Cet article vise à présenter un atelier-parcours destiné à aider des personnes en lutte avec la pornographie. D’autres approches existent, mais il faut bien reconnaître qu’elles ne sont pas légion, notamment en francophonie. Alors que la pornographie est de plus en plus reconnue comme un véritable fléau, il est plus que jamais essentiel de réussir à en parler en Église, à sortir du tabou pour accompagner les personnes hors de leur dépendance, afin qu’elles soient déchargées de ce fardeau et vraiment libres pour expérimenter la vie abondante de Christ.
Pourquoi s’intéresser à cette question et présenter un tel parcours ? Les chiffres parlent hélas d’eux-mêmes. Dans un sondage réalisé en 2014 par le site www.larebellution.com auprès de plus de 600 jeunes âgés de 15 à 30 ans, 90 % des garçons et 35 % des filles reconnaissaient avoir un problème avec la pornographie((https://www.larebellution.com/2015/10/26/resultats-du-sondage-gestion-des-ecrans/, consulté le 15 mai 2020.)).
Selon d’autres sondages réalisés en 2016 aux États-Unis((https://www.barna.com/research/porn-in-the-digital-age-new-research-reveals-10-trends/, consulté le 15 mai 2020.)), il s’agit, certes, de la tranche d’âge la plus concernée par la consultation de contenus pornographiques, mais il apparaît bien que des personnes de tout âge soient, à un degré ou un autre, concernées. Et les pasteurs ne font pas exception à la règle. Un sondage remontant à 2006((https://www.crosswalk.com/church/pastors-or-leadership/how-many-porn-addicts-are-in-your-church-1336107.html, consulté le 15 mai 2020.)) – époque à laquelle les smartphones n’avaient pas encore vu le jour – avait montré que plus de la moitié des pasteurs interrogés avaient consulté du contenu pornographique dans les douze mois précédant le sondage.
Pour conclure avec les statistiques, signalons qu’à l’heure actuelle, on évalue qu’en moyenne un enfant est exposé pour la première fois à du contenu pornographique dès l’âge de 11 ans((https://ennocence.org/wp-content/uploads/2016/11/Sondage_OpinionWay_pour_Ennocence.fr_-_Lexposition_des_enfants_aux_images_pornographiques_sur_les_sites_de_streaming_et_telechargement_illegaux_-_Decembre_2015.pdf, consulté le 15 mai 2020.)).
Le phénomène s’est bien évidemment accentué avec l’accès toujours plus aisé à la pornographie via Internet, sur tous les écrans… et en particulier sur celui du smartphone qui nous accompagne du lever au coucher. Mais la pornographie a aussi bénéficié d’une certaine banalisation dans notre société, quand il ne s’agit pas, parfois même, d’une réelle promotion dans les médias, dans la publicité, dans les clips musicaux, les films et séries, etc. On entend parfois parler de la culture porno.
A. Un parcours pour s’en sortir
À l’origine du parcours « 90 jours pour abandonner la pornographie » (www.innocence.ch), il y a un couple de Suisses romands, Yaëlle et Nicolas Frei. Tous deux ont souffert durant de nombreuses années d’une dépendance à la pornographie, ce qui les a motivés à mettre en place un programme concret et spécifique en vue de sortir de ce qu’ils considèrent comme un véritable esclavage.
Les étapes clefs de ce parcours sont les suivantes :
1. Se battre pour
Les personnes en lutte avec la consommation pornographique s’épuisent et se découragent souvent à force de lutter contre le puissant ogre. Aussi, le parcours « 90 jours pour abandonner la pornographie » est-il avant tout un programme visant à se battre pour. Pour une vie qui a du sens, pour des activités et des relations épanouissantes, pour grandir en Christ, pour un avenir rempli d’espérance.
Le but du parcours n’est donc pas seulement de stopper une addiction, mais plutôt de réorienter sa vie, de faire des choix cohérents avec ses projets de vie, de retrouver de la motivation et de la saveur dans sa vie, de retrouver la liberté de choisir et de faire ce qui est vraiment bon pour soi et ses semblables. Un élan donc foncièrement positif.
2. Les dessous du porno
Le parcours « 90 jours pour abandonner la pornographie » ne fait pas l’impasse sur la mise en lumière de l’envers du décor.
a. Le porno, une énorme industrie
D’après certaines estimations, l’industrie pornographique générerait un chiffre d’affaire annuel d’environ 90 milliards de dollars américains((https://www.culturereframed.org/porn-industry/)). L’essentiel provenant aujourd’hui des revenus publicitaires, comme c’est d’ailleurs le cas pour la plupart des acteurs de l’économie numérique. À la publicité s’ajoute la souscription payante à certains contenus « premiums », la participation à des jeux en ligne pornographiques payants ou encore l’inscription sur des sites de rencontres.
Tout cet argent, l’industrie pornographique le réalise au mépris de l’individu. Certains acteurs et actrices sont véritablement victimes de trafic humain. C’est sous la contrainte que certains sont poussés et maintenus dans l’industrie pornographique. Linda, une ex-actrice porno américaine, rend ce témoignage :
« J’étais prisonnière. Je n’avais pas le droit de sortir de son champ de vision [du producteur]. Même pas pour aller à la salle de bain. Certaines fois, il écoutait mes appels téléphoniques avec un 9 mm pointé sur ma tête. »
Le quotidien des personnes qui participent à la production de contenu pornographique est souvent marqué par la drogue, la maladie (notamment des maladies sexuellement transmissibles extrêmement répandues), le viol, les abus en tous genres. Les conditions de travail sont souvent insalubres.
b. Le porno, un produit nocif
La pornographie peut agir comme une drogue et rendre dépendante la personne qui la consomme.
En effet, il y a dans notre cerveau une substance appelée dopamine qui associe la sensation de plaisir aux comportements essentiels à la survie. Lorsqu’un individu mange, boit, « se reproduit », il éprouve une certaine satisfaction. Cette satisfaction est...