La prédication jeunesse

La prédication

Introduction

Il y a quelque temps, j’étais invité dans une Église lors d’un week-end où l’on me demandait de donner une conférence, d’enseigner une classe de disciples, de prêcher au culte dominical, mais aussi de prêcher, le samedi soir, lors de la rencontre hebdomadaire du groupe de jeunes. En échangeant quelques mots au téléphone avec le pasteur jeunesse, celui-ci me présenta son groupe (taille, composition, âge moyen, etc.) afin que je puisse me représenter l’auditoire auquel j’allais m’adresser. Mais voici qu’à un moment donné de la conversation, il me précisa que ces jeunes avaient l’habitude de participer activement à la prédication et me suggéra, dans la foulée, d’employer certaines méthodes pédagogiques interactives comme les questions-réponses ou les groupes de discussion que ces jeunes appréciaient tout particulièrement. Plus je l’écoutais et plus je m’interrogeais : « Me demande-t-il une prédication ou un enseignement ? »

I. Prédication ou enseignement ?

Les chrétiens du premier siècle employaient plus d’une trentaine de verbes pour exprimer l’idée d’annoncer la Parole de Dieu((Gerhard KITTEL, ed., Theological Dictionary of the New Testament, Grand Rapids, Eerdmans, 1964-1976, vol 3, p.703.)). Cependant, deux des plus fréquents dans le Nouveau Testament sont kerussein (proclamer un événement à la manière d’un héraut – que Martin Luther traduira principalement par « prêcher ») et didaskein (enseigner). C’est peut-être pour cette raison que le dynamisme et la variété des expressions du Nouveau Testament ont été réduits à deux verbes dans le vocabulaire des chrétiens évangéliques d’aujourd’hui : prêcher et enseigner.

Actuellement, dans beaucoup d’Églises, ces deux modes d’expression publics de la Parole de Dieu ont tendance à se confondre, pourtant des différences notoires existent entre le prédicateur et l’enseignant. Le prédicateur affirme, proclame. La prédication ne permet pas d’interruption, de dialogue oral, de questions ni de réponses. Elle consiste en un développement simple avec un seul thème recourant à divers procédés rhétoriques permettant d’expliquer, d’argumenter, d’illustrer, etc. L’enseignant, lui, explique. Il s’arrête, dialogue, reformule, répond aux questions. L’enseignement se présente comme un développement complexe pouvant comprendre plusieurs thèmes abordés successivement au moyen de méthodes pédagogiques servant à stimuler et favoriser l’apprentissage. L’enseignement est une co-construction, là où la prédication est une exposition. On pourrait encore certainement allonger la liste de tout ce qui distingue la prédication de l’enseignement mais, cela étant dit, c’est bien sur la prédication destinée à la jeunesse que nous allons poursuivre notre réflexion.

II. Texte ou thème ?

Si, comme nous venons de le voir, la prédication et l’enseignement se différencient nettement, ils se rejoignent cependant sur plusieurs points et particulièrement sur une question : est-il préférable de partir d’un texte biblique ou d’un thème en phase avec les intérêts des auditeurs ? Est-il préférable d’interpréter les Saintes Écritures ou d’interpréter la vie à l’aide des Saintes Écritures ? Qu’est-ce qui doit venir en premier dans la prédication adressée à la jeunesse ? Doit-elle se construire autour des interrogations des jeunes ou des affirmations des Saintes Écritures ?

Peut-être pensez-vous que l’un n’empêche pas l’autre et qu’en prédication jeunesse le texte doit avoir sa place au même titre que le thème. C’est vrai ! Pourtant, je pense que le modèle qui se structure autour des besoins et des interrogations des jeunes, que le prédicateur tente ensuite de rapprocher de la Bible, devrait avoir notre préférence en prédication jeunesse, car il vise, de manière inductive à partir de la situation des jeunes, l’acquisition d’un comportement chrétien adapté aux différentes circonstances de la vie. Ainsi, le prédicateur interroge la Bible à partir du vécu des jeunes afin d’avoir sur eux un impact existentiel.

III. La prédication thématique

Selon Lloyd Merle Perry, la prédication thématique serait née aux alentours du 12e siècle au grand dam des « vieux » prédicateurs de l’époque. Quelques siècles plus tard, le retour à la prédication textuelle s’opérait grâce à la Réformation((L.M. PERRY, Biblical Preaching for Today’s World, Chicago, Moody Press, 1973, p. 18.)).
Dans la société hyperconnectée d’aujourd’hui et face à l’avalanche d’informations provenant du Net, les chrétiens ont pris l’habitude d’effectuer des choix rapides sur ce qui les intéresse ou pas. La génération de ce début de 21e siècle n’échappe pas à ce phénomène, au contraire. Les jeunes cherchent sur la toile les sujets qui les accrochent parce qu’ils leur semblent répondre à leurs questions ou à leurs besoins. Ils sont désormais à la manœuvre puisque c’est eux qui décident ce qui va les instruire et les construire. C’est ainsi que, s’ils veulent se faire une idée précise de ce que la Bible enseigne sur un sujet, et parce que le temps qu’ils ont à y consacrer est limité, beaucoup préféreront une prédication thématique qui fait plus ou moins le tour d’une question en s’appuyant sur l’ensemble des Écritures, à une série de prédications textuelles plus fouillées, à relier entre elles et à mettre en perspective.

Nous pourrions, certes, nous offusquer de cette tendance et rappeler les qualités uniques et appréciables de la prédication textuelle, mais alors que nous sommes encore en train d’argumenter, les jeunes ont décroché pour suivre d’autres voix(es) qui tiennent compte de leurs préférences !

Rappelons, avant d’aller plus loin, que la prédication thématique est une prédication dans laquelle les divisions principales découlent, non d’un texte, mais d’un thème préalablement choisi ; des divisions qui se voient ensuite soutenues par des textes provenant de portions différentes et séparées des Écritures. Autrement dit, le prédicateur choisit un thème biblique qui intéresse les jeunes et sonde toute la Bible à la recherche de ce qui pourrait l’éclairer.

Par ailleurs, la prédication thématique présente des avantages non négligeables. C’est avant tout un type de prédication à la portée de tous prédicateurs, même débutants, puisqu’une exégèse fouillée de chaque texte biblique n’est pas nécessaire. Il suffit de compiler un certain nombre de versets en rapport avec le thème choisi pour ensuite les disposer dans un plan de prédication.

Mais, les plus grands avantages s’adressent aux auditeurs puisque ce type de prédication permet de donner rapidement à la jeunesse une instruction biblique systématique qui leur assure un fondement, lequel est d’une importance capitale pour pouvoir résister aux fausses doctrines et aux sectes qui pullulent, sans compter que les jeunes sont amenés à mieux discerner l’unité de la Parole de Dieu.

Malheureusement, la prédication thématique a les inconvénients de ses avantages, puisqu’une exégèse superficielle peut conduire le prédicateur à introduire dans le texte biblique, sans même s’en rendre compte, sa pensée et à transformer celui-ci en prétexte pour appuyer son thème. De plus, si la dogmatique du prédicateur n’est pas bien établie, le danger de dérive doctrinale est réel. Enfin, contrairement à la prédication textuelle, l’auditeur demeure dépendant du prédicateur, puisqu’il n’a pas la possibilité de progresser dans une saine interprétation du texte biblique.

IV. L’importance de l’illustration

Si le prédicateur peut être un « enfant de la télé », les jeunes d’aujourd’hui sont des enfants de l’ère digitale. Leur univers est composé d’images et de sons. Ils passent le clair de leur temps à écouter de la musique, jouer à des jeux vidéo et regarder de courtes vidéos sur le Net. En ce qui concerne les films, Jocelyn Lachance relève que ce n’est pas tant le scénario ou l’intrigue qui les intéresse, mais les sensations procurées par l’explosion d’images entraînant parfois, chez les spectateurs, une « paralysie par hyperaccélération ». Il en résulte une surenchère d’effets, d’images, de sons, de développements technologiques qui n’étonnent plus des jeunes blasés et de plus en plus difficiles à surprendre. Leur intérêt pour un objet, une personne ou une activité se raccourcit dans le temps à mesure que les changements s’accélèrent. Dès lors, il est devenu très difficile de capter et de conserver leur attention((Jocelyn LACHANCE, L’adolescence hypermoderne. Le nouveau rapport au temps des jeunes, Québec, Presses de l’Université Laval, 2011, p.88-90.)). C’est comme si la parole et l’écriture avaient été remplacées par l’image sur des écrans...

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Article publié dans

Les cahiers de l’École Pastorale

#23 - Avril 2023

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