La collégialité : un moyen pour éviter les phénomènes de solitude pastorale, source de dérapages

Ministère pastoral
La solitude, les manques de vis-à-vis, d’encouragement, de redevabilité… des termes pouvant caractériser le ministère pastoral aujourd’hui. À n’en pas douter, ce sont autant de limites et de dangers pour les ministres ou responsables d’Église. Pascal Keller propose une réflexion approfondie sur la collégialité, une organisation dans la direction de l’Église qui, si elle est parfois difficile à mettre en œuvre, est porteuse de nombreux bénéfices pour les pasteurs eux-mêmes, comme pour l’ensemble de l’Église.

Introduction

Mon intervention se situe dans une culture d’Églises, l’Association des Églises évangéliques mennonites de France, qui présente quelques particularités quant au ministère pastoral salarié :

  • Nos Églises sont traditionnellement dirigées par un collège d’anciens ;
  • Il y a des pasteurs depuis peu, un peu plus de 40 ans ;
  • 12 Églises sur 31 ont un pasteur salarié.

Dans ce qui suit, j’évoquerai courtement la question de la collégialité selon le Nouveau Testament, mais je témoignerai surtout de l’exercice concret de la collégialité dans nos Églises, particulièrement là où il y a un pasteur salarié.

I. Définition de la collégialité

Selon le dictionnaire Larousse, la collégialité est une forme d’organisation du pouvoir confiant la fonction exécutive [la direction] à plusieurs personnes. La collégialité est le caractère de ce qui :

  • est organisé ou décidé en collège,
  • est administré ou dirigé de manière collégiale, collective, en commun, par un conseil ou un collège.

II. La collégialité dans le Nouveau Testament

Nous ne trouvons pas de traité de la collégialité dans le Nouveau Testament, mais des indices clairs sur la pluralité des responsables dans la communauté.

1. Les responsables d’Églises sont nommés au pluriel

L’Église de Jérusalem est dirigée par un collège de responsables : d’abord les Douze, puis les apôtres et les anciens, puis, plus que des anciens (cf. Actes 6.2 ; 11.30 ; 15.2, 6, 23 ; 21.18).

Nous lisons que les Églises d’Éphèse (Actes 20.17), de Philippes (Philippiens 1.1) et de Thessalonique (1 Thessaloniciens 5.12) sont dirigées par plusieurs responsables : « Nous vous prions, frères, d’avoir de la considération pour ceux qui travaillent parmi vous, qui vous dirigent dans le Seigneur, et qui vous exhortent. »

Paul et Barnabas nomment (ou font nommer) des anciens dans chaque Église (Actes 14.23) ; Paul invite Tite à faire de même en Crète (Tite 1.5).

D’autres textes parlent des anciens en utilisant le pluriel (1 Timothée 4.14 ; 5.17 ; Jacques 5.14 ; 1 Pierre 5.1).

2. Fonctionnement collégial

On trouve aussi dans le Nouveau Testament des indices d’un fonctionnement collégial. En Actes 6.1-6, les Douze convoquent la multitude des disciples ; la logique du texte indique qu’ils se sont vus avant pour adopter une position commune et une proposition de processus de sortie de crise. En Actes 15, les apôtres et les anciens se réunissent pour traiter de la question de l’obligation ou non de l’obéissance à la Loi de Moïse pour être sauvé. Toujours dans les Actes des Apôtres, nous voyons que Paul, après la rupture avec Barnabas, recherche un vis-à-vis de son niveau dans l’équipe missionnaire avant de repartir pour un nouveau voyage (cf. 15.37-40).

En conclusion, pour nos Églises, c’est le conseil pastoral qui est le pasteur de l’Église et non une personne seule, fut-elle salariée.

Est-ce que l’on a tout dit une fois que l’on a dit cela ? Loin de là. Nous ne trouvons pas de modèle précis du fonctionnement de la collégialité dans le Nouveau Testament. Les remarques qui suivent décrivent des aspects de notre compréhension de la collégialité et donnent des exemples de son fonctionnement.

III. Remarques sur la collégialité

1. Un peu de théologie

La collégialité des responsables est un sous-chapitre du sacerdoce universel des croyants dans le cadre du corps du Christ (1 Corinthiens 12), mais s’appuie aussi sur une vision du fonctionnement social voulu par Dieu dans la création.

L’assemblée dirigée collégialement reflète quelque chose de l’intention originelle de Dieu dans le gouvernement des humains, à savoir l’unité dans la pluralité des dons et des cultures […]. Tout monopole de pouvoir et d’interprétation de la Bible s’inscrit en faux contre cette compréhension((Document Service salarié et vie d’Église, texte interne à l’AEEMF.)).

2. Considérations pratiques

La direction de l’Église nécessite une diversité de dons, aucune personne ne pouvant à elle seule détenir toutes les compétences. Un bon fonctionnement collégial favorise la diversité des responsables, qui permet cette complémentarité. La diversité ne se limite pas aux dons, il est aussi utile qu’elle prenne en compte la diversité de l’Église elle-même :

  • Homme-femme
  • Intergénérationnel
  • Diversité sociale
  • Diversité culturelle…

La prise en compte de cette diversité dans la direction d’Église a des conséquences positives pour...

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