Petits groupes ! De quoi parlons-nous ?

Vie et gestion de l'Église

Avec cet article, tiré d’un mémoire de master, l’auteur propose une typologie des petits groupes dans l’Église. Il montre d’abord qu’ils s’inscrivent dans une tradition ancienne, attestée dès le Nouveau Testament, et qu’ils ont été utilisés à travers l’histoire comme outils de croissance spirituelle et missionnelle. La typologie repose sur deux critères : la nature du groupe (spiritualité, édification, mission ou approche holistique) et son rapport à l’Église (optionnel, central ou constitutif). Elle permet de distinguer trois formes d’Églises : celles avec petits groupes, celles de petits groupes, et les Églises - petits groupes. L’étude met en lumière les enjeux organisationnels, relationnels et ecclésiologiques liés à ces modèles : leadership, reproduction, articulation entre petit et grand groupe. À travers des exemples contemporains (Églises cellulaires, réseaux d’Églises de maison), l’auteur montre que les petits groupes ne sont pas seulement des outils fonctionnels, mais peuvent incarner une expression vivante, communautaire et missionnelle de l’Église.

[IAAC:gauche] Introduction

Un peu partout, dans les Églises, des petits groupes se développent. Volontairement ou en réaction, cette « forme » de vécu d’Église est adoptée par de plus en plus de personnes.

Même si les chiffres datent un peu, aux États-Unis, par exemple, on estime qu’en 2009 entre six et douze millions d’Américains fréquentaient des Églises de maison((THE BARNA GROUP, « How Many People Really Attend a House Church? Barna Study Finds It Depends on the Definition », 2009, sur http://www.barna.org/organic-church-articles/291-how-many-people-really-attend-a-house-church-barna-study-finds-it-depends-on-the-definition, consulté le 3/12/2010.)). Ainsi, 75 % des Américains considèrent que les Églises de maison sont de véritables alternatives bibliques par rapport aux Églises traditionnelles((THE BARNA GROUP, « Americans Embrace Various Alternatives to a Conventional Church Experience as Being Fully Biblical », 2008, sur http://www.barna.org/organic-church-articles/47-americans-embrace-various-alternatives-to-a-conventional-church-experience-as-being-fully-biblical, consulté le 3/12/2010.)). Elles jouissent ainsi d’un sentiment très élevé de satisfaction parmi ceux qui y participent((Georges BARNA, « House Churches Are More Satisfying to Attenders Than Are Conventional Churches », 2007, sur http://www.barna.org/barna-update/article/19-organic-church/112-house-churches-are-more-satisfying-to-attenders-than-are-conventional-churches, consulté le 24/11/2010.)).

Dans cet accroissement de la pratique des petits groupes dans l’Église, l’un des exemples les plus connus est l’Église du Plein Évangile de David Yonggy Cho, en Corée, qui en quelques années a eu une croissance extraordinaire en se basant sur des petits groupes. Ceci confirme en quelque sorte, le constat de Christian Schwarz qui fait de la présence de groupes de maison le critère le plus significatif parmi ses huit critères de qualité de développement de l’Église((Christian A. SCHWARZ, Le développement de l’Église. Une approche originale et réaliste, Paris, Éditions Empreinte Temps Présent, 1996, p.33.)).

Pourtant, il semble qu’il n’y a là rien de vraiment très nouveau ! Ainsi, dès le Nouveau Testament, il est fait mention d’Églises de maison comme par exemple en Romains 16.5 ; 1 Corithiens 16.19 ; Colossiens 4.15 et Philémon 1.2((Citations tirées de la NBS.)). Il faut y voir la maison (oikos en grec) à la fois comme un lieu, mais aussi « en tant qu’unité identifiable de la communauté chrétienne primitive((Kwabena DONKOR, « Les Églises de maison du Nouveau Testament : un modèle pour le monde complexe actuel ? », Ministry 2, 2010/1, p.24.)) ». Ainsi, ces rencontres peuvent légitimement et théologiquement être appelées des Églises.

On considère ainsi qu’il y avait des « Églises de maison » à Jérusalem, à Antioche, dans les villes où Paul avait été missionnaire. Ainsi, les maisons ont joué un rôle important dans l’évangélisation de l’Église primitive. Une des explications de cette influence si grande des Églises de maison réside dans leur petite taille, facilitant ainsi les échanges et ne permettant pas au groupe de grandir de façon illimitée.

Toutefois, faut-il, comme Ralph Shallis, y voir un modèle((Ralph SHALLIS, L’idée magistrale de Jésus-Christ pour son Église – La cellule vivante, Fontenay-sous-Bois, Farel, 1987, p.13.)) ? Tout d’abord, comme le fait remarquer Roger W. Gehring, d’autres groupes religieux à cette époque se réunissaient dans les maisons : culte de Mithra, culte à mystère((Roger W. GEHRING, House Churches and Mission. The Importance of Household Structures in Early Christianity, Peabody, Hendrickson Publishers, 2005, p.291.))… Enfin, on ne peut pas seulement prendre en compte la dimension de la maison comme facteur unique expliquant la croissance si rapide de l’Église. Il nous semble donc plus opportun de considérer les Églises de maison comme une réalité et non comme un modèle.

À partir de cette réalité, on constate qu’au travers d’un survol historique rapide, les « petits groupes » ont toujours été présents dans l’Église((Daniel SCHAERER, L’Église en toute simplicité, Saint-Paul-Trois Châteaux, Daniel Schaerer, 2008, p.22.)). Il est possible de faire les constats suivants : tout d’abord la forme des Églises de maison a perduré jusqu’à l’institutionnalisation de l’Église ; par la suite, on a comme cherché à retrouver cette forme, mais jamais totalement. Ces formes de petits groupes, et plus particulièrement dans les maisons, ont été présentes dans un contexte de renouveau spirituel, pour aider à faire des disciples, favoriser la croissance spirituelle et entraîner ainsi une plus grande préoccupation pour l’évangélisation. On a donc encouragé et favorisé des petits groupes qui ont pris des formes diverses et variées au niveau du vécu et du contenu. De plus, on a toujours vu une tension entre dépendance et rupture, inhérente au lien avec un grand groupe, souvent considéré comme l’Église réelle.

À partir de ce constat, il semble pertinent de proposer une typologie des Églises intégrant des petits groupes, afin de mieux appréhender, comprendre et accompagner cette dynamique actuelle des petits groupes.

Typologie des Églises intégrant des petits groupes

Aujourd’hui, plusieurs formes d’Églises se prévalent de l’Église primitive. Elles intègrent, en particulier, dans leur organisation, des petits groupes. Dans toutes ces formes d’Églises, plusieurs parlent d’Églises de maison, d’Églises dans les maisons ou tout simplement de rencontres de petits groupes dans les maisons… Cela laisse apparaître un certain flou et une complexité de définition. Ainsi, nous proposons d’élaborer une typologie. Pour cela, deux critères nous semblent utiles à considérer : la nature des petits groupes et les rapports du petit groupe avec l’Église.

1 Définition des critères

1.1 La nature des petits groupes

Comme nous l’avons vu dans la partie précédente, on se rend compte qu’il peut exister différentes formes de petits groupes. C’est également le cas aujourd’hui et, afin de proposer une classification adéquate des Églises intégrant des petits groupes, il est nécessaire de définir les types de petits groupes dont nous parlons.

1.1.1 Des classifications des petits groupes à plusieurs critères

Dans un premier temps, nous proposons ici de recenser de façon non exhaustive quelques approches de classifications de petits groupes. Mike Law propose, par exemple, une liste de petits groupes en fonction du public cible ou participant : groupe d’hommes, groupe de jeunes parents, des endeuillés, de dames, préparation au mariage, chorale et groupe de musique, groupe mission((Mike LAW, Les groupes de maison – Une dynamique pour l’Église. Manuel de formation des responsables de groupes de maison, Valence, LLB, 2010, pp.49-51. Même s’il semble proposer des groupes très spécifiques, il encourage en p.42 à ce que les groupes s’adressent à des personnes de tous âges.)).

John Mallison donne une gamme de petits groupes en fonction de ce qui s’y déroule, de ce qui s’y passe : groupes de travail, d’amitié, d’intérêt, de discussion, d’étude biblique, de développement personnel, de soutien, de thérapie, d’orientation, koinonia, d’évangélisation, de prières, de mission, d’enseignement chrétien, d’approfondissement spirituel, de mission et d’action, « chez soi », sous-groupe de comité((John MALLISON, Animation et gestion des groupes dans l’église, Marne la Vallée, Farel, 2000, pp.33-46.)). Il complète toutefois son approche en définissant quatre groupes de base (Contact – Évangélisation – Suivi – Croissance), en prenant en compte les étapes de la croissance spirituelle((Ibid, pp.37-40.)).

Pierre-Alain Giffard va dans ce sens en classant les groupes en fonction de trois critères : un passage vers une étape de la maturité chrétienne, un rassemblement par affinité particulière, un groupe ayant un lien avec la mission. Il propose ainsi quatre types de groupes : les groupes pour « recommençants » et personnes en recherche, les groupes de ressourcement et de croissance, les groupes de convalescence et de guérison et les groupes missionnaires.

Jean Heimburger propose, quant à lui, une typologie des petits groupes en fonction de l’objectif du groupe (évangélisation ou édification), puis au travers de six critères présents ou pas : membres incroyants, animateur reconnu, lien avec l’Église, sujet d’étude, communion, service((Jean HEIMBURGER, « Quels groupes de maison dans l’Église ? », Les Cahiers de l’École pastorale, n°20, 1994, pp.6-7.)).

Enfin, Pierre Goudreault met également l’emphase sur la nécessité de définir les objectifs des petits groupes, ainsi que la mission de ceux-ci. Il définit pour sa part sept catégories de petits groupes dans l’Église : groupes d’activités missionnaires, d’engagement social, d’entraide, de formation, de partage de foi, de prière, de travail((Pierre GOUDREAULT, Faire Église autrement, Montréal, Novalis, 2006. )).

Ce rapide tour d’horizon permet de faire ressortir trois critères principaux pour définir la nature d’un petit groupe : les participants, le contenu et l’objectif. Il nous semble que ces trois éléments sont liés les uns aux autres et qu’il est possible d’en proposer une synthèse dans ce que nous appellerons les groupes ecclésiaux.

1.1.2    Les groupes ecclésiaux spécifiques

Nous allons donc essayer de synthétiser ces différentes approches en proposant de définir les petits groupes comme des groupes ecclésiaux. Cette formulation permet ainsi de montrer que les petits groupes dont nous parlons sont intégrés dans le contexte de l’Église.

Il nous semble possible de définir trois grands domaines d’activités des groupes ecclésiaux, prenant en compte les critères que nous avions précédemment identifiés :

la spiritualité : ceci concerne par exemple la prière, la louange, l’intercession et, plus largement, il s’agit d’avoir un vécu spirituel ;
l’édification : ceci concerne par exemple l’étude de la Bible, l’enseignement, le discipulat pour l’édification des membres du groupe, mais aussi, plus largement, l’édification de l’Église (groupe de travail, comité, conseil) ;
la mission : ceci concerne de façon générale l’évangélisation, par le partage, l’amitié, la sensibilisation à la foi, mais aussi l’aspect du service dans une dimension sociale.

À partir de là, nous proposons de définir trois formes de groupes ecclésiaux :

  • les groupes ecclésiaux centrés sur la spiritualité,
  • les groupes ecclésiaux centrés sur l’édification,
  • les groupes ecclésiaux centrés sur la mission.

Les groupes ecclésiaux centrés sur la spiritualité, l’édification ou la mission sont ainsi des groupes spécifiques...

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#136 - Août 2025

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