Abus spirituels dans la communauté

Psychologie et vie chrétienne

Nos communautés chrétiennes ne sont malheureusement pas à l’abri d’abus spirituels. Dans une communauté chrétienne, rassemblant des gens venant de multiples horizons, de maturités, de fragilités ou d’âges aussi divers que variés, le pasteur doit être tout particulièrement attentif aux dérives autoritaires qui peuvent être assimilées à des abus spirituels. Dans cet article, le psychologue Francis Mouhot explique ce qui constitue un abus spirituel, quelles sont les personnalités des abuseurs, comme des suiveurs. En cela, il pose certains jalons qui pourront, le cas échéant, aider pasteurs et membres d’Église à identifier les abus éventuels et à sortir d’un système oppressif. 


1. Quelques définitions

Avant de parler d’abus spirituel, je vais commencer par parler d’autorité. Le dictionnaire donne deux définitions de ce mot :

  • Le droit de commander, le pouvoir, reconnu ou non, d’imposer l’obéissance. Synonymes : domination, force, puissance.
  • Une supériorité de mérite qui impose l’obéissance sans contrainte, le respect, la confiance. Synonymes : ascendant, considération, influence, prestige. 

Pour moi la première définition correspond au pouvoir et la seconde à l’autorité. Pendant des siècles, on a confondu autorité et pouvoir et cela a conduit à tous les abus que l’on sait. L’homme moderne a finalement rejeté Dieu et l’autorité, au motif que cette dernière est illégitime. La Bible affirme que toute autorité vient de Dieu((Paul, en Romains 13.1, écrit : « Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures, car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu et les autorités qui existent ont été instituées par Dieu ».)), mais elle fait une différence radicale entre autorité et pouvoir. Le Christ qui a reçu toute autorité dans le ciel et sur la terre((Matthieu 28.18.)), se refuse jusqu’au bout à exercer son pouvoir. Il se laisse tuer. L’autorité est une influence légitime et reconnue. Elle fait appel à la confiance, car sans elle, le pouvoir n’est que contrainte. L’autorité s’accompagne d’un pouvoir qui fait respecter les règles. Le pouvoir peut être détenu sans l’autorité, il peut même être exercé par le seul usage de la force. Dans ce cas il se passe du droit.

Pour Mucchielli((R. Mucchielli, Psychologie de la relation d’autorité, Paris, ESF, 1991, p. 22.)) : « le fait qu’un groupe s’organise, se donne des buts, se met à exister comme groupe, donne naissance à l’autorité, celle-ci étant un aspect inévitable et normal de la structure elle-même. C’est une fonction collective qui est un pouvoir de régulation et de contrôle des conduites ». L’autorité est l’opposé de l’anarchie qui signifie absence de commandement, absence de loi et de règles. Lorsqu’on laisse un groupe de personnes s’autogérer, on crée une grande insécurité, l’angoisse risque de créer des clans, des leaders autoritaires.

Pour un pasteur, avoir de l’autorité c’est permettre à chaque membre de trouver sa place dans la communauté, de développer ses potentialités et établir des relations harmonieuses avec les autres membres. Mais celui-ci doit se souvenir que toutes les autorités sont des autorités par délégation, puisque l’autorité vient de Dieu. Lorsque nous exerçons une autorité, nous devons nous rappeler que ce n’est pas nous qui faisons la loi. Nous en sommes les gardiens, les représentants, chargés de la faire respecter, c’est notre responsabilité. 

La psychopathologie de la relation d’autorité est la toute-puissance, le pouvoir absolu d’un individu ou d’une minorité utilisant la contrainte pour satisfaire ses intérêts.

L’abus, dans le Larousse signifie : « excès préjudiciable à la collectivité, à la société ; injustice causée par le mauvais usage qui est fait d’un droit, d’un pouvoir ».

L’abus de pouvoir peut se traduire par des actes d’intimidation, de harcèlement, de menace, de chantage, de coercition… Ce phénomène peut s’observer dans des communautés, des associations qu’elles soient chrétiennes ou non, dans des Églises.

L’abus spirituel est alors l’abus de pouvoir d’une personne ayant une fonction spirituelle ; le mauvais usage que certains pasteurs, prêtres ou responsables, font de leur pouvoir.

C’est lorsqu’une personne profite de sa position pour en dominer psychologiquement et spirituellement une autre, en la privant de son autonomie et de son libre arbitre….

La relation d’emprise. Pour qu’une relation entre deux ou plusieurs personnes devienne une relation d’emprise, il faut certaines conditions : une personne avec une volonté de puissance, un désir de dominer qui risque d’exercer une certaine fascination sur une ou des personnes qu’on appelle volontiers complices et qui sont de nature soumise, qui ont des peurs nombreuses et risquent de vouer à la première un culte de la personnalité. Il y a rarement un abuseur et des victimes, il y a une relation pathologique qui se crée entre eux, qu’ils ne parviennent pas à dominer. L’abusé a autant de mal à sortir de cette relation que l’abuseur.

Prenons l’exemple d’une relation sadomasochiste entre un directeur et un employé dans une association chrétienne : un employé laisse entendre qu’il se fait maltraiter par son directeur. J’en parle avec ce dernier et, comme les faits me semblent graves, je parle à chacun d’une relation sadomasochiste, le directeur ne cessant pas d’avilir l’employé qui lui-même a très peur de son directeur. Le directeur finit par licencier son employé pour des motifs fallacieux, ce qui me révolte. J’écris au conseil d’administration qui soutient le directeur....

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#88 - 2ème trimestre 2013

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