En mettant l’accent sur le sacerdoce universel des croyants dans nos Églises, nous avons pris l’habitude d’ouvrir largement la chaire aux croyants. Au vu des résultats, souvent inégaux, on peut se demander si c’est un réel progrès. Comme les pasteurs ne sont pas non plus toujours convaincants, il serait malvenu de tirer de cette seule pratique des conclusions définitives. Par contre, il faut oser poser une question plus fondamentale, celle de la légitimité d’une telle démocratisation de la prédication.
Pierre est membre du conseil de son Église locale. Habitué à prendre la parole en public – il est enseignant – le pasteur lui demande volontiers de le remplacer quand il doit s’absenter. En ce dimanche de mai, il décide de prêcher sur la question du baptême en prévision de ceux qui auront lieu le mois suivant. Comme d’habitude, son propos est clair et bien illustré. Il y ajoute une pointe d’humour qui rend le tout facile à suivre. Par contre, il n’a pas totalement assimilé la théologie évangélique à ce sujet. Selon les moments et les versets cités, les auditeurs ont l’impression que le baptême est indispensable au salut ou au contraire qu’il est un simple témoignage de ce que Dieu a fait dans la vie du croyant. Pour ajouter à la confusion, Pierre use d’images très concrètes qui peuvent laisser penser que l’eau purifie vraiment. Il parle du péché qui s’en va avec l’eau du baptême lorsque l’on retire la bonde du baptistère ! Quelques-uns sont émus par les erreurs proférées, mais beaucoup ne voient pas où est le problème. Alertés en fin de culte par les auditeurs les plus perspicaces, les autres membres du conseil préfèrent ne pas réagir pour ne pas créer d’incident diplomatique. Résultat, ceux qui avaient une idée assez floue quant au sens du baptême repartiront avec une compréhension erronée sans que les responsables de la communauté semblent s’en émouvoir.
La prédication exige une formation
Cette scène, fictive, est assez représentative de ce que j’ai vécu en divers endroits. À trop « bricoler » avec la prédication, on expose le peuple de Dieu, au mieux à une nourriture insipide, au pire à une nourriture frelatée. Et le problème n’est pas d’abord la mauvaise volonté ou l’incompétence des « Pierre » de nos...
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