Enseigner et former dans les pas du Maître

Formation

Jésus était un enseignant – et pour tout chrétien, c’est même le meilleur. Il était donc normal que le « Réseau évangélique des professionnels de l’enseignement » souhaite l’analyser. L’auteur de l’intervention reproduite dans cet article a donc sondé les évangiles pour en tirer sept directions, suivies par Jésus. Ces directions peuvent être utilisées dans les enseignements, et tout particulièrement dans les prédications. Pour chacune d’entre elles, l’auteur interpelle le lecteur, l’invitant à la suivre dans son enseignement((Cet article provient d’une intervention donnée en 2016 à l’occasion de la rencontre annuelle du Réseau évangélique des professionnels de l’enseignement (REPE) organisée par les Groupes bibliques universitaires (GBU) sur le thème : Quelles finalités pour l’enseignement aujourd’hui ? Il a été adapté au contexte ecclésial notamment par son apport biblique plus important et par les questions d’application à la fin de chaque section.)).

Qu’est-ce qui caractérise l’enseignement et la formation de Jésus, et quelles en sont les finalités ? Vaste sujet qui pourrait faire l’objet d’un bon livre ! Nous nous contenterons de tracer quelques pistes en repérant dans les évangiles quelques objectifs que Jésus vise à partir de ce qui caractérise son enseignement et sa formation. L’enjeu est important non seulement pour le lecteur des évangiles qui pourra ainsi mieux discerner la cohérence dans la démarche pédagogique du Christ, mais aussi pour celui que Dieu appelle à enseigner son peuple afin de former des disciples. En effet, la manière dont Jésus s’y prend pour transmettre son enseignement n’est-elle pas le meilleur modèle à suivre aussi pour nous aujourd’hui ?

L’enseignement de Jésus ne concerne pas que les douze qu’il a choisis et formés. Jésus s’est aussi adressé aux foules qui le suivaient ainsi qu’à des personnes qu’il a croisées lors d’entretiens privés comme Nicodème (Jean 3) ou la Samaritaine (Jean 4). Hommes ou femmes, enfants ou adultes, riches ou pauvres, Juifs ou non-Juifs, Jésus s’est adressé à tous sans exception. C’est déjà une caractéristique notable de son enseignement. Le message qu’il annonce ne fait donc acception de personne. N’est-ce pas un premier objectif à avoir à l’esprit quand on prêche, par exemple ? Chercher à être compris par tous, quels que soient l’âge, la condition ou la connaissance qu’on peut avoir de l’Évangile. Mais l’enseignement de Jésus peut devenir plus spécifique quand il s’adresse aux disciples qui vont le suivre pendant les trois années de son ministère terrestre. Il y a donc aussi dans les évangiles la place pour un enseignement plus ciblé.

1. Viser un changement intérieur

On remarquera d’abord que l’enseignement de Jésus ne laisse personne indifférent. Ce qu’il apporte est perçu dès le départ comme étant nouveau par ses auditeurs (Mc 1.27). Il est vrai que Jésus n’enseigne pas comme les religieux de son temps. Les scribes et les pharisiens décortiquent la loi. Ce sont des experts ! Mais leur érudition ne vise pas tant à changer le cœur qu’à soigner l’apparence. N’est-ce pas le principal reproche que leur adresse Jésus notamment dans le sermon sur la montagne où il les traite d’hypocrites parce qu’ils cherchent à être vus des hommes quand ils prient sur les places publiques (Mt 6.5) ? Pour eux ce qui importe c’est ce qui se voit de l’extérieur. Ce mépris pour le changement intérieur les conduit à des dérives que Jésus dénonce :

« Malheur à vous, spécialistes de la Loi et pharisiens hypocrites ! Vous nettoyez soigneusement l’extérieur de vos coupes et de vos assiettes, mais vous les remplissez du produit de vos vols et de vos désirs incontrôlés. Pharisien aveugle, commence donc par purifier l’intérieur de la coupe et de l’assiette, alors l’extérieur sera pur. »  (Mt 23.25-26)

À la différence des pharisiens, l’enseignement de Jésus vise un changement intérieur. Jésus ne cherche ni à former des têtes bien pleines ni à faire des adeptes capables de suivre des rituels compliqués. Il cherche à transformer des cœurs afin que ses disciples découvrent le chemin de la vérité et qu’ils puissent penser, agir, se comporter avec sagesse et discernement. La connaissance du point de vue biblique n’est ni théorique ni abstraite, mais toujours concrète et relationnelle. L’Évangile que Jésus apporte ne se limite pas pour autant à aimer son prochain en faisant des œuvres bonnes comme pourrait le faire toute morale humaine. Il concerne d’abord et avant tout notre relation à Dieu ; cette relation rompue qu’il est venu rétablir par sa mort à la croix.

Cette priorité de la relation à Dieu sur celle avec son prochain apparaît nettement dans le dialogue du Ressuscité avec Pierre sur les bords du lac de Galilée (Jean 21.15-22). Au cours de cet entretien, Jésus demande à Pierre par trois fois « M’aimes-tu ? », avant de lui confier la mission de prendre soin de ses brebis. C’est comme s’il voulait lui faire comprendre que la réussite de sa future mission repose sur la qualité de la relation qu’il entretient avec le Maître. Arrêtons-nous un instant sur ce passage à titre d’exemple pour illustrer cet objectif d’un changement intérieur que Jésus continue de rechercher après sa résurrection.

Cette question de Jésus répétée trois fois renvoie au triple reniement de Pierre. Jésus s’adresse à lui en l’appelant par le nom qu’il avait autrefois, avant qu’il ne devienne son disciple : Simon, Fils de Jean. Ce n’est pas au disciple que Jésus s’adresse, mais à l’homme brisé qui a été confronté à sa propre misère. L’évangéliste Luc nous rapporte, en effet, qu’après son triple reniement et après avoir croisé le regard de Jésus, Pierre se retira et pleura amèrement (Luc 22.62). Lui qui pensait aimer son Maître au point de mourir pour lui, l’aura finalement trahi en le reniant à trois reprises et ce, malgré l’avertissement de Jésus lui-même !

Jean ne nous dit pas ce que Pierre ressent au moment où le Ressuscité pose son regard sur lui et lui parle, mais on peut imaginer qu’il a honte. Quand Jésus lui pose pour la troisième fois la question « M’aimes-tu ? », Jean nous dit que Pierre fut attristé. Non seulement c’est la troisième fois que Jésus lui pose la même question, mais il utilise cette fois le même verbe que Pierre dans sa réponse, celui de l’amour-amitié((Les deux premières fois, Jésus utilise le verbe agapaô (m’aimes-tu) alors que Pierre répond toujours en utilisant le verbe phileô (amour-amitié). La NBS traduit ainsi la troisième question de Jésus à Pierre : « Es-tu mon ami ? » (Jn 21.17))). Beaucoup de questions devaient se bousculer en lui : « Jésus aurait-il des doutes sur l’amitié que je lui porte ? Mon reniement aura-t-il eu raison de la relation tissée avec le Maître au cours des dernières années ? » Pierre s’en remet alors à celui qui sait tout : « Seigneur, toi tu sais tout, tu sais bien que je suis ton ami ! » (Jn 21.17). Pierre a mûri, sa foi aussi. Celui qui hier se croyait fort et capable par lui-même de tout surmonter s’en remet aujourd’hui humblement à son Seigneur. La suite de la vie de Pierre illustre bien ce changement intérieur. Autant les évangiles nous présentent Pierre comme un disciple fougueux au tempérament parfois imprévisible (Jn 18.10), autant les épîtres de Pierre nous dévoilent un apôtre posé, patient, rempli de discernement et de sagesse. Un réel changement intérieur s’est produit en lui au contact du Maître.

Dans quelle mesure mon enseignement interpelle-t-il, remet-il en...

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