Une histoire de chute : le reniement de Pierre

Ministère pastoral

Chargé d’ouvrir le dossier biblique du ce congrès, Christophe Paya, Doyen et professeur de théologie pratique de la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine (FLTE), revisite pour nous l’histoire de Pierre. Celle d’une chute et d’une réhabilitation qui forme le récit archétypal de la condition du disciple, dont nous sommes. En effet, par-delà ses excès (Pierre dans le récit chute très bas comme il monte très haut), l’apôtre représente bien l’état de notre humanité et de notre vécu dans le ministère : nos élans purs, nos consécrations, comme nos écueils et nos faiblesses. L’histoire de Pierre est tout simplement celle de la fragilité de notre humanité et de la grâce inlassable de Dieu à notre égard, agissante jusque dans la vie des serviteurs de l’Évangile.

Cette histoire d’Évangile nous est proposée en deux apports successifs qui formeront les deux actes de ce récit de chute et de rédemption.


Introduction : la chute a une histoire

Le parcours que je vous propose est un parcours classique de chute et de relèvement. L’histoire de la chute de Pierre, telle qu’elle est racontée par l’évangile de Matthieu, et l’histoire du relèvement de Pierre, tel qu’il est raconté par l’évangile de Jean, sont très instructives. Plus que d’autres récits, l’histoire de Pierre met la chute et la rédemption en récit. Ce récit a marqué la conscience chrétienne. Comme le note François Bovon dans son commentaire sur l’évangile de Luc, le coq, le fameux coq du triple reniement (le chant du coq), « devient, à l’époque patristique, le témoin de la chute du premier des apôtres et la preuve du pouvoir prophétique de Jésus [qui avait annoncé la chute]. Il marque aussi l’heure du repentir et des pleurs amers((François Bovon, L’Évangile selon Saint Luc (19,28  24,53), CNT, Genève, Labor et Fides, 2007, p. 225.)) ». Et l’auteur ajoute que, sur les premiers sarcophages chrétiens du 4e siècle (tombeaux sculptés dans la pierre), Pierre et le coq du reniement sont sculptés ensemble. Je ne sais pas quel est le sens exact de cette présence de Pierre et du coq sur ces sarcophages, mais on peut supposer que ce sont les regrets qui sont en cause : la présence de Pierre serait alors symbole de repentance.

Avec Pierre, la chute a donc une histoire, et le relèvement aussi. Et c’est dans cette histoire que je vous propose d’entrer maintenant.

Le style de Pierre

Le parcours de Pierre est très nettement fait de hauts et de bas. On le dit de tous les parcours. Pierre est d’ailleurs, à de nombreux égards, représentatif des autres disciples, le récit évangélique le montre bien ; et nous sommes sur ce point en désaccord exégétique avec certaines traditions de lecture catholiques. Oui, Pierre, dans ses paroles et ses actes, nous montre ce que peut dire et faire un disciple de Jésus. Mais c’est à croire que les auteurs des évangiles ont pris un malin plaisir à souligner, dans le cas de Pierre, la hauteur des hauts et la profondeur des bas. Il monte très haut et il chute très bas. Pierre est comme les autres, et en même temps, il n’est pas quelqu’un qui rentre facilement dans les cases. Tous les êtres humains ont un fonctionnement quelque peu sinusoïdal, mais la sinusoïde de Pierre est de forte amplitude.

Pierre est celui qui marche sur l’eau et celui qui coule. Mais il n’est pas celui qui se contente de nager… Il est celui qui confesse Jésus comme Christ et Fils de Dieu, puis qui se fait Satan pour Jésus. Mais il n’est pas celui qui considère Jésus comme un prophète, c’est-à-dire l’adepte d’une voie moyenne. Il est celui qui colle à Jésus, puis qui ne le connaît plus. Mais il n’est pas le disciple tiède qui dirait, dans les bons comme dans les mauvais moments : oui, Jésus, je le trouve sympathique.

Un contexte d’appel à la vigilance (Mt 23-25)

La chute de Pierre arrive dans un contexte où il n’est pas surprenant de chuter. « Quand l’Évangile entre en action, les vagues se soulèvent ; le monde, le péché, le diable, la mort, l’enfer, notre propre conscience passent à l’attaque, et tout porte à croire que nos affaires vont péricliter et être ruinées((Martin Luther prédicateur. Arrêts sur images, textes choisis et présentés par Albert et Françoise Greiner, Vaux-sur-Seine – Charols, Édifac – Excelsis, 2002, p. 59.)). » C’est ce que Pierre va ressentir.

Le dernier grand discours de Jésus, le 5e de l’évangile de Matthieu, aux chapitres 23, 24 et 25, pourrait être qualifié de grand appel à la vigilance. Trois chapitres, ce qui est long pour un discours de Jésus((Je considère que le chapitre 23 fait partie du dernier des cinq discours de Matthieu.)) ; trois chapitres dans lesquels Jésus met en garde ses disciples, les invitant à veiller, à ne pas suivre la voie des scribes et des pharisiens, à ne pas se tromper dans l’interprétation des événements, donc à discerner avec sagesse, et à se tenir prêts, à mener une vie de vigilance et d’action, vivant le présent dans la perspective de l’éternité.

Trois chapitres de mises en...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#19 - 1er trimestrer 2018

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