Tout pasteur est un jour ou l’autre confronté à des violences domestiques et amené à proposer un accompagnement spécifique aux personnes concernées. Face au désarroi que de telles situations induisent, le pasteur a un rôle extrêmement important à jouer. Francis Mouhot évoque avec sensibilité la violence inévitablement présente dans la dimension domestique de la vie. Il propose de précieux conseils à ceux qui sont amenés à suivre et aider spirituellement des victimes de telles violences.
Violence de la nature, de la réalité
Le fait de se sentir moins beau ou moins intelligent que son frère ou sa sœur est une violence ; le fait d’avoir un père alcoolique, même s’il ne nous frappe pas, est une violence par rapport à l’image de père idéal qu’on a en soi. Le père pour l’enfant est celui qui est plus fort que ses pulsions. La perte d’un être cher, surtout pour un enfant, est une violence qu’il peut retourner contre lui-même par de la timidité ou une névrose, contre la société dans l’asocialité ou qu’il peut sublimer dans les arts, la réussite sociale. Les secrets de famille sont des violences qui peuvent se transmettre d’une génération à l’autre. Une mère qui a été violée adolescente, m’expliquait qu’elle avait du mal à câliner son fils et le prendre sur ses genoux. Le garçon sent la gêne de sa mère et peut l’interpréter comme un manque d’amour si elle ne lui en explique pas la raison. Le discours que les parents tiennent sur l’enfant est important parce qu’il l’intègre dans une filiation, mais il peut être une violence qui l’enferme dans des répétitions générationnelles : « Il est comme son père, il s’emporte vite et casserait tout », « elle a des problèmes comme sa mère ». Un rejet, même non exprimé verbalement, peut influencer inconsciemment le comportement d’un enfant et expliquer certaines pathologies comme l’énurésie, la boulimie, l’anorexie, des troubles du sommeil, etc.
Le fait pour les parents d’être chrétiens n’est pas du tout une garantie d’équilibre. J’ai rencontré des parents chrétiens maltraitants et d’autres martyrisés par leurs enfants.
Il y a des violences constructives et des violences destructrices
L’agressivité est une force de la nature. C’est l’essence même de la vie, elle est nécessaire pour la conservation de la vie des individus et de l’espèce. L’agressivité n’existe que dans les sociétés animales à organisation sociale supérieure. C’est elle qui permet l’éclosion des sentiments, l’attachement, l’amitié, la fidélité, l’amour. Elle est la condition du progrès social : « pas d’amour sans agressivité », disait Lorenz((Lorenz K. Célèbre zoologiste qui a étudié la vie des animaux. Ouvrage cité : L’agressivité : une histoire naturelle du mal, Flammarion, Paris (1969).)).
Dans la famille, une agressivité saine est nécessaire pour établir des distances satisfaisantes entre parents et enfants. L’histoire humaine est question de séparation, de distance. Dans de nombreuses familles, parents et enfants ne sont pas à leur place. La distinction adulte/enfant n’est pas satisfaisante. Il est fondamental pour l’équilibre psychique de l’enfant et des parents que l’enfant en grandissant ne soit plus le seul amour de sa mère. C’est le père ou le compagnon qui est l’objet du désir de la mère et pas l’enfant, qui essaiera longtemps de se mettre entre ses parents.
Il est dur, mais indispensable de s’entendre dire : « va jouer avec tes frères et sœurs, je parle avec ton père ou je parle avec ta mère », « on est ensemble ta mère et moi, ou ton père et moi, laisse-nous s’il te plaît ». Cette frustration va mettre définitivement l’enfant à sa place d’enfant et lui permettra plus tard de devenir un adulte parmi d’autres. Décentration douloureuse, mais vitale ; sinon l’enfant reste attaché à l’un de ses parents d’une façon excessive((Voir mon livre F. Mouhot (2013) Éduquer, est-ce encore possible ?, Médiaspaul, Paris.)).
Il peut rester enfermé parfois toute la vie dans une relation pathologique qui lui barre l’accès à la conquête du monde. Dans de nombreuses familles, on retrouve cet enfant à 40 ou 50 ans, névrosé et s’adonnant à l’alcool, vivant avec maman devenue veuve. S’il y a mésentente entre les parents, la mère ou le père peut trouver plus de satisfactions avec son enfant qu’avec son conjoint. Quel drame lorsque l’enfant est plus important que le père dans l’esprit de la mère (et inversement).
Je pourrais donner de très nombreux exemples :
– un garçon de 5 ans pousse son père à dormir dans sa propre chambre pour être au lit avec sa mère ! Pourquoi le père ne revendique-t-il pas sa place auprès de sa femme ?
– un père et sa fille ont une relation privilégiée dont la mère est exclue. La...
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