Aurélien purge une lourde peine de prison pour des agressions pédophiles.
Il est écartelé entre la conscience des souffrances irréparables qu’il a causées et le sentiment d’injustice qu’il subit en se trouvant également accusé pour des agressions qu’il n’a pas commises.
Aurélien rédige une lettre de nouvelles que sa mère envoie à son réseau d’amis chrétiens. Il les y informe de sa situation et les invite à prier pour lui et ses codétenus.
C’est dans cette correspondance que nous avons puisé les extraits ci-dessous.
Celle-ci s’échelonne de septembre 2013 à l’été 2018. Nous avons toutefois renoncé à respecter la chronologie, préférant regrouper les extraits par thèmes. Le résultat est parfois étonnant puisqu’on constate de très grandes différences d’appréciation sur un même sujet selon les moments et les lieux où il s’est trouvé à la suite de ses différents transferts.
Il s’agit donc d’instantanés dont le mérite est aussi de nous plonger dans le quotidien d’une vie en prison.
Aurélien((Aurélien a écrit un livre dans lequel il tente de rétablir la vérité.
Aurélien Jarrier, Le poids des maux, Aubagne, Autres Talents, 2015 ; ou Format Kindle, Desmios, 2015.)) a l’habitude d’accompagner chacune de ses lettres d’un verset de la Bible. Nous avons tenu à en garder le maximum en les saupoudrant ici et là.
Déjà trois ans…
On dit que le temps file vite, mais parfois il semble avancer au ralenti, voire même à reculons… mais fort heureusement votre soutien dans la prière est une force qui chaque jour me renouvelle.
L’administration pénitentiaire a pour mission de nous aider à nous réinsérer, de nous faire intégrer les interdits et les lois, mais, et bien que ces efforts soient louables, je reste persuadé que la seule force qui me permettra de me réinsérer pleinement dans une vie nouvelle, est celle que Dieu m’accordera.
À part ça, la vie suit son cours avec ses difficultés, ses joies et ses peines, mais le bonheur de pouvoir enfin revoir ma maman au parloir est inégalable. Ces évènements ont été très durs pour elle. Son soutien sans égal pour m’aider à préparer ma défense engendre aussi tension, stress et une fatigue intense qui ne fait que s’ajouter à celle déjà accumulée à cause de son travail.
Le fait qu’elle ait été rejetée, à cause de mes actes n’a fait qu’ajouter à sa souffrance. Je compte sur le soutien de Dieu pour ne pas me laisser envahir par des pensées négatives. Tout est entre ses mains.
« L’Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé, et Il sauve ceux qui ont l’esprit dans l’abattement. » Psaume 34.19
Travail
J’ai la chance de pouvoir travailler assez souvent au sein de l’établissement, même si c’est à dose homéopathique. Cela occupe la matinée de 7 h 30 à 13 h 30. Au-delà d’un temps de travail qui nous permet d’obtenir un petit salaire (4,21 €/heure) c’est aussi un moment de discussion avec l’autre, de détente et de contact humain. Un semblant de vie comme en dehors des murs.
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Je suis maintenant inscrit comme travailleur aux ateliers. Un travail répétitif, mais qui me permet de mettre de l’argent de côté pour payer les parties‐civiles. Aux dernières nouvelles, je devais verser plus de 476.000 €. Sachant que, par jour, je gagne environ 5 € à 10 € pour 6 heures de travail, je ne suis pas près de m’acquitter de ma dette. Au moins, celle de mes péchés a été entièrement rachetée.
« C’est l’Éternel qui dirige les pas de l’homme, mais l’homme peut‐il comprendre sa voie? » Proverbes 20.24
Aumônerie
J’ai la chance de pouvoir participer depuis trois ans au groupe de partage de l’aumônerie catholique qui se réunit les samedis après‐midi. Durant ce moment, une douzaine de détenus ont l’occasion d’étudier plus en détail les textes bibliques.
Ces moments de rencontre nous font du bien tant sur le plan mental que spirituel. Nous oublions quelques temps les murs, les surveillants et la violence qui règne au quotidien entre ces murs. Ces temps de partage nous font comprendre que nous ne sommes pas seuls dans cet univers carcéral à aimer le même Dieu. Nous partageons nos peines, nos joies et nous nous encourageons mutuellement. Qu’importe le lieu, nous savons que Dieu est là, présent au milieu de nous et que son amour ne nous fera jamais défaut.
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Ces temps de partage sont riches mais la vie d’Église est néanmoins un élément qui manque entre ces murs. Pourquoi est‐ce que c’est lorsqu’une chose nous manque, qu’on se rend compte qu’elle avait tant d’importance ?
« Déchargez‐vous sur lui de tous vos soucis, car lui‐même prend soin de vous. » 1 Pierre 5.7
Fêtes de fin d’année
Nous avons eu l’occasion d’organiser une petite fête au sein de l’équipe de partage de l’aumônerie catholique où nous étions une douzaine de participants. Durant quelques heures, les murs n’existaient plus.
Les fêtes se sont déroulées entre télé, DVD, lecture, grignotage… bref rien de différent de l’ordinaire si ce n’est le bruit des barreaux résonnant contre les casseroles quand l’heure vient.
J’ai néanmoins pu me faire un petit plaisir culinaire avec du foie gras et de la viande que ma mère m’a déposés pour le colis de Noël.
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Malgré les toussotements, nous avons pu chanter à l’occasion de la fête de Noël avec deux autres codétenus et l’aumônier protestant. C’était une rencontre œcuménique. À cette occasion, une chorale du temple proche est venue chanter avec nous. Du coup, c’est environ 90 personnes, dont une quarantaine de détenus qui ont pu entendre l’Évangile.
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Les fêtes sont aussi périodes de deuil. En moins d’une semaine, trois détenus sont venus se confier à moi pour me faire part du décès d’un proche dans leur famille. L’un d’eux qui ne fréquente plus les réunions depuis deux ans a explosé en sanglots et m’a demandé de prier avec lui.
« Heureux les affligés, car ils seront consolés ! » Matthieu 5.4
Été et période de vacances
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les périodes de vacances se ressentent en détention, en particulier parce que de nombreux détenus intégrèrent les cellules. Souvent en cause : des problèmes liés à l’alcool ou à des stupéfiants dont la recrudescence fait rage en été.
« L’Éternel, ton Dieu, est au milieu de toi, comme un héros qui sauve il fera de toi sa plus grande joie ; il gardera le silence dans son amour ; il aura pour toi des transports d’allégresse. » Sophonie 3.17
Cultes et offices
Après deux semaines sans réunion, j’ai eu le plaisir de découvrir que la salle de culte était pleine avec une dizaine de détenus présents.
La semaine dernière nous avons eu le plaisir de recevoir en concert le chanteur Philippe Decourroux. Ce fut un vrai moment de plaisir entre chants, témoignages, appels… bref, un instant de liberté… Après le concert nous avons eu le plaisir de pouvoir partager une petite collation en échangeant avec l’artiste et l’équipe présente.
« Ne crains rien, car je suis avec toi ; ne promène pas des regards inquiets, car je suis ton Dieu ; je te fortifie, je viens à ton secours, je...