Le salut par l’Esprit, une aventure, une transformation

Spiritualité

Lors de son intervention au congrès 2015 de la FEEBF à Wasquehal, l’auteur a proposé qu’en s’appuyant sur une action inaugurale au tout début de la vie chrétienne (la régénération), l’Esprit Saint œuvre de façon dynamique, transformative et continue pour le salut de ceux qui sont en Jésus-Christ. Dès lors, l’application par l’Esprit du salut acquis par Jésus-Christ sur la croix est une aventure proposée à chaque chrétien et à l’Église. Tous sont donc invités à se laisser conduire, équiper et transformer par l’Esprit jusque dans la nouvelle création. La teneur orale et, par moments, exhortative de cette intervention a été retenue.


Introduction

1. Quel éventail !

J’aimerais commencer cet exposé par un constat : il existe, au sein de la mouvance évangélique, et au sein du monde baptiste également, une vraie diversité d’opinions, d’attitudes et d’expériences de l’Esprit Saint. Reconnaissons-le : l’Esprit Saint (pas lui personnellement, mais le regard que nous lui portons) peut être parfois clivant.

Oui, c’est un comble, mais le fait est que dans le monde évangélique, on oscille entre fascination excessive pour l’Esprit et méfiance à son égard. La pneumatologie est donc un terrain surinvesti par certains, mais négligé par d’autres. Pour les uns, l’Esprit est la personne la plus importante de la Trinité, et pour les autres, un distant cousin du Père et du Fils… Que de railleries, de critiques, de désunions entre croyants… Ces attitudes, bien évidemment, sont caricaturales, extrêmes, et il existe toute une gradation, tout un éventail d’autres attitudes entre ces extrêmes. Mais ce qui est certain, c’est que l’Esprit Saint doit prendre une place de choix, la place qui lui revient, dans toute théologie véritablement évangélique, toute théologie bibliquement fondée, et toute vie chrétienne saine et dynamique.

Alors, que dit la Bible de l’Esprit Saint ? Et plus spécifiquement, car c’est bien de cela dont il sera question, que disent les Écritures du lien entre salut et Saint-Esprit ? Quel est le rôle du Saint-Esprit dans notre salut ?

À la suite de l’apôtre Paul dans Romains 8.2, le symbole de Nicée déclare : « Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ». Mais qu’est-ce que cela veut dire, au juste ? En quoi l’Esprit est-il l’auteur de notre salut, de notre vie ? C’est à cette réponse que j’aimerais tenter de répondre tout au long de cet exposé.

2. Un salut sans Esprit ?

Et la question se pose effectivement parce que dans le domaine, les choses ne sont pas toujours si claires. En 2014, le département formation de notre Fédération avait envoyé un sondage théologique dans nos Églises, autour de la notion de salut. Et à la question 6, « Peut-on être sauvé sans avoir reçu le Saint-Esprit ? », les résultats de nos membres d’Églises ont été surprenants : à 50 %, les enquêtés ont répondu « non », les autres répondant « oui » à 34 % et « ne se prononce pas » à 16 %.
Pour moi, ce résultat fut une grande surprise. C’est seulement pour la moitié des quelques 500 personnes qui ont répondu au sondage, que l’on ne peut être sauvés sans avoir reçu l’Esprit Saint ! Et pour plus d’un tiers d’entre elles, le salut est donc possible sans que l’Esprit Saint ait fait sa demeure dans l’individu.

Certes, la question n’était pas forcément très bien posée. Elle était même assez binaire dans ses attentes (« oui » ou « non », sans qu’il soit possible de nuancer ou d’expliquer sa réponse). Je comprends donc que les répondants aient pu interpréter cette question de façons diverses et variées. Mais quand même, ces réponses de la part de nos membres d’Église sont pour le moins troublantes. Elles révèlent non seulement la diversité théologique présente au sein de notre Fédération, mais aussi, au minimum, une véritable interrogation, voire une certaine confusion, quant aux liens qu’il nous faut tisser entre salut d’une part, et Saint-Esprit d’autre part.

3. La métaphore du bus

Alors pour commencer notre étude sur ces questions, j’aimerais vous proposer une image, une métaphore qui nous accompagnera tout au long de mon exposé : la métaphore du bus du salut. La voici :

Le salut, c’est comme un bus dont les plans ont été réalisés par le Père, dont la construction a été accomplie par le Fils, et dont la conduite a été confiée au Saint-Esprit. C’est ce dernier qui ouvre la porte du bus pour que nous puissions y monter, et c’est lui qui met le bus en marche, qui le conduit et le fait parvenir à sa destination finale.

Tout au long de mon exposé, je vais donc rebondir sur cette métaphore, à travers trois étapes : (1) « La monté dans le bus », (2) « Le parcours du bus », et (3) « L’arrivée du bus ». Alors, en route !

Étape 1 : monter dans le bus

1. La conviction de l’Esprit

Le bus est là, il est devant l’arrêt, et il ne demande qu’à nous accueillir. Eh bien la foi, le début de la vie chrétienne, n’est ni plus ni moins que l’acceptation de monter dans ce bus aux portes grandes ouvertes. Oui, c’est par la foi que nous accueillons le salut qui nous est offert. Comme la Réforme l’a rappelé : « C’est par le moyen de la foi que nous sommes sauvés ». Cette réalité, bien sûr, est massivement attestée par la Bible elle-même, comme dans Éphésiens 2.8, par exemple : « C’est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés, au moyen de la foi ».

C’est donc par une démarche humaine, un acte humain, l’acte de croire, que les humains accueillent le salut de Dieu, le salut accompli par Christ sur la croix. Mais ce que la Bible nous enseigne également, c’est que la foi elle-même naît sous l’action de l’Esprit. Ce n’est pas, bien évidemment, comme si nous étions des pantins que l’Esprit dirigerait à sa guise. Non, comme le dit Henri Blocher :

« … dans l’Écriture, l’action de l’Esprit reste personnelle et personnalisante. Elle ne court-circuite pas la responsabilité de l’individu, mais elle l’aiguise plutôt. Elle le traite en partenaire d’alliance qui doit adhérer par choix délibéré à la vérité de son salut((Henri Blocher, La doctrine du péché et de la rédemption II, Vaux-sur-Seine, Édifac, 1997, p. 196.)) ».

Je pense en effet que la formule est bonne. Paul, dans 1 Corinthiens 12.3, va bien dans ce sens quand il dit que « Personne ne peut dire : ‘Jésus est le Seigneur !’, sinon par l’Esprit saint ». Si nous confessons notre foi en Jésus-Christ, si nous acceptons son salut, c’est parce que l’Esprit lui-même, au préalable, a agi en nous, nous a aiguillé, orienté vers ce salut, sans pour autant que notre volonté, notre affirmation volontaire, notre acte de foi, soient dévalués.

En tout cas, si nous sommes invités à monter dans le bus par l’Esprit, et si nous pouvons même monter dans ce bus du salut, c’est bel et bien parce que l’Esprit, le conducteur du bus, s’est arrêté devant nous, qu’il nous a invités et convaincus de monter. Dans Jean 16.8, Jésus présente lui aussi l’œuvre de l’Esprit en ces termes : « Quand il sera venu, lui, il confondra le monde en matière de péché, de justice et de jugement ». Jésus propose donc ici que le Saint-Esprit sera envoyé pour confondre, c’est-à-dire pour convaincre, pour établir la culpabilité du monde incrédule et fermé à la révélation de Dieu en Jésus-Christ.

Alors, je sais, tout cela est mystérieux… L’Esprit agit en nous pour nous convaincre avant même notre conversion, avant même notre premier acte de foi. C’est peut-être un affront pour les esprits les plus indépendants et les plus fiers d’entre nous, mais le fait est que la Bible présente bien son action en ces termes. Alors que nous étions à attendre sous un abri bus, alors même que nous ne demandions rien, le bus du salut s’est arrêté et son conducteur nous a convaincus de monter à bord. La foi, ce fut donc pour nous d’accepter de monter dans le bus. Accepter d’être convaincus et conduits vers une destination lointaine mais que nous savons belle et bonne : le salut.

C’est une grâce merveilleuse qui nous a été faite à nous qui sommes sauvés. C’est une main tendue, une main convaincante et accueillante, la main de l’Esprit Saint, qui nous a fait monter à bord du bus. Et pour son action, nous ne pouvons qu’être reconnaissants. Je ne connais d’ailleurs pas un seul chrétien qui serait prêt à dire que c’est uniquement par son bon vouloir, ou par la sueur de son front, qu’il est devenu chrétien. Non, toujours, nous remercions Dieu d’avoir agi dans nos cœurs, d’avoir préparé, labouré le terrain, et d’avoir envoyé telle ou telle personne sur notre chemin pour nous annoncer l’Évangile. Tout cela, tout ce pour quoi nous rendons grâce à Dieu, nous pouvons d’une certaine manière l’attribuer à l’Esprit Saint. C’est lui qui nous a attirés et convaincus d’accepter le salut offert.

2. Le don de l’Esprit

Mais il nous...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#97 - 3ème trimestre 2015

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