavais les mains.

Je ne pouvais pas rentrer chez moi avec ma Bible, cela aurait tué ma mère ! J’ai donc demandé à un ami de me prêter son appartement.

Dieu vous a-t-il répondu ?

Pendant cette semaine-là, j’ai lu l’évangile de Matthieu, puis l’évangile de Jean. Honnêtement, cela me touchait. Je trouvais ce Jésus merveilleux. Il était beau, ce qu’il faisait était juste. Je me souviens même de ce passage quand il se met à genoux et qu’il lave les pieds de ses disciples. Cela m’a fait pleurer. Je voyais en lui des choses qu’une pensée humaine ne pouvait pas concevoir. J’étais interpellée par son humilité, et cet amour qu’Il avait ! Je réalisais que cela ne pouvait pas être seulement humain. Mon cerveau carburait et je pouvais verser des larmes, mais mon cœur n’était toujours pas touché.

Il y avait un blocage ?

Oui, mais voici ce qui s’est passé ensuite. Je me suis rendue à une réunion d’Église. Je me souviens qu’à la deuxième rencontre, un pasteur de passage a parlé. Il a évoqué un tas de choses qui rejoignaient mes propres questionnements vis-à-vis de Jésus. À la fin de son intervention, il a tout simplement invité à fermer les yeux et à baisser la tête. « S’il y a des personnes dans la salle qui veulent que ce Jésus dont je parle vienne dans leur vie, qu’ils lèvent leur main en signe d’invitation ». Je peux vous dire qu’il y avait eu des appels de ce genre pendant le camp de jeunes où j’avais rencontré des pasteurs. Jamais – ô grand jamais !   je n’aurais pensé faire une telle démarche ! C’était juste pas possible pour moi qui étais musulmane.

Et pourtant, à ce moment-là, je me suis dit : « Eh bien, Azadeh, qu’est-ce que tu risques ? Après tout, demande-lui de venir, à ce Jésus. Tu verras bien ! ». Cela m’a coûté très cher ! J’ai levé ma main, elle devait peser dix tonnes ! Je l’ai baissée vite fait, et à la fin de la réunion, je me suis enfuie, je ne voulais surtout pas qu’on me parle.

Vous aviez fait là un premier pas ?

Force est de constater, en tout cas, qu’après cette rencontre d’Église, je me sentais plus légère. Je n’avais pas d’explication à cela. À l’époque, je n’avais aucune notion sur la manière dont Dieu pouvait se révéler. Puis, j’ai eu une vision qui s’est imposée : mon cœur était une forteresse blindée dont les portes s’entrouvraient quelque peu. Et je voyais un rayon de soleil s’infiltrer. Je ne savais pas ce que ce rêve éveillé voulait dire. Toujours est-il que ce soir-là, le dernier de ma semaine de retraite, j’étais très déçue. Je n’avais pas reçu de réponse de Dieu. J’ai fait ma valise, j’ai rangé ma Bible et le Coran.

Il n’y avait pas eu de révélation ?

Non, j’étais très déçue. Donc j’ai dit : « Oh Dieu, tu vois, c’est dommage, tu n’as pas parlé. Je t’ai demandé, je voulais vraiment connaître la vérité, et je n’ai rien trouvé. Donc je retourne à ma vie d’avant. »

Le tournant

La veille du départ, je me revois, seule, assise sur le canapé… J’avais tout fermé, j’avais acheté des magazines pour me changer les idées, j’étais prête à partir…

Je commence alors à avoir une étrange sensation physique. Mon cœur s’emballe. Est-ce une tachycardie ? Comme tout bon médecin, je me suis dit : « Tu es en train de faire un malaise vagal, tu as trop réfléchi à tout cela. » Je m’allonge. Je prends mon pouls, je respire un bon coup et j’essaie de me détendre. « Cela va passer, ce n’est rien… » Mais, plus je me raisonne, plus je ressens une sensation étrange qui ne vient pas de moi. Il y a comme une « puissance » qui vient de l’extérieur et qui me met dans cet état ; un état que j’ai du mal sur le coup à analyser.

Étiez-vous consciente ?

Oui. Je n’étais pas du tout en train de faire un malaise. Je m’en rappelle encore comme si c’était hier : j’ai tellement peur, car je suis consciente que quelque chose se passe dans la pièce. Et, tout à coup, je me dis : « Mais c’est Dieu ! Il est là. Il est dans la pièce ! » Une crainte s’abat sur moi. Je cache mon visage dans mes mains. Et voilà que cette « puissance » prend de l’ampleur dans la pièce. Elle m’envahit, se transforme en un amour immense, un amour qui n’a pas d’équivalent humain. Un amour de sacrifice, qui se donne. C’est Jésus qui se donne. C’est ce que je réalise à ce moment-là. Un sentiment de paix immense me vient, quelque chose de tellement solide, de tellement saint… C’est ce sentiment de sainteté qui avait suscité sur le moment cette crainte de ma part. Et voici que je sens un homme qui m’enveloppe de toutes parts. Il me tient dans ses bras et il me parle. J’entends littéralement une voix qui me dit : « Tout ce que tu as entendu sur moi est la vérité. Je suis là maintenant avec toi. J’ai toujours été là avec toi et je serai toujours là avec toi ». Cette personne était Jésus-Christ.

Cela a duré combien de temps ?

Je ne sais pas. Je suis alors tombée à genoux. J’ai commencé à pleurer, pleurer, pleurer. À lui demander pardon pour tout ce que j’avais pu penser de lui ou dire sur lui. « Mais comment as-tu pu me connaître ? Je ne te connaissais pas… Tu veux dire que tous les moments où je priais, même n’importe quel Dieu, tu étais là ? C’était toi qui m’entendais, qui m’écoutais ? » Je pleurais de repentance vis-à-vis de cet homme qui était juste merveilleux. Un sentiment de joie extraordinaire, dans sa présence, m’envahissait. Je me suis mise ensuite à rire aux éclats. Je ne sais pas combien de temps tout cela a duré, mais je peux affirmer que s’il y avait eu quelqu’un d’autre dans la pièce, on m’aurait hospitalisée en psychiatrie. Je ne devais vraiment pas avoir l’air normal !

Étiez-vous sûre que c’était Jésus ?

Oui, car Il répondait exactement à la question que je lui avais posée : « Dis-moi si tout ce que j’ai entendu sur toi est la vérité ? ». De plus, dans sa présence à cet instant avec moi, c’est comme s’il communiquait à mon être entier son identité : « Je suis Jésus qui te parle ! »

Pourquoi est-ce arrivé avec un temps de retard ?

Je pense que Jésus connaissait mes besoins et mes limites.

Vous voulez dire que vous n’étiez pas prête auparavant ?

Oui. Il a promis dans l’Évangile : « Cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira. » C’est ce que j’ai fait finalement pendant ces deux semaines   aussi bien lors du camp chrétien que dans la semaine qui a suivi. Je peux dire que, oui, je l’ai vraiment cherché, et je sais que lui, il m’a trouvée. Je me souviendrai toujours de cette expérience. À chaque fois que je la raconte, j’en suis vraiment émue.

Il vous aime beaucoup, Azadeh, pour venir ainsi jusqu’à vous… Parce qu’en réalité vous l’avez refusé pendant longtemps…

Oui c’est vrai. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir entendu parler de lui et de l’avoir vu… Je me souviens, j’avais à peu près onze ans. J’avais fait un rêve où Jésus était venu me visiter.

Jésus ?

Oui, Jésus. Il était venu, j’avais vu ses mains percées. Il s’était tourné vers moi et Il m’avait montré ses mains percées. C’était pour moi un prophète.

Qu’est-ce qui a fait blocage pendant tout ce temps ?

Il était inconcevable que ce Jésus soit Dieu, parce que c’eût été rejeter ma culture, mon éducation, ma famille, ma patrie, toutes les personnes aimées et totalement convaincues du contraire.

Est-ce cela que vous pressentiez : devoir sacrifier, d’une certaine manière, votre famille ?

Tout à fait. La preuve, c’est que je suis partie loin de ma famille pour lire la Bible. Je ne voulais pas offenser ma mère. Cela me coûtait aussi à cause de ma fierté de musulmane. J’aimais ma famille (et je l’aime toujours). Elle est pratiquante et elle aime vraiment Dieu.

Vous ne vouliez pas lui faire de mal ?

Tout à fait. Or, se convertir, pour moi, cela revenait à me demander si tous les musulmans étaient dans l’erreur.

Votre dépression ne s’explique-t-elle pas aussi par cette tension intérieure générée par un appel à vivre autre chose que ce que vivaient vos parents et la tradition ?

Je ne pense pas, parce que beaucoup de musulmans sont heureux et ne sont pas dépressifs. Ma sœur n’a jamais eu de dépression. Ma dépression s’explique plutôt par le contexte familial. Certes, l’islam ne m’a pas aidée non plus à m’épanouir…

En tant que femme aussi ?

En effet. Je pense, toutefois, que mon mal-être était plus lié à un vide profond, à une soif qui n’était pas comblée. La médecine constate qu’il y a des familles où la dépression sévit de génération en génération. Il y a également des réalités spirituelles qui peuvent l’expliquer.

Je traînais cette dépression par cycles et par phases, jusqu’à ce que je rencontre Jésus. Le soir où il s’est révélé, ma dépression a complètement disparu. Elle n’avait plus de raison d’être dans la mesure où j’avais réalisé que ma vie avait un sens. Même si je ne comprends pas tout ou que je n’ai pas toutes les réponses à mes questions sur les misères du monde… Si j’existe, et si ma vie a un sens, c’est parce qu’il y a un Dieu qui m’aime, qui m’a créée, et qui est là maintenant avec moi. Et le jour où je partirai, je le rejoindrai.

Suite à cette rencontre avec Jésus, j’ai constaté que moi qui n’aimais pas trop la musique, ni chanter, moi qui étais plutôt aigrie, pleine de frustrations et de blocages, je me découvrais complètement différente. Je me souviens de la toute première fois où je me suis arrêtée sur le bord de la route, parce que je m’étais surprise en train de chanter ! J’étais dans un bien-être que je n’avais jamais connu jusque-là. Ceci s’est passé un mois à peine après ma conversion. Je me suis arrêtée dans la rue et je me suis dit : « Mais c’est cela être normale. C’est cela être heureux ! ». Ma phobie du mariage et un tas de choses négatives en moi ont disparu petit à petit. J’ai pris conscience de tout ce que je n’avais pas eu jusque-là dans ma vie. Je ressentais un véritable bien-être, et c’était une première !

J’ai connu Jésus en l’an 2000. Cela fait donc aujourd’hui dix-sept ans que je vis une joie qu’il me communique. Elle n’a rien à voir avec les choses matérielles, ou avec ces joies que la vie peut nous procurer. Je peux témoigner que le mal-être, la tristesse, les idées noires… toutes ces choses-là sont tombées de mes épaules comme un immeuble de dix étages.

Le docteur Azadeh s’est rendu compte que Jésus est mieux que des médicaments, en l’occurrence des antidépresseurs ?

La médecine peut soulager, et loin de moi d’inciter à se soigner sans son aide. Elle peut soulager l’âme, mais seul Jésus la guérit vraiment. Jésus est le meilleur psychiatre que j’aie jamais rencontré. Il a fait des œuvres de guérison intérieure dans mon âme, dans mon esprit, dans mes pensées, dans mes mécanismes ou réflexes conditionnés, dans bien des domaines, et il continue à agir, car je suis loin d’être parfaite ! Dieu est mon Père, mon papa ! Il peut arriver qu’Il mette le doigt sur quelque chose qui a besoin d’être guéri ou restauré. « Là, tu vois, cela vient de telle éducation, de telle phobie que tu avais. » Et, par la prière, Il m’enlève cela.

Votre famille vous a-t-elle rejetée ?

Quand je suis rentrée chez moi avec ma Bible, cela a été très dur pour ma famille. Ma mère était persuadée que j’étais dans une secte. Elle a vu sa fille transformée et changer d’habitudes. Jusqu’alors j’étais, dans la famille, la plus fervente dans la foi et la pratique de l’islam. Mon frère et ma sœur, eux aussi, ont mal pris la chose. Ils étaient affectés.

Pourtant, ils ont vu les effets positifs de votre conversion, non ?

Il a fallu du temps pour qu’ils les reconnaissent vraiment. Notre maman l’a constaté elle-même quelques mois plus tard. À partir de là, elle a respecté la foi chrétienne. Jusqu’à ce qu’elle soit touchée par Jésus.

Au départ, ma mère avait engagé mon frère et ma sœur pour me « fliquer » à l’Église ! Il s’agissait de savoir si j’étais dans une secte ou pas. Figurez-vous qu’à la toute première réunion où mon frère et ma sœur sont venus, ils ont été tellement touchés par la présence de Dieu et par l’amour de Jésus, qu’à la sortie ils m’ont dit : « Azadeh, c’est vrai, il y a quelque chose. Et on veut en savoir plus. On reviendra. » La semaine suivante, mon frère a vécu des miracles dans sa vie. Il a entendu Jésus lui parler. Il l’a délivré instantanément de la cigarette, alors qu’il fumait depuis l’âge de onze ans plus d’un paquet par jour.

Quand ma mère a constaté ces bienfaits, elle est venue à son tour enquêter à l’Église pour voir si ce n’était pas une secte. Pareillement, elle a été touchée par le premier message, mais bien sûr elle était encore résistante. Elle disait : « Je vois que c’est bien ; d’accord, tout a l’air correct. Mais quand même, n’oublie pas qu’on est musulmans ! » C’est bien après, quand elle a vu notre transformation, qu’elle a commencé à dire à ses amis qui avaient des adolescents en difficulté : « Tout ce que je peux vous donner comme conseil… moi je sais juste que mes enfants vont à l’Église et qu’ils vont de mieux en mieux. Ils ont complètement changé de caractère et de vie. Donc envoyez vos enfants là-bas, il se passe quelque chose. » Finalement, elle aussi a vraiment reçu Jésus. Conclusion : ma mère, mon frère et ma sœur sont désormais chrétiens, délivrés et guéris de beaucoup de choses.

Et votre père ?

Oui, il faut que je vous en parle aussi. Je l’avais complètement délaissé. Je n’avais plus aucun contact avec lui, tellement je le haïssais. J’avais dit à ma mère : la seule nouvelle que tu pourras un jour me donner de lui, c’est le jour où tu m’apprendras qu’il est mort !

Je ne voulais surtout pas qu’on m’en parle. Mais quand j’ai découvert que j’avais une phobie du mariage, Jésus a mis son doigt sur cette réalité en me disant : « Pardonne à ton père ! » J’avais beau lui dire « Pardonner à mon père ? Mais je l’ai oublié, mon père ! Je n’ai pas besoin de lui pardonner ! Il est derrière moi, il est loin… » Et Jésus a répété : « Pardonne à ton père ! » J’ai donc fait cette démarche, comme la Bible l’enseigne. Et, le lendemain, il s’est passé quelque chose d’extraordinaire…

Vous aviez préalablement pardonné à votre père dans votre cœur ?

D’abord, je l’ai fait dans ma chambre. J’ai dit : « Donne-moi le pardon. Seigneur, donne-moi le pardon, je n’y arrive pas par moi-même. Aide-moi à lui pardonner pour tout le mal qu’il m’a fait. J’accepte de lui pardonner parce que tu me le demandes et que tu m’as pardonné comme tu l’as dit ». Et j’ai constaté un changement dans mon cœur.

La chose extraordinaire ? À l’époque, je demandais à Dieu de m’éclairer sur un garçon de mon entourage : « Est-ce que c’est lui ou pas, ce garçon que je veux épouser ? Est-il l’homme de ma vie ? » Après avoir pardonné à mon père, mes yeux se sont ouverts comme une guérison inattendue ! Enfin, Dieu arrivait à me parler sur ce sujet. Et cet homme est aujourd’hui mon mari.

Au même moment, et d’un seul coup, mon père a commencé à me manquer. Je le voyais différemment. Avec le regard de Dieu. Comme un homme perdu, qui n’avait pas su donner parce qu’il n’avait pas reçu. Je l’ai donc appelé…

Pour lui annoncer que vous étiez chrétienne ?

Non, parce que je ne voulais pas le choquer. Je l’ai appelé pour lui dire : « Papa, je t’aime. Et papa, je veux que tu viennes en France parce que j’ai rencontré quelqu’un de bien. Je veux te le présenter, nous voulons nous fiancer. »

Réaction ?

Mon père s’est mis à pleurer au téléphone. Je ne l’entendais plus. Je disais : « Allo papa ? Papa ? » Et je l’entendais qui pleurait. Il m’a finalement dit : « Je suis là, je t’entends. » Il ne comprenait pas. Il ne pouvait pas comprendre l’amour que je lui témoignais comme cela, venu de nulle part. Et il est venu en France pour notre mariage. Il est resté un mois. Il nous a vus transformés, sachant que notre dernière séparation avait été tellement conflictuelle, douloureuse, et culpabilisante de son côté. Quand on s’est retrouvé, c’était surréaliste parce qu’on ne savait pas par quel bout prendre les choses. Moi et mon mari, on avait une joie de Dieu, un pardon, une nouvelle vie. On n’a pas rappelé le passé. On a juste accueilli mon père. On faisait comme si de rien n’était. Et lui, il ressentait un certain malaise. Il percevait bien notre amour, mais il ne savait pas quoi dire. Et parfois, à table, quand on parlait, il se mettait à pleurer, sans nous parler. On voyait qu’il se passait quelque chose au-dedans de lui. La première semaine, j’ai dit : « Papa, dimanche matin on va à l’Église parce qu’en fait, je t’explique : oui, on aime Jésus. Il a fait vraiment de grandes choses dans notre vie. On croit en lui. Il nous a guéris, il nous a aimés. Et tu peux venir si tu veux. » Il est venu. Il a compris que c’était forcément ce Jésus qui avait provoqué un changement dans nos vies. Je lui traduisais les messages pendant le culte.

Figurez-vous qu’il est tombé tout seul « amoureux » de Jésus ! Je m’en suis rendu compte parce qu’il voulait acheter une croix. Partout où il en voyait une, cela le prenait ! J’ai dit : « Papa, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu aimes Jésus ? » Il me dit : « Oui ». Je dis : « D’accord, tu veux qu’Il vienne dans ta vie ? » Il me dit : « Oui ». Et on a prié sur-le-champ. Il a demandé à ce que le Seigneur vienne dans sa vie. Et il est retourné en Iran avec Jésus-Christ dans son cœur. Aussi simple que cela !

Y a-t-il beaucoup de chrétiens en Iran ?

De plus en plus. Il y a vraiment un réveil spirituel depuis des années là-bas. J’ai pu le constater avec mon mari, puisqu’on a eu l’opportunité d’y aller une fois.

Lorsque nous sommes entrés dans l’une des églises sur place, il s’y trouvait environ quatre cents personnes. Et, à peine sommes-nous ressortis, qu’elle s’est remplie à nouveau (il y avait plusieurs services). Il y avait une telle présence de Dieu dans cette église ! À la fin, le pasteur a appelé à prier. Beaucoup de personnes se sont avancées. Il y avait notamment des femmes dont on ne voyait, à travers leur tchador, que les yeux en larmes. Elles s’avançaient pour répondre à l’appel. Oui, Dieu faisait de grandes choses dans cette église.

Par la suite, j’ai pu témoigner en Iran à plusieurs membres de ma famille en tête-à-tête. Malgré la résistance en début d’entretien, très vite on cessait de contester et on m’écoutait. Puis la personne se mettait à pleurer et à me demander que je prie pour elle. J’ai constaté à quel point le cœur des Iraniens est comme préparé à recevoir l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.

Troisième chose que j’ai constatée : systématiquement, quand je leur parlais, ils me confiaient que quelqu’un leur avait, soit donné une Bible, soit rendu témoignage de Jésus, ou encore que quelqu’un de leur entourage s’était converti.

On a commencé cet entretien autour de votre prénom, Azadeh qui signifie « liberté ». Cette liberté vous l’avez trouvée. Une libération en Jésus…

Ah oui ! Je ne pourrais pas vous raconter tous les miracles que Jésus a faits dans ma vie, même d’ordre physique. Je suis médecin, pourtant j’atteste que Jésus guérit aussi les corps. Mais la plus grande liberté que j’ai trouvée   je le dis souvent à mes patients   c’est la paix, la paix que les hommes les plus riches du monde ne pourraient se payer. Cette liberté dans la tête, dans l’âme. Une liberté pour toujours. La liberté de savoir où je vais aller plus tard. J’ai trouvé en Jésus un sens à ma vie. Cela rend libre de tout ce qui peut faire souffrir ou causer des déceptions. Cela rend libre dans les relations, pour plein de choses qu’on ne peut pas imaginer. Jésus l’a dit : « Vous connaîtrez la vérité. Et la vérité vous rendra libres ». On n’imagine pas jusqu’où peut mener cette liberté-là !

Merci Azadeh pour votre témoignage.

Merci Seigneur !

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