Réconciliation et Shalom

Relation avec le monde
Quel est le sens de la réconciliation et du shalom dans la Bible ? Dans cet article, issu d’une conférence donnée lors d’un colloque organisé à Paris par l’ABEJ (Association Baptiste pour l’Entraide et la Jeunesse) et la FEEBF en Octobre 2017, Christophe Hahling nous propose une étude de ces notions à travers les Écritures. Ceci permettra de mieux saisir leur portée, mais aussi et surtout leur pertinence et leurs champs d’application par les chrétiens, aujourd’hui encore. Car, en effet, comment pourront-ils devenir « acteurs de réconciliation, porteurs de shalom » (l’intitulé du colloque) si les Écritures ne nourrissent pas elles-mêmes leurs pensées et leurs actes ? Merci à Christophe Hahling de rappeler que, tout comme il n’existe pas de grâce véritable à bon marché, il n’existe pas non plus de réconciliation et de shalom véritables à bon marché (la réconciliation et le shalom tels que la société tend à les définir).

I. Réconciliation

Brièvement, quelques pensées sur la réconciliation, qui est aussi la thématique pour 2017 de notre Fédération d’Églises : « Sauvés pour réconcilier ». Le verbe « réconcilier » traduit le grec katalasso. Il est dynamique, et « il signifie avant tout changer à l’égard de quelqu’un, […] il vient des racines allos = autre, et à partir d’un verbe allasso qui signifie rendre autre, échanger((REYMOND-ZIEGLER Doris, Choisir la réconciliation, Lyon, Réveil Publications, 1999, p. 14.)) ». Il y a trois aspects, dans cette réconciliation : 1) celle entre Dieu et nous, puis 2) celle entre les chrétiens, et ensuite 3) celle que nous sommes appelés à apporter pour le monde qui nous entoure.

1. La réconciliation de l’homme avec Dieu

Qu’a accompli Dieu pour nous réconcilier avec Lui ? Il a envoyé son propre Fils, Jésus-Christ, pour nous permettre de rétablir cette relation rompue par le péché, qui est mort pour nous sur la croix du calvaire :

« C’est (par le Fils que Dieu) a voulu réconcilier avec lui-même l’univers tout entier : ce qui est sur la terre et ce qui est au ciel, en instaurant la paix par le sang que son Fils a versé sur la croix. Or vous, autrefois, vous étiez exclus de la présence de Dieu, vous étiez ses ennemis à cause de vos pensées qui vous amenaient à faire des œuvres mauvaises ; mais maintenant, Dieu vous a réconciliés avec lui par le sacrifice de son Fils qui a livré à la mort son corps humain, pour vous faire paraître saints, irréprochables et sans faute devant lui » (Colossiens 1.20-22).

Et la conséquence de cette réconciliation avec Dieu le Père, c’est que :

« […] ainsi, celui qui est uni au Christ est une nouvelle créature : ce qui est ancien a disparu, voici : ce qui est nouveau est déjà là. Tout cela est l’œuvre de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ… En effet, Dieu était en Christ, réconciliant les hommes avec lui-même, sans tenir compte de leurs fautes, […] » (2 Corinthiens 5.17-18a, 19a).

Voici donc la première tâche des chrétiens « nés de nouveau », nouvelles créatures de Dieu : amener les gens dans notre entourage à se réconcilier avec Dieu ! C’est la raison pour laquelle Paul dit ensuite :

« […] il a fait de nous les dépositaires du message de la réconciliation. Nous faisons donc fonction d’ambassadeurs au nom du Christ, comme si Dieu adressait par nous cette invitation aux hommes : C’est au nom du Christ que nous vous en supplions : soyez réconciliés avec Dieu. Celui qui était innocent de tout péché, Dieu l’a condamné comme un pécheur à notre place pour que, dans l’union avec le Christ, nous soyons justes aux yeux de Dieu. » (2 Corinthiens 5.19b-21).

2. La réconciliation entre les chrétiens

« Il accomplira sa mission sous le regard de Dieu, avec l’esprit et la puissance d’Élie, pour réconcilier les pères avec leurs enfants, pour amener ceux qui sont désobéissants à penser comme des hommes justes et former ainsi un peuple prêt pour le Seigneur. » (Luc 1.17)

Ce texte du début de l’Évangile de Luc est une citation libre du dernier verset de l’Ancien Testament, Malachie 3.24 (ou Malachie 4.6). Ce passage parle de la mission de Jean-Baptiste, le précurseur de Jésus-Christ. Jean-Baptiste a préparé le chemin du Messie par ses appels à la réconciliation, il y a travaillé par son ministère prophétique.

La réconciliation devrait concerner les générations, certes, mais aussi l’ensemble des sphères dans l’Église, l’ensemble des catégories de personnes. Si, en Christ, « il n’y a donc plus de différence entre les Juifs et les non-Juifs, entre les esclaves et les hommes libres, entre les hommes et les femmes » (Galates 3.28), cela devrait signifier que nous pouvons tous (dans l’Église de Jésus-Christ) vivre en paix et en harmonie les uns avec les autres, « et parce que vous révérez le Christ, vous vous soumettrez les uns aux autres » (Éphésiens 5.21) (cf. aussi Philippiens 2.1-5, par ex.). Concrètement, cela veut dire qu’il est indispensable que tous les chrétiens soient réconciliés entre eux, puisque nous appartenons au même Seigneur qui nous a sauvés !

3. La réconciliation pour le monde

Si les chrétiens que nous sommes posent des signes de réconciliation dans notre société, cela se voit, et cela parle ! Nous sommes à la fois bénéficiaires de réconciliation et de shalom, et tentons d’en donner, de la propager.
Je vais conclure cette première partie, sur la réconciliation, par une citation de Claude Baecher, orateur de notre dernier congrès en mai dernier à Mulhouse : « Que Dieu fasse que nos cultes et adorations soient ceux d’un peuple réconcilié, mais aussi formé pour être artisan de paix et de fraternité, car Dieu est passionné de bonnes relations((BAECHER Claude, « Artisans de paix dans la situation présente », Les Cahiers de l’École Pastorale, no.105, Paris, Croire Publications, 3ème trimestre 2017, p. 21.)) ».

Abordons maintenant la notion du shalom, et ainsi, vous constaterez que la réconciliation en fait partie, ou plus précisément qu’elle y amène, qu’elle en est un chemin.

II. SHALOM

Qu’est-ce que le shalom ? Comment définir ce terme hébreu ? Shalom traduit « le plan de Dieu pour sa création », l’intention et l’objectif de Dieu pour chacun de nous : la vie en abondance, en harmonie, en paix ; car « nous avons un rôle à jouer dans le shalom((TOYAMA-SZETO Abraham George & Nikki A., God of Justice: The IJM Institute, Global Church Curriculum, Downers Grove, Illinois, IVP Connect, 2015, p. 20.)) ». Shalom est le reflet de la dynamique relationnelle du Royaume de Dieu.

« Shalom signifie la présence positive d’harmonie et de plénitude, de santé et de prospérité, d’intégration et d’équilibre. C’est l’état juste et florissant de toutes les dimensions de l’existence – dans nos relations avec Dieu, nos relations les uns avec les autres, nos relations avec la nature, et notre relation à nous-mêmes. Shalom est quand tout est comme cela devrait être. En ce sens, shalom incarne et résume l’intention basique de Dieu pour l’humanité – que tout le monde vive dans une condition de « toute légitimité » dans chaque aspect de la vie((MARSHALL Chris, The Little Book of Biblical Justice, A fresh Approach to the Bible’s Teachings on Justice, Intercourse, PA, Good Books, 2005, pp. 12-13.)) ».

Étymologiquement, le mot hébreu shalom vient du verbe shilem qui veut dire « payer ». On pourrait dire : shalom, c’est quand on a payé, quand on a réglé ses dettes. La salutation en hébreu sha’al shalom n’est pas un simple souhait de paix, mais correspond plutôt à une question : « Est-ce qu’il y a shalom ou bien est-ce qu’on a encore des dettes à régler ? » Quelqu’un l’a traduit librement ainsi : « Est-ce que tu te réjouis de me voir ou bien est-ce que je te dois encore quelque chose ? » Tant qu’il reste des dettes, il n’y a pas de shalom. Mais la dette peut être réglée, ce qui ramène le shalom.

Mais alors, que faire quand la...

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#107 - Avril 2017

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