La grâce est souvent perçue comme une sorte d’échappatoire. Une façon bien trop aisée de se « débarrasser » d’un problème sans véritablement le traiter convenablement. Thierry et Monique Juvet proposent ici que la dualité loi/grâce ne soit pas forcément des plus aidantes face à un frère ou une sœur qui a « dérapé ». Nous avons un lien tellement équivoque à « la faute », la nôtre comme celle de l’autre… Et si, en plaçant la relation au cœur de nos préoccupations, de nouvelles pistes s’ouvraient à nous ? Des pistes pastorales et surtout fraternelles, des pistes « sans peur » de l’autre, de sa faute et de ses répercutions ?
Introduction : la relation en premier
Jésus dit cette parole étonnante à ses disciples : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jean 15.16). Quand les disciples ont répondu à l’appel de Jésus, ils n’ont pas été contraints de le suivre, ils avaient le choix de dire oui ou non : en ce sens, on pourrait en conclure que ce sont eux qui l’ont choisi. Pourquoi alors, Jésus insiste-t-il sur le fait que lui les a choisis ? Ce que Jésus a voulu dire, c’est que la relation qu’il a avec eux ne dépend pas de leur attitude, mais uniquement de son choix à lui. Chacun peut, à tout moment, s’éloigner de lui, voire le trahir, mais lui les a choisis et rien ne viendra remettre en question ce choix. Chacun est en sécurité dans sa relation avec lui.
Sécuriser les relations, mettre la relation en premier dans l’échelle d’importance, pourrait bien être une clef pour la thématique traitée dans cet ouvrage. Même si nous ne choisissons pas toujours ceux qui nous entourent, le commandement d’amour s’applique à chacun, même à ceux qui nous posent problème. Ne nous est-il pas demandé d’aimer jusqu’à nos ennemis ? La question peut donc se poser ainsi : comment aimer notre collègue qui « déraille » au point de grandement nous en préoccuper ? Si nous mettons la relation en premier, avant nos valeurs, nos opinions ou toute autre chose, cela aura-t-il un impact sur nos procédures ?
« Je veux prendre soin de la relation avec toi avant tout. » Mon but n’est pas l’application de règles, il n’est pas d’imposer une idée ou ce que je crois être la vérité avant tout.
Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, voici un petit exercice : pouvez-vous relier ces neuf points par quatre droites sans lever le crayon de la feuille((Solution en fin d’article.))
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Dans la question qui nous préoccupe, nous devons tenir ensemble :
- Vie privée et vie publique,
- Salariés et bénévoles,
- Repentance et résistance à la repentance,
- Discipline et grâce.
Le terrain est donc miné, et il nous faudra faire de notre mieux… Cet article ne prétend pas donner de solution toute faite, mais plutôt d’ajouter à nos questions. Nous prendrons le risque de sortir du cadre en posant des hypothèses un peu différentes de celles que nous posons habituellement.
Les questions qui se posent face à la faute
Posons premièrement la question bien connue de la paille et de la poutre, cette poutre qui dans mon œil pèse lourd, alors que je veux m’occuper de la paille de mon prochain. La question qui découle de ce constat consiste à se demander à partir de quand nous sommes en faute ? En effet, si chaque fois que je fais un excès de vitesse, je suis « en faute », alors je devrais avoir quitté le ministère depuis longtemps ! Où est donc la limite ? Est-ce l’adultère, par exemple ?
Comment honorer le frère fautif, et pas seulement l’honorer quand il va bien et que son ministère est florissant ? Comment faire pour oublier l’idée même de contrôler la situation ? Situation souvent très complexe qui implique toutes sortes de personnes à commencer par ses proches, mais aussi l’Église, les victimes s’il y en a, les collègues, la Fédération et ses organes.
Comment contrôler l’incontrôlable ? N’aurions-nous pas avantage à risquer de lâcher le contrôle ? Pour cela, nous devrons peut-être nous décentrer quelque peu et sortir du cadre habituel pour mieux pouvoir relier nos points difficiles à relier.
Nous avons tous une histoire personnelle avec la faute. Pris en faute au moins une fois dans notre vie, nous avons une histoire avec la conséquence de la faute. Nos familles ont des cultures en lien avec la faute. De nos histoires découlent un certain nombre de certitudes, de principes et...
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