J’ai l’habitude de faire un tournus dans le cadre d’un pool d’infirmières, et ce soir-là, je me trouvais dans un service d’accompagnement de personnes en fin de vie. La nuit avait été assez calme, et vers une heure du matin j’avais à peu près fini mon travail. J’étais sur le point d’écouter la radio, une émission chrétienne qui passait à 4 h 28 exactement((Une émission de Radio Réveil.)), quand la sonnette a retenti. Je me suis rendue dans la chambre concernée, celle d’une patiente qui souffrait d’un cancer du pancréas. Elle était prostrée et pliée en deux dans son lit. Je l’entendais gémir : « Mon Dieu, mon Dieu, aidez-moi ! » J’étais étonnée qu’elle appelle Dieu au moment même où je m’apprêtais à écouter une émission chrétienne. Je voulais lui donner un comprimé pour soulager sa douleur, mais en allant chercher le médicament au poste de soins, je me suis dit en moi-même que si elle avait crié à Dieu, c’est qu’elle n’avait pas seulement besoin d’un médicament. Ni une ni deux, j’ai pris le médicament et mon poste de radio. Je lui ai demandé si elle voulait écouter avec moi l’émission. Elle a acquiescé et m’a invitée à m’asseoir à côté d’elle. Je lui ai pris la main, et on a écouté l’émission toutes les deux. C’était vraiment un rendez-vous divin, parce que cette nuit-là nous avons entendu le témoignage de quelqu’un qui avait accompagné une dame, elle aussi en fin de vie, et qui avait un cancer ! Un psaume avait été lu. Il y était dit que Dieu est celui qui nous réconforte. Il disait en substance : Je suis là, je connais ta souffrance, ta détresse, et je viens près de toi pour te calmer et te consoler. Elle me serrait la main, j’en avais les larmes aux yeux. Je me disais en moi-même : « Mais c’est Dieu qui parle, il est là, présent ! ». Cette femme avait vraiment besoin de ce message cette nuit-là...
Dieu, un Père, un ami
On l’aura compris, Djamila, vous êtes chrétienne. Mais ce que les apparences ne disent pas, c’est que vous êtes également arabe, d’origine algérienne. Voudriez-vous partager votre cheminement, parfois douloureux ?
Je suis chrétienne, en effet, et ce depuis des années. Avant, j’étais musulmane sans vraiment l’être. Par tradition. Je faisais le ramadan, par exemple. Et puis, un jour, un ami m’a parlé de Jésus-Christ. Et d’un Dieu d’amour qui me comprenait et qui savait qui j’étais vraiment. Cela tombait bien, parce que j’étais en pleine souffrance. J’étais toute seule à Paris, rejetée par mes parents parce que j’étais partie de la maison. J’étais désespérée, je voulais vraiment en finir. C’est à ce moment-là que j’ai repris contact avec cet ami qui m’avait parlé de Dieu. Il s’appelait Philippe. Il était devenu chrétien pendant la période où je l’avais perdu de vue. Et voilà qu’il m’apprend ce que Dieu avait fait dans sa vie. C’était authentique, parce que je savais ce qu’il était avant. Je le voyais transformé, radieux, il respirait la paix. Ce qui était loin d’être mon cas ! Le Dieu dont il me parlait pouvait-il m’aider ? Je n’avais pas vraiment d’amis à l’époque et Dieu était pour moi lointain. On ne m’avait jamais parlé d’un Dieu d’amour qui puisse être proche de moi, comme un ami.
Dans les griffes de l’occultisme
C’est pendant cette période que vous allez pratiquer l’astrologie. Pourquoi ?
Comme ça ! Je cherchais un but à ma vie. Au départ, je me cantonnais à la rubrique astrologique des journaux. On nous prédit toujours de bonnes choses ! C’est souvent : « Demain, ça ira mieux ! » Ensuite, j’ai consulté des voyants, et ce de plus en plus souvent.
Ce que vous lisiez dans les journaux, vous y croyiez ?
Je me suis mise à y croire, au point de m’abonner à des revues d’astrologie. J’ai claqué un fric fou ! J’allaisvoir des voyants pratiquement toutes les semaines.
Que vouliez-vous savoir, et qu’attendiez-vous de cette fréquentation assidue ?
J’attendais justement qu’on me dise : Aujourd’hui c’est peut-être difficile, mais demain ça ira mieux. Et c’est bien ce que l’on me disait. J’étais confortée dans ma démarche, et cela m’aidait à vivre, à attendre un lendemain heureux. Qui ne venait jamais, parce que j’ai compris par la suite que la vie sans Dieu, c’est le désespoir le plus total.
Vous ne vous êtes jamais dit : « Trêve de balivernes ! » ?
Bien sûr, parce qu’en définitive j’ai été déçue par l’astrologie. Rien ne bougeait vraiment. Au point que j’ai voulu en finir avec la vie. J’étais décidée. Plus rien n’avait de sens dans mon existence. Je voulais y mettre un terme. J’ai fait deux tentatives de suicide…
Comment peut-on ainsi s’agresser soi-même ?
Vous savez, quand on n’a plus rien à quoi se raccrocher, on peut très bien en arriver à une telle extrémité. Pour moi, c’était une délivrance, je pensais enfin échapper à la souffrance. C’était comme cela que je voyais les choses. Ma vie m’était pénible ; la seule façon d’en sortir, me disais-je, c’était de mourir. Il fallait faire cesser cet enfer. Je ne voyais pas d’autre solution.
La pratique de l’occultisme a-t-elle eu des incidences ?
Les choses se sont corsées quand je ne me suis plus cantonnée à la rubrique astrologique des journaux. Mon ami Philippe a bien vu les livres d’occultisme que j’avais chez moi. Il m’a prévenue du danger. J’ai découvert plus tard, dans la Bible, que Dieu mettait en garde le peuple d’Israël contre ce genre de pratiques. Il est notamment écrit dans le livre du Deutéronome :
« Lorsque tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu n’apprendras point à imiter les abominations de ces nations-là. Qu’on ne trouve chez toi personne qui fasse passer son fils ou sa fille par le feu, personne qui exerce le métier de devin, d’astrologue, d’augure, de magicien, d’enchanteur, personne qui consulte ceux qui évoquent les esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel ; et c’est à cause de ces abominations que l’Éternel, ton Dieu, va chasser ces nations devant toi. Tu seras entièrement à l’Éternel, ton Dieu((Deutéronome 18.9-13.))».
Lorsque Philippe m’a parlé de cela, j’ai commencé à ressentir un phénomène bizarre ; c’était comme si quelque chose de noir et de violent sortait de moi. J’ai pris peur, parce que je ne comprenais pas ce qui se passait. Je me demandais si je n’étais pas en train de devenir folle ! C’est d’ailleurs ce que j’ai dit à Philippe. Il m’a assurée, au contraire, de la présence de Dieu et il m’a invitée à lui demander pardon. Il a aussi prié pour que le calme revienne en moi. J’ai demandé pardon à Dieu le lendemain. Et je me suis sentie mieux…
Vers un mariage forcé…
Pourquoi êtes-vous partie du foyer familial ?
J’avais 20 ans, j’étais donc majeure — en tout cas pour la loi française. C’était devenu difficile avec mes parents. J’aime ma famille, et je respecte mes parents, mais il était question de mariage forcé. On voulait m’imposer une vie dont je ne voulais pas. Mes parents sont musulmans, très traditionnels. Ils ont cherché à gérer ma vie. Je ne pouvais pas sortir, juste aller à l’école et revenir. Je n’avais pas d’amis. J’avais une vie de recluse, je me sentais déjà très seule à l’époque. Mais je ne disais rien, je gardais tout cela pour moi. Il y avait peu de communication avec mes parents, je ne pouvais rien leur expliquer. Je pense qu’ils voulaient me protéger. Ils me souhaitaient un bon avenir, je ne les en blâme pas. Leur désir était de me marier et de me voir entourée d’une ribambelle d’enfants. C’était un objectif impérieux, je peux le comprendre. Mais j’avais une autre conception de la vie, et j’acceptais assez mal cette façon de me contrôler. Mon père était froid, dur, quelqu’un de très autoritaire. Je ne savais pas ce qu’était l’amour d’un père. Mes parents m’avaient appris la Chahada, la prière musulmane. Je la récitais quand j’avais des soucis, j’y trouvais refuge. Dieu pourtant me semblait inaccessible. Mais je savais qu’il était là. Cette prière avait à mes yeux un « pouvoir magique », et Dieu jouait le rôle d’un protecteur. Mais cela s’arrêtait là. Quel changement quand je suis devenue chrétienne ! J’ai découvert un Dieu qui m’entendait et me parlait. Une vraie relation avec lui était envisageable. N’est-ce pas fabuleux ? J’ai accepté ce Dieu-là quand Philippe m’en a parlé. Il m’en parlait comme d’un Père, et là j’ai craqué ! J’ai ressenti cet amour qui me manquait. C’était la première fois que je prenais conscience de la paternité divine. Oui, Dieu me comprenait au plus profond de moi-même. Sans doute avais-je été particulièrement touchée parce que je n’avais pas eu ce type de relation avec mon propre père. Il n’empêche qu’une nouvelle vie s’offrait à moi.
Abandonnée…
Avez-vous...