La restauration du pasteur qui chute

Ministère pastoral

Existe-t-il un secours possible, une espérance à vivre quand un serviteur de Dieu tombe ?

Pourvu d’une théologie calviniste solide, le professeur Bru commence par un rappel de la protection et de la fidélité de Dieu à l’endroit de ceux qu’il a appelés. Il poursuit par la nécessité impliquée, pour le ministre, de demeurer dans une étroite dépendance de Dieu, et celle d’exercer la vigilance en toute chose face aux pièges de Satan et aux signes de relâchement spirituel. Enfin, s’il y a chute, avec les retentissements impliqués, l’auteur développe l’importance d’un accompagnement réel, nourri de grâce et de lucidité, et réfléchit aux conditions et modalités de la réhabilitation éventuelle dans le ministère pastoral. Dans tous les cas, son exposé est marqué par la dimension de la grâce de Dieu qui aura toujours le dernier mot, pour celui qui la requerra, quoi que cela implique quant à la forme de notre service pour lui.


Introduction

On m’a demandé d’imaginer ce que je répondrais à un étudiant qui me poserait la question : « Que m’arriverait-il si je chutais dans le ministère ? » En réalité, je ne me souviens pas qu’un étudiant m’ait jamais posé cette question, mais voici, toutefois, ce que je répondrais à un étudiant qui se demanderait comment les Églises traitent les pasteurs qui chutent.

Dieu garde ceux qu’il appelle au ministère

Avant d’envisager une situation d’échec dans le ministère, il est important de se rappeler que Dieu garde ceux qu’il appelle à son service. La prière et la promesse de Paul pour les chrétiens de Thessalonique s’appliquent aussi aux pasteurs :

« Que le Dieu de la paix vous consacre lui-même tout entiers ; que tout votre être, l’esprit, l’âme et le corps, soit gardé irréprochable pour l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ ! Celui qui vous appelle est digne de confiance : c’est lui qui le fera. » (1 Th 5.23-24)

Les pasteurs sont la cible privilégiée des attaques de l’adversaire. Ils ont donc besoin d’une protection spéciale de la part de Dieu. Leurs forces seules sont insuffisantes. « Notre capacité vient de Dieu. » (2 Corinthiens 3.5). Les cérémonies de consécration soulignent ainsi avec raison la nécessité, pour le consacré, de s’appuyer sur la grâce de Dieu dans l’accomplissement de son ministère :

  • Président : Voulez-vous être consacré et reconnu comme pasteur ?
  • Candidat : En comptant sur Dieu, je le veux.
  • Président : Vous engagez-vous à modeler votre vie et celle de votre foyer selon la voie du Christ ?
  • Candidat : En comptant sur Dieu, je m’y engage.
  • Président : Que le Seigneur du ciel et de la terre vous accorde de pouvoir tenir votre engagement afin d’accomplir le travail qu’il a entrepris en vous, par notre Seigneur Jésus-Christ. Amen((Textes liturgiques, Cahiers de l’École Pastorale, hors-série n°17, Croire-Publications, Paris, 2016, pp. 200-203.)).

Après des années de ministère, si nous sommes toujours là, c’est parce que Dieu nous a soutenus et gardés contre les pièges du diable.

La vigilance reste nécessaire

De si précieuses promesses ne nous dispensent pas d’être vigilants, car Dieu se sert des avertissements de sa Parole pour nous garder :

« Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation ; l’esprit est bien disposé, mais la chair est faible. » (Matthieu 26.41)

« Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer. » (1 Pierre 5.8)

« Veille sur toi-même et sur ton enseignement ; demeure dans tout cela. Car en agissant ainsi, tu sauveras et toi-même et ceux qui t’écoutent. » (1 Timothée 4.16)

Tout pasteur qu’il était, Timothée avait, nous le voyons, besoin des exhortations d’un père spirituel, le relâchement spirituel pouvant avoir de graves conséquences : « Celui qui se relâche dans son travail est frère de celui qui détruit. » (Proverbes 18.9)

Il est donc important que nous puissions en identifier les signes, afin de réagir avant la chute.

Les signes du relâchement spirituel

Oscar Winslow mentionne les signes suivants :

  1. Le croyant continue d’accomplir ses devoirs religieux, mais n’y trouve aucun plaisir.
  2. Le croyant lit la Bible d’une manière froide et détachée, sans en appliquer les enseignements à sa propre vie.
  3. Il continue à prier, mais d’une manière superficielle, sans entrer dans une vraie communion avec Dieu.
  4. Le Christ n’est plus au centre de sa vie.
  5. Il manque d’amour envers les autres chrétiens.

Ces signes sont généralement révélateurs d’un mal plus profond. Le pasteur trouve son plaisir ailleurs qu’en Dieu. Il ne se satisfait plus des grâces divines, mais boit à des citernes crevassées.

Normalement, un pasteur vit très mal cette période de déclin spirituel, ce décalage entre ce qu’il enseigne et ce qu’il vit. Et ce malaise qu’il ressent l’amène le plus souvent à prendre conscience de ses limites et à demander à Dieu de l’aider à sortir d’un tel état. Mais il arrive aussi qu’il ne prenne pas au sérieux ces signes de déclin et s’installe dans l’hypocrisie. C’est alors que se produisent les chutes les plus graves, celles qui relèvent de la discipline ecclésiale.

La chute

On pense tout de suite à l’adultère, mais il existe d’autres types de fautes passibles de la discipline :

  • L’homosexualité
  • Les addictions de toutes sortes
  • Le détournement d’argent
  • L’autoritarisme
  • Les erreurs doctrinales graves

Celui qui commet ce genre...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#19 - 1er trimestrer 2018

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