On m’a fait du mal et on me dit que je devrais pardonner

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Mais n’est-ce pas inhumain et injuste ? Devrais-je fermer les yeux pour ne pas voir ce que l’on m’a fait ?
On m’a fait du mal et on me dit que je devrais pardonner
Permettez-moi de dire les choses un peu brutalement : cette question suppose une conception du pardon qui me paraît erronée.

Je pense à une amie

Elle venait d'avoir un troisième enfant et son mari lui apprend qu'il la quitte pour vivre avec une autre femme. Je pense aussi à cette jeune femme qui a vu mourir son compagnon à côté d'elle, dans un accident de voiture provoqué par un ivrogne. Pardonner, ce n'est pas faire comme si ces drames n'étaient pas arrivés, ce n'est pas accepter de subir l'offense en se taisant !

L'offense, c'est d'abord une blessure

L’offense fait mal. Elle nous signale que quelque chose d'anormal a eu lieu. Dans les cas que j'ai mentionnés, l'offense est évidente et la blessure immédiate. Dans les couples ou entre amis, l'offense peut être sournoise. Couper la parole à son épouse au cours d'une conversation, cela peut arriver à tout mari, mais le faire systématiquement témoigne d'une attitude dominatrice et irrespectueuse. Et un jour la blessure se fait sentir. Bien des offenses se présentent sous cette forme. Pensez, par exemple, au chantage affectif que l'on exerce envers nos enfants, ou au harcèlement moral dont se plaignent nombre d'employés. La blessure provoque l'amertume, la colère, la haine.

L'offense n'est pas qu'une blessure

L’offense est aussi une sorte de dette : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » nous invite Jésus à dire dans la prière du Notre Père. Si on devait traduire cette demande littéralement, on dirait : « Remets-nous nos dettes comme nous aussi, nous remettons à ceux qui ont des dettes envers nous. » L'offense n'est pas seulement un ressenti, une blessure, c'est aussi une réalité objective, une dette, qui se loge entre l'offenseur et l'offensé. Un cambriolage est une blessure parce qu'il vous donne le sentiment de ne plus être chez vous là où vous habitez, mais c'est aussi une dette, un fait qui s'inscrit entre vous et vos cambrioleurs. La Bible appelle cela un péché…

L'offense est aussi une atteinte à la relation

Toute offense s'inscrit dans une relation. Celle-ci peut être stable comme celle qui lie des voisins ou des collègues de travail. Parfois c'est l'offense elle-même qui établit la relation comme dans le cas d'un viol. Ce n'est plus seulement la blessure qui pose un problème, ni l'acte accompli, mais l'offenseur lui-même, dont on ne supporte plus la présence. Dans les couples, les petites offenses produisent des bouderies, les grandes engendrent des divorces.

Où intervient le pardon face à l'offense ?

Contrairement à ce que suggère votre question, le pardon ne répond pas à la blessure de l'offense en tentant d'éteindre l'amertume. Cette démarche est nécessaire car, en effet, l'amertume détruit. Mais pardonner, ce n'est pas un travail que l'on fait sur soi. C'est une démarche que l'on entreprend envers l'offenseur pour régler le problème de sa dette. Le pardon ne ferme pas les yeux sur l'offense. C'est une démarche courageuse qui cherche, si possible, à rétablir la vérité. Elle pourra ainsi déboucher sur la réconciliation qui vise le rétablissement de la relation.
Blessure, dette et rupture de relation, voilà les trois dimensions de l'offense. Chacune d'elles demande une démarche particulière. Le danger serait de les confondre.

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Commentaires

Anna
02 July 2018, à 06:42
En fait, on a souvent cette impression que pardonner signifie prétendre que rien n'est arrivé parce que les chrétiens bien pensants n'arrêtent pas de taper sur les victimes et de les encourager à octroyer leur pardon sans même qu'on le leur ai demandé à l'avance. Il n'y aurait pas de souci sauf que la personne qui a sincèrement accordé ou voulu octroyer un pardon qui ne lui a pas été demandé par l'offenseur, va se faire souvent dire quand la blessure lui enverra des petites décharges: "Si tu as encore mal, c'est que tu n'as pas pardonné" ou "Arrête de parler de ceci, Dieu efface complètement nos transgressions (encore un verset pris hors contexte)".

La personne à qui l'on a demandé un sincère pardon et qui l'a accordé, ne se pose même pas la question de la négation de la réalité de ce qui lui est arrivé puisque la démarche de l'offenseur a cristallisé celle-ci.
La personne qui, par contre, accorde un pardon non demandé parce que l'offenseur nie sa faute ou la minimise, se sent victimisée de nouveau. On a beau lui dire que c'est pour hâter sa guérison ou la culpabiliser à coups de "Dieu te pardonne" (comme si le Seigneur nous pardonne sans que démarche de pardon et de repentance), on est en train de lui dire: "M'enfin, ce n'était pas si grave que ça!".

Il y a une très grande hypocrisie et un manque total d'empathie dans les milieux chrétiens quand il s'agit du pardon. Tout le monde se comporte comme si c'était quelque chose de limpide comme de l'eau de roche, que toutes les offenses se valent et que le pardon prend place et opère chez tous de la même manière. Il ne faut donc pas s'étonner si certains pensent qu'accorder leur "pardon" à une personne qui ne l'a même pas demandé, reviendrait à faire comme si rien ne s'était passé.
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