Stratégies pour l’intégration de minorités ethniques dans les églises évangéliques françaises

Le monde actuel

André Pownall est professeur de théologie pratique à l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne.


INTRODUCTION

Ce texte n’est pas, malheureusement, une étude longtemps mûrie et complète. Il est plutôt le bilan provisoire, établi à mi-parcours et au milieu de l’action, d’une expérience personnelle de vie d’Église et de la réflexion qui l’accompagne.

Entre les années 1960, où l’auteur a reçu son appel au ministère pastoral, et aujourd’hui, la société française en général, et les grandes métropoles en particulier, ont connu des bouleversements profonds, dont l’un des plus voyants serait sans doute l’arrivée massive de populations étrangères, venant d’autres continents, chacune avec sa culture. Il y avait certes, déjà, une présence immigrée parmi les enfants des premières colonies de vacances d’enfants où l’auteur a travaillé dans les années 1960. Ce dernier était loin, pourtant, d’imaginer que dès le milieu des années 1980, les “ Français de souche ” deviendraient minoritaires dans son Église. Il y avait toujours eu, bien sûr, des Églises d’expression étrangère à Paris, telles que la cathédrale américaine, l’Église allemande ou l’Église d’Écosse. Lorsque les premières Églises africaines “ pointaient leur nez ” à Paris dans les années 1980, cependant, personne ne prévoyait que leur présence en 2000 serait aussi massive (environ deux cent cinquante en région parisienne, selon un spécialiste(1)).

Forte d’une expérience relativement positive de relations interraciales, car la France n’a pas connu des émeutes raciales du genre “ Watts ” ou “ Brixton ”(2), les Églises évangéliques ne se sont guère préoccupées de la question de l’intégration des immigrés. Avec un large consensus national autour des valeurs républicaines, et de la politique d’intégration des immigrés par l’école laïque et par la culture française, il n’y avait pratiquement pas de débat sur l’intégration dans les Églises. La présence nombreuse des immigrés en leur sein n’était-elle pas la preuve que cette intégration était réussie ? La culture française n’était-elle pas un lieu de rencontre idéal ?

L’expérience de malentendus entre Français et étrangers, la sympathie pour les idées d’extrême droite exprimée par certains membres d’Églises Évangéliques, les doléances de quelques chrétiens immigrés, les départs non-expliqués d’étrangers des Églises françaises, et la multiplication rapide des Églises dites “ ethniques ” soulevaient toutefois de plus en plus de questions dans l’esprit de l’auteur. Ils l’ont finalement poussé à approfondir sa réflexion dans ce domaine et à proposer aux responsables d’Églises de la région un séminaire de théologie pratique sur les thèmes de la diversité culturelle et de l’intégration des étrangers, dont ce texte apporte un écho.

1. JALONS BIBLIQUES

Les intentions du Créateur

Dès le début du récit biblique, Dieu affiche son goût de la diversité. Il crée et la terre et le ciel, et le soleil pour présider au jour et la lune et les étoiles à la nuit, et les monstres marins et les oiseaux ailés, et l’homme et la femme (Gn 1, cp. Ps 148). En effet, il se plaît à créer des contraires, qui se complètent et s’harmonisent, au lieu de se concurrencer et de se battre. Il n’est pas le Dieu “ ou – ou ” mais le Dieu “ et – et ”. Il...

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Les cahiers de l’École Pastorale

#55 - 1e trimestre 2005

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