Le salut par l’Esprit, une aventure, une transformation
Introduction
1. Quel éventail !
J’aimerais commencer cet exposé par un constat : il existe, au sein de la mouvance évangélique, et au sein du monde baptiste également, une vraie diversité d’opinions, d’attitudes et d’expériences de l’Esprit Saint. Reconnaissons-le : l’Esprit Saint (pas lui personnellement, mais le regard que nous lui portons) peut être parfois clivant.
Oui, c’est un comble, mais le fait est que dans le monde évangélique, on oscille entre fascination excessive pour l’Esprit et méfiance à son égard. La pneumatologie est donc un terrain surinvesti par certains, mais négligé par d’autres. Pour les uns, l’Esprit est la personne la plus importante de la Trinité, et pour les autres, un distant cousin du Père et du Fils… Que de railleries, de critiques, de désunions entre croyants… Ces attitudes, bien évidemment, sont caricaturales, extrêmes, et il existe toute une gradation, tout un éventail d’autres attitudes entre ces extrêmes. Mais ce qui est certain, c’est que l’Esprit Saint doit prendre une place de choix, la place qui lui revient, dans toute théologie véritablement évangélique, toute théologie bibliquement fondée, et toute vie chrétienne saine et dynamique.
Alors, que dit la Bible de l’Esprit Saint ? Et plus spécifiquement, car c’est bien de cela dont il sera question, que disent les Écritures du lien entre salut et Saint-Esprit ? Quel est le rôle du Saint-Esprit dans notre salut ?
À la suite de l’apôtre Paul dans Romains 8.2, le symbole de Nicée déclare : « Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ». Mais qu’est-ce que cela veut dire, au juste ? En quoi l’Esprit est-il l’auteur de notre salut, de notre vie ? C’est à cette réponse que j’aimerais tenter de répondre tout au long de cet exposé.
2. Un salut sans Esprit ?
Et la question se pose effectivement parce que dans le domaine, les choses ne sont pas toujours si claires. En 2014, le département formation de notre Fédération avait envoyé un sondage théologique dans nos Églises, autour de la notion de salut. Et à la question 6, « Peut-on être sauvé sans avoir reçu le Saint-Esprit ? », les résultats de nos membres d’Églises ont été surprenants : à 50 %, les enquêtés ont répondu « non », les autres répondant « oui » à 34 % et « ne se prononce pas » à 16 %.
Pour moi, ce résultat fut une grande surprise. C’est seulement pour la moitié des quelques 500 personnes qui ont répondu au sondage, que l’on ne peut être sauvés sans avoir reçu l’Esprit Saint ! Et pour plus d’un tiers d’entre elles, le salut est donc possible sans que l’Esprit Saint ait fait sa demeure dans l’individu.
Certes, la question n’était pas forcément très bien posée. Elle était même assez binaire dans ses attentes (« oui » ou « non », sans qu’il soit possible de nuancer ou d’expliquer sa réponse). Je comprends donc que les répondants aient pu interpréter cette question de façons diverses et variées. Mais quand même, ces réponses de la part de nos membres d’Église sont pour le moins troublantes. Elles révèlent non seulement la diversité théologique présente au sein de notre Fédération, mais aussi, au minimum, une véritable interrogation, voire une certaine confusion, quant aux liens qu’il nous faut tisser entre salut d’une part, et Saint-Esprit d’autre part.
3. La métaphore du bus
Alors pour commencer notre étude sur ces questions, j’aimerais vous proposer une image, une métaphore qui nous accompagnera tout au long de mon exposé : la métaphore du bus du salut. La voici :
Le salut, c’est comme un bus dont les plans ont été réalisés par le Père, dont la construction a été accomplie par le Fils, et dont la conduite a été confiée au Saint-Esprit. C’est ce dernier qui ouvre la porte du bus pour que nous puissions y monter, et c’est lui qui met le bus en marche, qui le conduit et le fait parvenir à sa destination finale.
Tout au long de mon exposé, je vais donc rebondir sur cette métaphore, à travers trois étapes : (1) « La monté dans le bus », (2) « Le parcours du bus », et (3) « L’arrivée du bus ». Alors, en route !
Étape 1 : monter dans le bus
1. La conviction de l’Esprit
Le bus est là, il est devant l’arrêt, et il ne demande qu’à nous accueillir. Eh bien la foi, le début de la vie chrétienne, n’est ni plus ni moins que l’acceptation de monter dans ce bus aux portes grandes ouvertes. Oui, c’est par la foi que nous accueillons le salut qui nous est offert. Comme la Réforme l’a rappelé : « C’est par le moyen de la foi que nous sommes sauvés ». Cette réalité, bien sûr, est massivement attestée par la Bible elle-même, comme dans Éphésiens 2.8, par exemple : « C’est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés, au moyen de la foi ».
C’est donc par une démarche humaine, un acte humain, l’acte de croire, que les humains accueillent le salut de Dieu, le salut accompli par Christ sur la croix. Mais ce que la Bible nous enseigne également, c’est que la foi elle-même naît sous l’action de l’Esprit. Ce n’est pas, bien évidemment, comme si nous étions des pantins que l’Esprit dirigerait à sa guise. Non, comme le dit Henri Blocher :
« … dans l’Écriture, l’action de l’Esprit reste personnelle et personnalisante. Elle ne court-circuite pas la responsabilité de l’individu, mais elle l’aiguise plutôt. Elle le traite en partenaire d’alliance qui doit adhérer par choix délibéré à la vérité de son salut((Henri Blocher, La doctrine du péché et de la rédemption II, Vaux-sur-Seine, Édifac, 1997, p. 196.)) ».
Je pense en effet que la formule est bonne. Paul, dans 1 Corinthiens 12.3, va bien dans ce sens quand il dit que « Personne ne peut dire : ‘Jésus est le Seigneur !’, sinon par l’Esprit saint ». Si nous confessons notre foi en Jésus-Christ, si nous acceptons son salut, c’est parce que l’Esprit lui-même, au préalable, a agi en nous, nous a aiguillé, orienté vers ce salut, sans pour autant que notre volonté, notre affirmation volontaire, notre acte de foi, soient dévalués.
En tout cas, si nous sommes invités à monter dans le bus par l’Esprit, et si nous pouvons même monter dans ce bus du salut, c’est bel et bien parce que l’Esprit, le conducteur du bus, s’est arrêté devant nous, qu’il nous a invités et convaincus de monter. Dans Jean 16.8, Jésus présente lui aussi l’œuvre de l’Esprit en ces termes : « Quand il sera venu, lui, il confondra le monde en matière de péché, de justice et de jugement ». Jésus propose donc ici que le Saint-Esprit sera envoyé pour confondre, c’est-à-dire pour convaincre, pour établir la culpabilité du monde incrédule et fermé à la révélation de Dieu en Jésus-Christ.
Alors, je sais, tout cela est mystérieux… L’Esprit agit en nous pour nous convaincre avant même notre conversion, avant même notre premier acte de foi. C’est peut-être un affront pour les esprits les plus indépendants et les plus fiers d’entre nous, mais le fait est que la Bible présente bien son action en ces termes. Alors que nous étions à attendre sous un abri bus, alors même que nous ne demandions rien, le bus du salut s’est arrêté et son conducteur nous a convaincus de monter à bord. La foi, ce fut donc pour nous d’accepter de monter dans le bus. Accepter d’être convaincus et conduits vers une destination lointaine mais que nous savons belle et bonne : le salut.
C’est une grâce merveilleuse qui nous a été faite à nous qui sommes sauvés. C’est une main tendue, une main convaincante et accueillante, la main de l’Esprit Saint, qui nous a fait monter à bord du bus. Et pour son action, nous ne pouvons qu’être reconnaissants. Je ne connais d’ailleurs pas un seul chrétien qui serait prêt à dire que c’est uniquement par son bon vouloir, ou par la sueur de son front, qu’il est devenu chrétien. Non, toujours, nous remercions Dieu d’avoir agi dans nos cœurs, d’avoir préparé, labouré le terrain, et d’avoir envoyé telle ou telle personne sur notre chemin pour nous annoncer l’Évangile. Tout cela, tout ce pour quoi nous rendons grâce à Dieu, nous pouvons d’une certaine manière l’attribuer à l’Esprit Saint. C’est lui qui nous a attirés et convaincus d’accepter le salut offert.
2. Le don de l’Esprit
Mais il nous faut aller plus loin. L’action de l’Esprit pour notre salut ne s’arrête pas là. En effet, dans le protestantisme évangélique, on fait généralement coïncider le début de la foi et du salut avec le don de l’Esprit Saint.
C’est d’ailleurs par cette affirmation que commence un texte de référence pour la Fédération Baptiste, un texte de 1988 intitulé « Notre foi commune en ce qui concerne le Saint-Esprit((Adopté au congrès de la FEEBF de Tours, les 11 et 12 mai 1988.)) » :
« Selon le Nouveau Testament, le Saint-Esprit est donné à tous ceux qui croient en Jésus-Christ, leur Sauveur et Seigneur, et se convertissent à Dieu. Dans Jean 7.37-39, Jésus parle de l’Esprit qu’« allaient recevoir ceux qui croiraient en lui » ; dans Jean 14.16, il dit à ses disciples : « Je prierai le Père et il vous donnera un autre consolateur (ou défenseur), qui sera éternellement avec vous, l’Esprit de vérité ». Le jour de la Pentecôte, Pierre déclare : « Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit » (Ac 2.38) ».
Je ne saurais être plus d’accord. Quand nous acceptons l’invitation de l’Esprit à monter à bord du bus du salut, par la foi, l’Esprit se donne à nous. Quand on croit, l’Esprit vient « habiter » en nous ou « reposer » sur nous. Les croyants vivent dès lors par l’Esprit (Ga 5.25). Ils sont nés de l’Esprit (Jn 3.5). Marqués de son sceau, ils appartiennent au Seigneur :
« En lui, vous aussi, après avoir entendu la parole de la vérité, la bonne nouvelle de votre salut, en lui, vous êtes venus à la foi et vous avez été scellés de l’Esprit Saint qui avait été promis », déclare Paul dans Éphésiens 1.13.
Tout cela, c’est ce que l’on appelle « la nouvelle naissance », ou « la régénération ». Nos cœurs sont changés par le Saint-Esprit. En montant dans le bus, une effusion de vie nouvelle nous est offerte, nos cœurs pécheurs sont transformés pour que nous puissions non seulement répondre à l’appel de Dieu pour nos vies, mais aussi le suivre et vivre en accord avec sa volonté, dans l’obéissance. « [Dieu] nous a sauvés par le bain de la nouvelle naissance et du renouvellement procédant de l’Esprit Saint », dit Paul dans Tite 3.5.
La nouvelle naissance, la régénération, le don de l’Esprit, est donc un acte purement divin, un acte inaugural, décisif et unique, en notre faveur. C’est le début de la vie chrétienne. Dès lors, la personne née de nouveau grâce à l’œuvre de l’Esprit cesse, d’une certaine manière, d’être ce qu’elle était auparavant. Sa vie ancienne est passée, elle a été crucifiée avec le Christ. Elle est morte et ensevelie à tout jamais. En montant dans le bus, elle est devenue créature nouvelle. C’est maintenant Christ qui, par son Esprit, vit en elle. Oui, c’est de la vie de Christ dont le croyant est animé.
Croire, être sauvé, c’est donc avoir reçu l’Esprit Saint, être habité par lui. Et là-dessus, il me semble qu’il doit y avoir accord entre nous tous : l’Esprit habite en nous depuis notre conversion.
Mais cela vaut la peine d’insister là-dessus parce que cet accord est un préalable essentiel à la communion fraternelle. Dans nos Églises locales bien sûr, mais aujourd’hui même lors de notre Congrès, et plus globalement encore dans nos relations avec les autres Églises chrétiennes : nous reconnaissons en chacun de nos frères et sœurs, convertis, un homme ou une femme animé(e) de l’Esprit Saint. Quelles que soient nos différences de pensée dans tel ou tel domaine de théologie ou d’interprétation biblique, quelles que soient nos différentes expressions de foi : nous partageons un même Esprit, l’Esprit de Christ qui repose sur chacun de nous. Alors, regardez autour de vous maintenant. Regardez la sœur ou le frère assis à côté de vous. Et souvenez-vous, et reconnaissez, que l’Esprit Saint est présent, qu’il vit dans cette personne et qu’ensemble nous partageons une même appartenance.
« Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit sont fils de Dieu », dit Paul dans Romains 8.14.
3. Don de l’Esprit et baptême dans l’Esprit ?
Oui, cet accord, cette reconnaissance est vraiment fondamentale, d’autant plus que les chrétiens n’ont pas toujours été en harmonie sur ce point, et qu’aujourd’hui encore quelques différences dans nos interprétations des textes bibliques, dans nos vécus et nos expériences de foi, pourraient venir abîmer notre communion fraternelle.
Je fais référence, bien sûr, aux différentes conceptions qui existent dans nos milieux quant au « baptême dans l’Esprit Saint ». Certains, en effet, se basant sur Actes 1.8, considèrent ce baptême dans l’Esprit comme un complément de réception, au-delà du don de l’Esprit lors de la conversion. Ce serait un « revêtement de puissance » supplémentaire donc, en vue de la mission et du témoignage. Une effusion qui, de plus, est souvent accompagnée du parler en langues.
Alors, sur ce point, exégétiquement, les choses ne sont pas simples – elles sont même assez complexes. Certains textes vont effectivement dans le sens d’un tel revêtement de puissance supplémentaire et normatif pour les chrétiens. Mais il est possible de les interpréter de différentes manières. Par exemple, dans Actes 2.38, lors de la Pentecôte, une déclaration de Pierre semble présenter un intervalle de temps entre la conversion, le baptême d’eau et le baptême de l’Esprit :
« Pierre leur dit : Changez radicalement ; que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez le don de l’Esprit saint ».
Mais, Pierre tente-t-il ici d’expliquer les choses séquentiellement et chronologiquement ? Si c’est le cas, on peut effectivement interpréter cette séquence comme parlant d’une première démarche de foi et de conversion, puis du baptême d’eau, avant un nouveau revêtement de puissance, le baptême dans l’Esprit. Mais, la question se pose néanmoins : Pierre voulait-il vraiment présenter une séquence chronologique stricte, ou simplement un « tout », un ensemble d’expériences que l’on pourrait appeler « les débuts du salut » ? En somme, si Pierre distingue effectivement chacune de ces expériences, la question est de savoir s’il désirait vraiment les séparer dans le temps.
Pareillement, Actes 19 1-7 est souvent avancé comme évidence de cet intervalle entre la conversion/don de l’Esprit d’une part, et le baptême dans l’Esprit, d’autre part. Dans ce texte, il est question de douze « disciples » d’Éphèse qui n’avaient pas encore reçu, ni même entendu parler, de l’Esprit Saint. On fait donc remarquer que nous avons bien affaire à des disciples, mais qui n’avaient pas encore reçu le baptême dans l’Esprit Saint. Or, là encore, les choses sont plus complexes qu’elles n’y paraissent, puisque le contexte montre que nous n’avons probablement pas affaire à des disciples chrétiens, mais à des disciples de Jean-Baptiste. Des disciples qui n’avaient reçu que le baptême de Jean-Baptiste. Ils avaient donc clairement été préparés à venir à la foi chrétienne, mais ils n’y étaient pas encore parvenus. Ils n’étaient pas loin du Royaume de Dieu, pas loin du bus du salut, mais ils n’y étaient pas encore entrés. Et du coup, ils n’avaient pas encore reçu l’Esprit Saint.
Alors, je voudrais quand même mentionner que, s’il existe diverses interprétations possibles de ces textes des Actes des Apôtres, Paul est lui plus catégorique dans 1 Corinthiens 12.13. Il déclare :
« Tous, Juifs et non-Juifs, esclaves et personnes libres, nous avons reçu le baptême dans un seul Esprit Saint, pour former un seul corps. Nous avons tous bu à la source de cet unique Esprit ».
Pour Paul, le baptême dans l’Esprit est donc cette réception de l’Esprit, commune et inaugurale, expérimentée par tous les convertis((Cf. Gordon D. Fee, God’s Empowering Presence: The Holy Spirit in the Letters of Paul, Grand Rapids, MI, Baker Academic, 1994, p. 185.)).
Étape 2 : le parcours du bus
Quoi qu’il en soit, et ce sur quoi nous sommes tous d’accord, c’est que tous les convertis montent dans notre bus du salut, et le bus se met en marche. Aiguisés par le Saint-Esprit, nous avons placé notre foi en Christ, et nous avons reçu le don de l’Esprit Saint, qui est venu faire sa demeure en nous. Nous avons été sauvés.
1. Le déjà et le pas encore du salut
Généralement, quand les évangéliques emploient l’expression « être sauvé », c’est bien à cette réalité de la rencontre avec Jésus, de la foi, de la conversion et du don de l’Esprit, à laquelle ils font référence. Dans cette perspective, le « salut », le fait d’être sauvé est un événement essentiellement passé. Certains passages des Écritures vont aussi dans ce sens, bien évidemment. Dans Éphésiens 2.8, que j’ai déjà cité, Paul dit que « c’est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés, au moyen de la foi ».
Oui, mais n’oublions surtout pas que, dans la littérature biblique, le salut est aussi un événement qui vient, un événement que nous attendons encore et vers lequel nous devons cheminer. Dans la Bible, le salut est bien plus que la conversion, bien plus qu’une expérience passée.
Cette compréhension d’un salut encore à venir est mise en avant par Paul dans Romains 13.11. Là, il écrit :
« D’autant que vous savez en quel temps nous sommes : c’est bien l’heure de vous réveiller du sommeil, car maintenant le salut est plus proche de nous que lorsque nous sommes venus à la foi ».
Pour Paul, le salut est ce qui se passe à la fin du voyage, à la fin du chemin de la vie chrétienne. Si le salut est ancré en ce que Dieu a déjà accompli en nous, c’est donc aussi un événement qui se rapproche de nous chaque jour. Non, le salut, ce n’est pas juste monter dans le bus, c’est aussi rester dans le bus jusqu’à la destination finale…
2. La nécessité de la transformation
Mais que signifie « rester dans le bus » au juste ? Est-il suffisant de s’assoir au fond et d’attendre patiemment d’être arrivés ? Non, bien sûr que non… Dieu veut que nous changions. Dieu veut que nous soyons transformés. S’il nous a sauvés, c’est pour faire de nous des créatures nouvelles, pas pour que nous continuions à être et à pratiquer ce que nous étions et pratiquions auparavant. Pas pour que nous continuions à vivre selon la « chair », selon l’homme livré à lui-même, selon l’orientation naturelle de nos cœurs, une orientation qui mène à la mort.
En effet, dit Paul dans Romains 8.13-14, en s’adressant à des chrétiens :
« Si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si par l’Esprit vous faites mourir les agissements du corps, vous vivrez. Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu ».
Selon Paul, il est donc de la plus haute importance que de laisser l’Esprit de Christ non seulement entrer dans nos vies, mais aussi devenir la force première de nos vies. Une puissance de transformation pour que nous cessions de vivre pour nous-mêmes, selon la chair, et que nous apprenions à vivre pour Dieu, dans l’obéissance et la consécration.
Il y a une parabole de Jésus qui m’a toujours impressionné et que je trouve très à propos par rapport à ce que je suis en train de dire. C’est la parabole des noces qui se trouve dans Matthieu 22.1-14. Un roi avait invité ses amis à des noces, à un banquet, mais aucun d’eux n’est venu. Furieux, le roi a alors étendu son invitation aux étrangers, aux gens dans les rues… si bien que tous ceux-là ont pu participer aux noces. Cette parabole dit donc que Dieu inclut généreusement tout un chacun dans son royaume. Elle dit que nous n’avons pas besoin d’une qualification quelconque pour participer à la fête. Pas de passeport, pas de visa. Juste de venir, d’accepter l’invitation. Oui, mais souvenez-vous de la fin de la parabole. Le roi a aperçu un homme qui n’était pas habillé correctement, un homme qui n’était pas revêtu d’habits de noces. Eh bien, cet homme, aussi surprenant et choquant que cela puisse être, a été ligoté et jeté dehors. Viré de la fête. Pourquoi ? Eh bien, tout simplement parce qu’il n’avait pas laissé l’invitation, l’acte généreux du roi à son égard, redéfinir sa vie, la changer. Il est venu au banquet mais ne s’est pas laissé transformer. Il a continué d’être comme il était auparavant, comme si rien n’avait changé. Il est venu en spectateur, mais il ne peut pas y avoir de spectateurs dans le royaume de Dieu. Il ne peut pas y avoir de passagers oisifs au fond du bus du salut.
Si c’est le cas, c’est parce que Dieu n’agit pas avec partialité (Rm 2.12) et qu’il ne le fera pas lors du jugement dernier. Puisque Dieu est intègre, pour que nous soyons sauvés, il n’est pas possible de se satisfaire d’un ticket de bus, ou d’avoir signé une carte de conversion, d’avoir dit la prière, ou encore de se croire les amis de Jésus… Non, Dieu, lors de son jugement final, ne se satisfera pas de tout cela. Il ne saurait nous acquitter sur ces simples bases. Encore une fois, s’il nous a sauvés, c’est pour que nous changions, pour que nous soyons transformés de l’intérieur, pour que nous progressions et croissions. Et c’est donc sur la base de toute notre vie chrétienne et de toutes nos œuvres pendant cette vie, que nous serons jugés.
« Car, sachez-le bien, aucun de ceux qui se livrent à l’inconduite sexuelle, à l’impureté ou à l’avidité – c’est-à-dire à l’idolâtrie – n’a d’héritage dans le royaume du Christ et de Dieu. Que personne ne vous trompe par des discours vides ; car c’est pour cela que la colère de Dieu vient sur les rebelles ».
Oui, selon Paul dans Éphésiens 5, les « discours vides » ne sont autres que des paroles qui affirment la non-nécessité de changer, d’être transformés, de réorienter complètement sa vie. Les discours vides sont des paroles qui affirment que notre attitude, que notre comportement, que l’ensemble de notre vie n’a aucune espèce d’importance en vue de notre salut.
Pour Paul, il est bien des actes qui empêchent de rentrer dans le royaume de Dieu. Il est des actes, des conduites ou des attitudes qui nous excluent du salut. Voilà pourquoi nous sommes appelés à une obéissance active dans nos vies chrétiennes. À une transformation de notre être et de notre faire. Écoutez ce que dit Paul dans Galates 5.16-25 :
« Je dis plutôt : marchez par l’Esprit, et vous n’accomplirez jamais ce que la chair désire. Car la chair a des désirs contraires à l’Esprit, et l’Esprit en a de contraires à la chair ; ils sont opposés l’un à l’autre, de sorte que vous ne faites pas ce que vous voudriez. Mais si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes pas sous la loi. Or les œuvres de la chair sont manifestes : inconduite sexuelle, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, hostilités, disputes, passions jalouses, fureurs, ambitions personnelles, divisions, dissensions, envie, beuveries, orgies et autres choses semblables. Je vous préviens, comme je l’ai déjà fait : ceux qui pratiquent de telles choses n’hériteront pas le royaume de Dieu. Quant au fruit de l’Esprit, c’est : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi ; aucune loi n’est contre de telles choses. Mais ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs. Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi par l’Esprit ».
Si l’Évangile est bel et bien une Bonne Nouvelle, c’est parce que Dieu a entrepris en nous une œuvre de transformation. Par son Esprit, il œuvre pour que nous puissions être déclarés justes lors du jugement dernier, sans que Dieu lui-même cesse d’être juste. D’où l’absolue nécessité de laisser l’Esprit de Dieu œuvrer en nous, en vue de notre salut.
Alors, attention ! Au-delà des quelques formules un peu choc que je viens d’employer, je ne voudrais pas que vous pensiez que je suis en train de promouvoir l’idée que seuls les parfaits seront sauvés, et encore moins que nous sommes sauvés par nos bonnes œuvres. Non, je dis simplement que la transformation de notre être et de notre faire est un processus essentiel en vue du salut et que cette transformation est avant tout l’œuvre de l’Esprit en nous.
Mais ceci est bien un processus. Un processus contraire au fait de vivre pour soi-même, selon la chair. Il faut donc bien distinguer les erreurs (les péchés) que nous pouvons commettre sur notre parcours de chrétiens, et le fait de ne pas se laisser transformer par l’Esprit. Dans le texte de Galates que nous venons de lire, il est clair que Paul n’est pas en train de dire que si, un jour, un chrétien commet le péché d’inconduite sexuelle, par exemple, c’en est fini pour lui en terme de salut. Non, Paul parle là de ceux qui continuent dans ces péchés, qui gardent activement une place dans leur vie pour ces pratiques, au lieu de reconnaître humblement que celles-ci vont à l’encontre de ce que Dieu désire, au lieu de demander humblement à l’Esprit de les aider et de les guider pour abandonner ces pratiques.
Nous ne sommes pas sauvés par nos œuvres, mais nous sommes sauvés par l’action de l’Esprit qui nous vivifie, qui nous fortifie et nous transforme pour que nous pratiquions la justice.
3. L’œuvre de transformation de l’Esprit
En préparant mon exposé, j’ai été frappé par la façon dont le Nouveau Testament révèle le rôle absolument essentiel et primordial de l’Esprit Saint dans cette œuvre de transformation.
Cela m’a aidé parce qu’il est vrai que j’ai parfois le sentiment d’être un peu comme cet homme, représenté sur une fameuse sculpture, celle d’un sculpteur se sculptant lui-même ! N’est-ce pas un peu comme cela que nous avons tendance à vivre notre vie chrétienne ? Nous essayons de nous changer nous-mêmes. De nous sculpter nous-mêmes. De nous transformer nous-mêmes. De nous prendre en main pour devenir aussi robustes que possible. Mais en cela, nous vivons comme si la transformation spirituelle n’était pas l’œuvre de l’Esprit en nous. Comme si la transformation était notre œuvre.
Or, c’est bien l’Esprit qui est l’auteur de notre transformation. Et, puisque nous sommes animés, habités ou revêtus de l’Esprit de Dieu, celui-ci porte en nous du fruit pour que nous devenions toujours plus semblables à l’image de Christ :
« Nous tous qui, le visage dévoilé, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, de gloire en gloire ; telle est l’œuvre du Seigneur, qui est l’Esprit », dit Paul dans 2 Corinthiens 3.18.
Oui, comme le montre bien ce texte, la nature essentielle du fruit de l’Esprit, c’est la reproduction de la vie de Christ chez le croyant, de la volonté de Christ, de la personne de Christ. C’est une œuvre qui cherche à nous conformer, à nous faire ressembler toujours davantage à notre Seigneur et Sauveur. D’ailleurs, bien des termes qui sont utilisés pour parler du fruit de l’Esprit dans Galates 5 sont également utilisés dans le Nouveau Testament pour parler de Christ.
Alors il y a un test imparable pour évaluer l’action de l’Esprit dans nos propres vies, pour évaluer la production de son fruit dans nos cœurs. C’est une idée qui m’aide beaucoup dans ma marche avec l’Esprit : je sais que l’Esprit porte son fruit en moi quand la volonté ou la loi de Christ n’est plus simplement pour moi quelque chose qu’il me faut faire, mais quelque chose que je veux faire. Pareillement, je sais que l’Esprit porte son fruit en moi quand je n’ai plus besoin de m’arrêter pour me demander ce que Christ ferait, mais quand je le fais naturellement et volontairement. Oui, il y a là des signes de la présence de l’Esprit dans ma vie, cet Esprit qui me façonne et qui, malheureusement pour lui, a quand même encore pas mal de boulot avec moi.
C’est pourquoi, arrivés où nous en sommes dans notre parcours, je me dois de mentionner le sujet de la prière. Nous pouvons et devons prier pour toutes sortes de choses, bien sûr, mais autour du sujet qui nous intéresse cet après-midi, il me semble important de redire que nous sommes appelés à sans cesse rechercher et cultiver la plénitude de l’Esprit en nous. Dans Éphésiens 5.18, Paul demande aux Éphésiens « Soyez remplis par l’Esprit ! », et le verbe est ici à l’impératif ! Au lieu d’être intoxiqués par le vin, nous sommes appelés à être « intoxiqués » de Dieu, pour que nos inhibitions, notre apathie, nos doutes et toutes les distractions que nous pouvons rencontrer sur le chemin du salut soient encore et encore vaincus par la présence active de l’Esprit Saint en nous. C’est sous l’influence de l’Esprit, de lui et de lui seul, que nous pouvons grandir, que nous pouvons être transformés dans notre route vers le salut de Dieu. Mais cette influence est à rechercher, elle est à cultiver, et ce, notamment par la prière. Si l’Esprit est à l’œuvre en nous, Dieu nous veut pleinement actifs, nous aussi, sur la route de notre salut.
Dans cette deuxième partie de mon exposé, j’ai donc voulu montrer que le rôle de l’Esprit Saint pour le salut des croyants ne se limitait pas à leur régénération et au fait de venir faire sa demeure en eux. Non, à la conversion, l’action de l’Esprit en faveur du salut ne fait que commencer. Une fois qu’il nous a invités et convaincus de monter dans le bus, c’est lui qui le conduit jusqu’à sa destination finale. La destination n’est pas l’arrêt auquel nous sommes montés dans le bus. Celui-ci n’est qu’un point de départ. Le point de départ d’une transformation en nous.
Étape 3 : l’arrivée du bus
Mais alors, quelle est notre destination finale ? Quel est le salut final que nous attendons et auquel nous aspirons ?
1. La nouvelle création comme destination finale des croyants
Le témoignage biblique est unanime à ce sujet : l’espérance chrétienne, l’aboutissement de notre salut, c’est la résurrection et la vie dans la nouvelle création. Paul déclare dans Philippiens 3.10-11 :
« Il s’agit maintenant de le connaître, lui [Christ], ainsi que la puissance de sa résurrection et la communion de ses souffrances, en étant configurés à lui dans la mort, pour parvenir, si possible, à la résurrection d’entre les morts ».
Pour Paul, l’espérance chrétienne ultime était donc bien la résurrection des morts, c’est-à-dire une nouvelle existence corporelle dans un monde renouvelé, recréé, dans cette nouvelle création qui est si magnifiquement décrite dans Apocalypse 21 et 22. Telle est la destination vers laquelle le bus du salut, conduit par l’Esprit, nous mène. Telle est la destination vers laquelle nous sommes en route.
Mais – et c’est un « mais » important qui mérite d’être relevé – une fois arrivés à bon port, l’Esprit ne cessera pas pour autant son œuvre en nous. Il ne nous abandonnera pas en nous faisant descendre à un nouvel arrêt. Non, il nous aura effectivement conduit à bon port, il aura accompli sa mission en notre faveur, mais il sera toujours présent en nous.
Ce qui me fait dire cela est ce texte magnifique, mais souvent mal compris, du chapitre 15 de la première épître de Paul aux Corinthiens. Là, Paul explicite son espérance en contrastant deux types de corps : le présent et le futur :
« Mais quelqu’un dira : comment les morts se réveillent-ils ? Avec quels corps reviennent-ils ? Homme déraisonnable ! Ce que tu sèmes toi-même n’est pas rendu vivant sans mourir. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, c’est une simple graine, un grain de blé peut-être, ou une autre semence ; puis Dieu lui donne un corps comme il le veut ; à chaque semence, il donne un corps qui lui est propre. […] Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Semé périssable, on se réveille impérissable. Semé dans le déshonneur, on se réveille dans la gloire. Semé dans la faiblesse, on se réveille dans la puissance. Semé corps naturel, on se réveille corps spirituel » (1 Co 15.35-44a).
C’est sur cette dernière phrase que je voudrais rebondir : « Semé corps naturel, on se réveille corps spirituel ». Dans cette traduction, la notion de « corps spirituel » est très ambiguë, n’est-ce pas ? On se demande si Paul n’est pas en train d’opposer le corps naturel, physique, de chair et de sang, au corps spirituel, c’est-à-dire un corps immatériel ? Eh bien non ! En fait, le contraste est ici entre deux modes de corporalité. Le mode présent, qui est corruptible, soumis à l’affaiblissement, à la vieillesse et à la mort, et le mode futur, qui est incorruptible, impérissable, éternel et glorieux. Dans ce texte, Paul exprime cela en écrivant littéralement que le corps présent est animé par l’âme humaine (psychikos), alors que le corps à venir, ressuscité, sera animé par l’Esprit de Dieu (pneumatikos). Nos corps ressuscités seront donc pneumatikos, des corps qui seront entièrement transformés et animés par l’Esprit.
Oui, dans la nouvelle création, l’œuvre de salut de l’Esprit sera terminée. Il aura pris entièrement possession de nous, il aura parfaitement formé en nous l’image de Christ. Et Dieu, Dieu seul, « sera tout en tous » (1 Co 15.28).
2. Vivre aujourd’hui à la lumière de l’espérance
Alors, ce que j’aimerais vous encourager à vivre, et ce qui m’encourage moi-même beaucoup dans ma vie chrétienne, ce n’est pas simplement de rêver de nos nouveaux corps et de la nouvelle création, ce n’est pas de l’attendre béatement, sans que notre présent en soit affecté. Bien plutôt, je pense que le Nouveau Testament nous appelle à anticiper dès à présent la nouvelle création. Il nous appelle à mettre en application cet avenir promis, attendu et glorieux dès aujourd’hui, dans notre présent. À laisser cette espérance impacter et modeler tous les aspects, personnels ou communautaires de nos vies. Il nous appelle à viser la nouvelle création et à laisser dès aujourd’hui l’Esprit nous façonner dans ce sens, nous emmener vers cette destination.
Dieu va transformer, renouveler et changer nos corps et l’ensemble de sa création. Le contraste avec le monde présent sera saisissant, oui, mais cette transformation, ce renouvellement et ce changement sont déjà en marche, par l’action du Saint-Esprit. Ainsi, en imaginant ce futur, en l’espérant, les chrétiens peuvent, dès aujourd’hui, tendre vers lui et vivre éclairés de sa lumière.
C’est véritablement un avenir glorieux qui nous est promis et vers lequel nous nous dirigeons. Alors, ne freinons rien. Ne nous décourageons pas, n’attristons pas l’Esprit. Ne le dérangeons pas dans son œuvre de transformation. Ne le distrayons pas dans sa conduite du bus. Il est à l’œuvre, et son œuvre en nous est bonne. C’est une œuvre de salut.
Conclusion
1. Et Christ dans tout ça ?
Il y a quand même une question qui m’a taraudé pendant toute ma préparation et qui vous taraude peut-être vous aussi. Mettre autant l’accent sur le rôle de l’Esprit Saint dans l’œuvre du salut, n’est-ce pas, finalement, minimiser l’œuvre de Christ ? En agissant ainsi, ne reléguons-nous pas le Christ, et son œuvre à la croix, en arrière-plan de la théologie et plus spécifiquement de la sotériologie ?
Je me suis posé la question et il me semble vraiment que non. Non, parce que l’Esprit est l’Esprit de Christ, n’est-ce pas ? Et plus encore, non, parce que c’est la grâce de Christ que l’Esprit communique et applique au croyant. L’œuvre de l’Esprit est donc de rendre Christ présent en nous pour qu’il vive en nous. Et donc en tout cela, Paul et l’ensemble du Nouveau Testament demeurent clairement christocentriques quand ils parlent du salut/transformation du croyant. Ils ne diminuent pas le rôle du Christ dans ce processus. Si l’œuvre de Christ est la condition préalable de l’application, par l’Esprit, du salut en celui qui croit, Christ est aussi pleinement partie prenante de la transformation entreprise par l’Esprit. Il est présent par l’œuvre de l’Esprit. Il est même le but de cette œuvre.
2. Nos différences : une opportunité
Ce qui est certain, c’est que le salut est vraiment un voyage magnifique, une aventure de tous les jours à laquelle Dieu lui-même nous convie. C’est une grâce et un privilège immenses. Il existe, certes, toujours des désaccords, secondaires bien sûr, mais des désaccords néanmoins, dans notre compréhension de l’action de l’Esprit Saint. Mais il ne faudrait pas que ces désaccords ou ces différences de points de vue changent nos regards sur nos frères et sœurs animés de l’Esprit. Au contraire, ils devraient nous inciter à la recherche d’une communion fraternelle toujours plus forte. Ces différences sont des opportunités, et c’est dans ce sens que j’aimerais maintenant pour terminer citer le paragraphe conclusif du texte fédératif, déjà évoqué tout à l’heure, sur le Saint-Esprit. Après avoir affirmé notre foi commune, puis montré quelques différences entre nous, il dit ceci :
« L’accord sur l’essentiel de la doctrine du Saint-Esprit (comme aussi sur les autres enseignements de la Bible) a pour nous un poids beaucoup plus grand que les différences de compréhension de l’Écriture qui subsistent. Notre diversité doit être vécue comme une richesse et une dynamique et non comme un facteur de stagnation. Au lieu de camper, même pacifiquement sur nos positions, nous sommes tous appelés par le Maître à progresser vers la plénitude que Dieu veut pour son Église, en marchant ensemble dans le respect mutuel, l’amour fraternel et le service commun du Seigneur ».
Je trouve ce paragraphe particulièrement bon : c’est un appel au respect des convictions des autres, à l’amour fraternel, mais c’est bien plus encore, c’est un appel à la croissance, à une dynamique de progrès dans notre compréhension à tous de l’enseignement biblique. Et cette croissance, bien sûr, ne peut avoir lieu que si nous discutons, que si nous débattons ensemble, que si nous confrontons nos désaccords, que si nous partageons nos expériences aussi, sereinement et fraternellement, avec un même désir de croissance, d’unité et d’encouragement mutuels.