La prédication intergénérationnelle

La prédication

  Introduction

Il faut le dire d’entrée de jeu : toute prédication est intergénérationnelle. Car, dans la plupart des Églises, l’assemblée qui assiste à la prédication est composée de trois, voire quatre générations((Au sens des générations sociologiques (génération silencieuse, baby-boomers, générations X, Y, Z, puis génération alpha) et non biologiques (grands-parents, parents, enfants, petits-enfants, etc.).)). S’adresser à un public si vaste représente déjà tout un défi pour le prédicateur((Pour alléger la lecture, l’usage du masculin est employé tout au long de l’article, mais il n’exclut en aucun cas du propos les prédicatrices.)). Dans un numéro précédent des Cahiers de l’École pastorale, Micaël Razzano nous invitait d’ailleurs à nous efforcer de renouer le lien avec les aînés de nos communautés((Micaël RAZZANO, « Renouer le lien intergénérationnel dans l’Église », Les Cahiers de l’École pastorale n°110, 2018, pp.57-76.)). Dans le même sens, comment parvenir à inclure les générations qui nous suivent dans le moment de la prédication, en particulier les enfants et les adolescents ? Un enfant de 8 ans, par exemple, peut-il réellement recevoir le même message qu’un adulte de 40 ans, ou qu’un retraité de 70 ans ? Pourtant, « qu’elle soit occasionnelle ou régulière, la participation des enfants [et des adolescents] lors des cultes indique, de la part de l’Église, une approche inclusive de l’adoration », rappelle Jonathan Hanley((Jonathan HANLEY, Quand des enfants dans l’Église ont besoin de repères, Marne-la-Vallée, Farel, 2005, p.27.)). Cette approche inclusive concerne aussi la prédication, car dès lors que celle-ci « engendre la foi, la construit et l’accompagne vers la maturité((Richard GELIN, « Prédication », dans Christophe PAYA et Bernard HUCK, sous dir., Dictionnaire de théologie pratique, Charols, Excelsis, 2011, p.542.)) », n’est-elle pas aussi destinée aux plus jeunes, à ceux dont la foi est en plein développement ? De tout temps, Dieu nous invite à vivre et développer cette pratique :

« L’assemblée sera composée des hommes, des femmes et des enfants, ainsi que de l’immigré qui réside chez toi. Qu’ils écoutent pour qu’ils apprennent à reconnaître l’autorité du Seigneur leur Dieu et à mettre en pratique toutes les paroles de cet enseignement. Les enfants qui ne la connaîtront pas encore l’entendront aussi et apprendront à reconnaître l’autorité du Seigneur Dieu, tant que vous vivrez dans le pays dont vous allez prendre possession de l’autre côté du Jourdain. » (Dt 31.12-13).

À l’image du peuple de Dieu qui parvenait à s’assembler comme un seul homme devant le Seigneur, l’Église peut également bénéficier de la riche diversité intergénérationnelle pour se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, dans l’unité et la communion. La prédication intergénérationnelle nourrit donc l’Église tout entière et chaque famille en particulier. Elle se montre un excellent tremplin pour permettre aux familles, les jours suivants, de prendre le temps de prier, de lire la Bible, de chanter et d’échanger à propos du message qu’ils auront entendu ensemble((Pour approfondir cette réflexion : Christophe PAYA, « Les enfants et l’Église », Les Cahiers de l’École pastorale n°91, 2014, pp.17-29 et Donald D. WHITNEY, Lire, prier, chanter en famille, Lyon, Éditions Clé, 2018.)). Ce faisant, non seulement nous répondons à une prescription de Dieu, mais nous offrons de plus aux enfants et aux jeunes l’opportunité de grandir dans leur foi, de découvrir leur appartenance à la communauté, de comprendre la valeur qu’ils ont pour l’Église, de se construire dans une structure intergénérationnelle et de vivre la communion.

Un célèbre proverbe africain dit : « Il faut tout un village pour élever un enfant. » Dans le contexte ecclésial, nous pourrions l’adapter ainsi : « Il faut toute une communauté pour transmettre la foi à un enfant. » L’Ancien Testament nous montre d’ailleurs comment la transmission de la connaissance de qui est Dieu et de sa Parole devait aussi se vivre dans un regroupement communautaire intergénérationnel (Dt 31.9-13 ; Ps 78.5-7).

Évidemment, tout cela part du présupposé que l’enfant et l’ado sont des êtres profondément spirituels, ayant une capacité certaine à s’ouvrir à Dieu. Ce présupposé, en plus d’avoir été étayé par les recherches récentes de spécialistes((On peut citer par exemple James Fowler, John H. Westerhoff III, Rebecca Nye ou encore Elaine Champagne.)), se fonde également sur de nombreux textes bibliques dans lesquels l’enfant ou le jeune est invité à entrer en relation avec Dieu, guidé par les générations précédentes (Dt 12.12 ; 1 S 3 ; Pr 22.6 ; Mt 18.1-6).

1. La prédication intergénérationnelle au centre du culte intergénérationnel

L’une des difficultés cruciales et peu spirituelles de la prédication intergénérationnelle est la faculté de garder l’attention des enfants et ados jusqu’au moment de la prédication… et au-delà ! En effet, la prédication intervient souvent après un temps de louange, parfois même après la Sainte Cène. L’ensemble du culte aura-t-il été pensé de manière adaptée aux enfants et aux ados ? Si ce n’est pas le cas, le défi sera grand pour le prédicateur de recevoir l’attention de son auditoire. Afin de favoriser la prédication intergénérationnelle, on veillera donc à favoriser la cohérence d’ensemble en diversifiant les formes((Malheureusement, les ressources au sujet des cultes intergénérationnels manquent. Je recommande vivement l’ouvrage de Sylvie PERRIN, Jeunes et vieux se réjouiront ensemble. Vivre le culte en famille, Lognes, Farel, 2016, qui présente de nombreux canevas de cultes intergénérationnels. Le manuel de Mary Grace BECKER et Susan Martins MILLER, Messages ludiques en Église. Les si, et, mais de la Bible, Valence, Ligue pour la Lecture de la Bible, 2012, propose également des pistes de courts messages qui pourraient être adaptés à plusieurs générations.)). On pourra, par exemple, penser à alterner de courts moments rythmés et variés, choisir un ou deux chants adaptés aux enfants et aux ados, les encourager à prendre la parole lors des temps de prière, leur expliquer le sacrement de la Sainte Cène, leur permettre d’y participer d’une manière adéquate((En fonction de la culture d’Église, on pourra par exemple proposer aux enfants de faire un acte symbolique pendant ce moment, ou les encourager à prendre un temps de prière, ou encore leur proposer de participer au service.)), etc.

Il sera nécessaire de définir à l’avance la fréquence des cultes intergénérationnels, en entente avec les moniteurs d’école du dimanche et du groupe d’ados. Les événements particuliers du calendrier liturgique (Pâques, Pentecôte, Ascension, Noël, mais aussi cultes de baptêmes, cultes de fin d’année scolaire, etc.) se prêtent particulièrement bien à ce genre de culte, car la dimension festive favorise l’échange intergénérationnel((Pour un exemple de culte de Pâques intergénérationnel, voir Nathalie PERROT, « Un culte de Pâques intergénérationnel », Les Cahiers de l’École pastorale n°107, 2018, pp.65-70.)). Un rythme d’environ quatre cultes par an me semble approprié((C’est également le rythme qu’a mis en place Guy Zeller, après avoir observé par son ministère centré sur les familles qu’une partie de l’assemblée fuyait ce genre de cultes, Guy ZELLER, Une vision pour les enfants dans l’Église, Pomy (Suisse), Jeunesse en Mission, 2002, p.223.)).

2. Le défi de la diversité

Il y a deux écueils qu’il s’agit d’éviter lorsqu’on prépare une prédication intergénérationnelle. Le premier serait de ne s’adresser qu’aux enfants et aux ados. La prédication devient alors une séance d’école du dimanche ou de catéchèse, à laquelle assistent les adultes. Ils écoutent patiemment et se réjouissent du message transmis à leurs enfants ; mais qu’en est-il de leur propre croissance spirituelle ? Le deuxième écueil consiste à s’adresser aux adultes, en tolérant la présence des enfants et des ados, à condition qu’ils écoutent sagement. Dans ce cas de figure, on peut se demander quel est l’apport d’un tel moment pour les plus jeunes ou encore quelle image du culte, et par extension de la relation à Dieu, leur est transmise ?

Dans les deux situations, une partie de l’assemblée est négligée. Or, le beau défi de la prédication intergénérationnelle est de s’adresser à un public divers et varié, en permettant à tout un chacun de grandir dans sa foi à son niveau. Pour tenter de le relever, mentionnons ci-dessous quelques obstacles à surmonter.

3. Une différence d’intérêt

Tout d’abord, il faut reconnaître la différence d’intérêt entre les générations. L’enfant, l’ado, l’étudiante, le jeune travailleur, la mère de famille, le retraité : tous vivent des préoccupations particulières, liées à leur situation et leur environnement. Le choix du sujet de la prédication sera donc essentiel pour que chacun y trouve une clé lui permettant d’avancer dans sa foi et dans sa vie de chrétien(ne).
Le langage utilisé permettra également d’intéresser ou non les différentes générations. Si le langage est trop soutenu, même si c’est pertinent au regard du sujet, les enfants comprendront de manière implicite que le message ne leur est pas adressé et ils s’en désintéresseront. Le prédicateur veillera donc à bien choisir ces mots, ou à expliquer les termes techniques.

4. Une...

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#23 - Avril 2023

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