Artisans de réconciliation

Vie et gestion de l'Église

Ce texte de Louis Schweitzer a d'abord été adressé au congrès de la Fédération des Églises baptistes en 1997. Les conflits dans le monde sont malheureusement encore d'actualité ; quant à ceux qui se vivent dans les Églises, ils dureront probablement jusqu'au Royaume. Mais c'est à nous d'apprendre à les vivre et à chercher à les résoudre.


Introduction

La réconciliation avec Dieu, qui est au cœur de l’Évangile, restera à l’arrière plan de tout ce qui va suivre. C’est parce que cette réconciliation avec Dieu, qui est un acte de Dieu, a lieu, que nous sommes ensuite appelés à devenir à notre tour, et à son image, des artisans de réconciliation. Souvenons-nous de la parabole du serviteur impitoyable (Mt 18). C’est parce que Dieu pardonne que nous sommes amenés à pardonner. Si nous ne le faisons pas, c’est que nous ne sommes pas entrés dans cette dynamique nouvelle de la grâce. C’est parce que Dieu est amour et parce qu’Il nous aime que nous sommes invités à aimer non seulement Dieu mais notre prochain. De la même manière, Dieu a tout fait, en Jésus-Christ, pour que nous soyons réconciliés avec Lui. A nous d’être aujourd’hui artisans de réconciliation non seulement avec Dieu, mais entre les hommes. Nous essaierons de discerner ce que cela veut dire dans une première partie dans l’Église, ce peuple des réconciliés, et dans une deuxième, dans le monde, lieu naturel de notre témoignage.

1. L’ÉGLISE, LIEU DE RÉCONCILIATION

L’Église est, pour le dire vite, le fruit de la grâce de Dieu. Elle est le peuple nouveau composé d’hommes et de femmes qui ont accueilli la réconciliation accomplie par Dieu en Jésus-Christ. Elle est donc, dans notre monde, une réalité nouvelle, certes pas encore le Royaume, mais déjà une esquisse de celui-ci. Elle est composée de disciples de Jésus-Christ, de personnes qui cherchent à mettre en pratique son enseignement et qui ont reçu l’Esprit de Dieu. A ce titre, on est en droit d’attendre qu’elle vive déjà, ici et maintenant, quelque chose de la volonté de Dieu exprimée par l’enseignement de Jésus et par toute sa vie, du baptême à la croix et à la résurrection. Quand je dis « on est en droit d’attendre », je parle aussi bien de Dieu car l’Église qu’il suscite et dont Il est le Seigneur est là pour témoigner de la réalité nouvelle qu’il veut et crée, que des autres hommes qui attendent que la vie des témoins que nous sommes corresponde à leurs paroles.

a) Les conflits dans l’Église

Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’il y a parfois des conflits dans les Églises. Cela est vrai dans notre Fédération comme dans le reste du protestantisme et dans l’ensemble de toutes les Églises qui ont un jour existé sur cette terre. Relisez le Nouveau Testament et vous verrez que l’Église primitive que nous idéalisons parfois a, elle aussi, connu ses conflits, Tant qu’il y aura de la vie, il y aura du conflit. Et rien n’est pire -et c’est un travers très ecclésiastique-que d’étouffer le conflit ou de chercher par tous les moyens à l’éviter. Mais la question est dans la manière de gérer ce conflit. Il peut être fécond et ouvrir de nouvelles possibilités ou au contraire nous enfermer dans l’amertume et pourrir littéralement la vie d’une communauté. Il me semble, que dans ce domaine, les Églises devraient pouvoir être à la fois des vitrines et des lieux d’apprentissage. Des vitrines, parce qu’elles devraient pouvoir...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#32 - Juin 1999

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